Jacques Gruber
LES
BONS
SENTIMENTS
‟On ne fait pas de littérature avec les bons
sentiments”
André Gide
ceci n'est pas de la littérature, ce sont des poèmes
page 2
LISTE des RECUEILS que j'ai publiés sur Internet :
Un Signe dans la Vie
Le Matin vient déjà
Sveltes poèmes
Une existence poétique actuelle
(deux fascicules)
ÉTOILES sur un fond noir
Mes Théâtres
Les Bons sentiments
mes recueils de
poésie :
Un Signe dans la vie
Le Matin vient déjà
Sveltes poèmes
Un existence poétique actuelle
Étoiles sur un fond noir
Mes Théâtres
Le Bons sentiments
Retour sur images
Jacques Gruber, l'un des principaux poètes français
méconnus d'aujourd'hui. J'autorise toute personne bien intentionnée à publier
mes poèmes, sous réserve qu'elle n'y introduise ni retouche ni changement et à
condition qu'elle mentionne mon nom pour chacun d'eux.
Jacques Gruber, 94450 Limeil-Brévannes, le 25 janvier 2016
Jacques Gruber, one
of the main french unknown poets of to day. I authorise any well intentioned
person to publish my poems, without any alteration or change and under the
stipulation that they mention my name for each of them.
Jacques Gruber, 94450
Limeil-Brévannes, France, 25 of januar 2016.
page 3
Liste des
textes
Celui qui a
dit, p 5
Natation, p. 6
Ah ! Les Vaches
!, p. 7
Fleurs, p. 8
Télévision, p. 10
Livres, p. 12
La chambre
ocre, p. 14
La chambre
surélevé, p. 16
L(observateur de Bataillon, p. 17
Remémorations, p. 20
Barak Obama, p. 22
"Dans le Chemin d'Allah", p. 23
Si j'avais su, p. 25
Palmyre, p. 27
Ultramodernité, p. 28
Mes journées, p. 30
Pour Renaud, p. 32
Dialogues avec mon ordinateur, p. 34
Bonjour tendresse, p. 36
L(observateur de Bataillon, p. 17
Remémorations, p. 20
Barak Obama, p. 22
"Dans le Chemin d'Allah", p. 23
Si j'avais su, p. 25
Palmyre, p. 27
Ultramodernité, p. 28
Mes journées, p. 30
Pour Renaud, p. 32
Dialogues avec mon ordinateur, p. 34
Bonjour tendresse, p. 36
ARTS, p. 39
arts avant-premiers, p.39
aets premiers, p.40
arts avant-derniers, p. 42
arts des temps d'après les derniers hommes,
p. p. 44
époque contemporain, p. 46
envoi p. 48
Michel Rocard, p. 49
page 5
Celui
qui a dit
de son haut :
‟L'Éternité peut attendre”
(Armand du Plessis de Richelieu)
mérite
que son château
soit
détruit
et
qu'il aille se pendre.
Jacques Gruber juin
2015
page 6
Natation
Quand je nage en
plongée
libre,
quitte de tout
vêtement,
sans étude,
la tête sous le
niveau,
yeux ouverts,
j'éprouve,
en ces instants,
où la poussée,
d'Archimède
m'équilibre,
le sentiment
d'un remède
nouveau
de plénitude :
l'être qui se trouve
à découvert,
dans son élément.
(Héraclite -environ 550
- environ 480- faisait de l'eau le principe de l'être.)
Jacques Gruber
samedi 13 juin 2015
page 7
Ah
! les Vaches !
Obnubilation :
le monde va de mal en
pis.
Jubilation,
tant pis.
Hallucination ?
C'est encore pis.
En attendant
ce récépissé
n'est q'un pis-aller.
En attendant
ce récépissé
n'est q'un pis-aller.
Jacques Gruber juin 2015
page 8
Fleurs
‟La beauté [sauvera le
monde”*
*
Prince Muichkin, L'Idiot,
Dostoiewski.
Ailleurs,
sur d'autres sites,
à cent lieues,
des fleurs
ouvrent
leurs corolles :
clématites
bleues
qui couvrent
de leurs pleurs
nos faillites :
les rites
qui ont perdu
la Parole.
Ici,
chaque tige de laurier
nous tend un bouquet
rose ;
pourtant la flamme
coloriée
dans le regard épris
d'un homme,
- à moins qu'il pose
à l'ange de Reims -,
ne peut tenir lieu
page 9
du sourire d'une
femme,
qui nous accueille
jusqu'en son somme,
filtrant de ses lèvres
minces,
lumineux
- sauf si vous le
défloriez ? -,
sous les feuilles
de laurier.
Tout près de moi,
à portée de main,
les petits visages
sans lendemain
des fleurs
d'impatience
aux pétales roses
avec des joues rouges
et rondes
et leurs feuilles en
fer de lance,
font foi,
dans leur silence
et leur immobilité,
du don de passage
en beauté
dans notre monde
qui possède la
science,
parle, bouge,
et ne dispose
d'aucune autre
échéance.
Jacques
Gruber 26 juin 2015
d'un mois
de Ramadan ensanglanté
page 10
Télévision
J'apprécie les publicités
:
chacun y va de ses suffrages
et s'y montre satisfait.
et s'y montre satisfait.
Les informations,
qui savent véhiculer d'atroces images
c'est la désolation.
c'est la désolation.
De toute manière
personne ne parle sur
le fond.
On glisse à la
surface.
L'affliction
nous arrête,
mais nous préférons
l'entrain.
‟Passé la fête,
passé
le saint”
et l'émission
suivante
efface
la première.
Il me reste les
paysages
que personne ne vante
assez.
page 11
J'en ai plein l'écran
le plus large,
traversé de pays
inconnus,
d'orages magnétiques,
d'oiseaux serpentaires
et de chevaux nus,
avec, et surtout sans,
musiques
ou commentaires.
Je séjourne
dans cette beauté
calme ou sauvage
qui élargit ses marges
à chaque saison.
Elle retourne,
par-delà les clans
des ancêtres
vénérés,
dont les voix
nous endorment,
vers une ligne
d'horizon,
onduleuse ou syncopée,
en fonction des choix,
qui forment
les arrière-plans
de la pensée
aux multiples
fenêtres.
Jacques
Gruber août 2015
page 12
Livres
Aucun livre
que j'ai lu
autrefois
jusqu'à la dernière
ligne
ne m'a déplu.
Les jours où il fait
un froid
de givre,
ils sont devenus
des personnages
qui me font signe
depuis le rayonnage
qui aligne
leurs dos
parfois dépenaillés.
Sans avoir besoin
de les rouvrir,
le souvenir
des mots
essentiels
qu'ils m'ont apporté
me revient.
page 13
Poètes, penseurs,
savants pluriels,
et le Livre de livres
:
jamais bavards
leur étude
et leur foi
me font vivre,
m'ouvrent, à l'écart
du désarroi,
le chemin
de la gratitude.
C'est d'elle
que vient l'ascendance
du succès
et, comme un vent
léger
dans les feuilles
laisse prévoir
la pluie,
je m'appuie
sur le non-savoir
que rien n'endeuille
pour pénétrer
plus avant
et trouver accès
à la transcendance
tout autre qu'irréelle.
Jacques
Gruber août 2015
page 14
La chambre ocre
Dans la chambre
que la couleur ocre
tapisse au complet
de la moquette au
papier
et de janvier
à décembre
- À l'instar de la
grotte Chauvet
du Pont d'Arc
en Ardèche -,
rien de médiocre,
rue Korczack
où je crèche.
Je dirais
comme le logement
d'un temple
sans estampille,
vide de toute idole
- debout derrière des
voiles tirés,
supposant qu'elle nous
console -,
et plus près de
l'oiseau qui houspille
son voisin
d'appartement.
Là, je médite
plus que je ne
contemple,
sans recourir
au rite
que nous décalquons
de modèles incompris,
sans enfantillages,
page 15
grâce aux feuillages
dont j'embrasse
la masse
depuis le balcon,
en guise de parvis.
Ici, le saint des
saint
ne garde ni trésors
ni relique,
il a pour seule arche
des tiroirs
où sont mes œuvres
complètes,
miroirs
où se reflète
un dessein
à part des décors
de la démarche
classique,
entre l'art des boyaux
souterrains
préhistoriques
allant du cru au cuit
pour durer des
millénaires
et notre art des rues,
nés des lumières
crues,
de jour comme de nuit,
jusqu'à demain.
Jacques
Gruber juillet 2015
page 16
La chambre surélevée
En plein jour,
le mur du fond
de ma chambre
vire de l'ocre au cuivre,
se cambre
puis s'écarte,
faisant choir tous mes livres.
faisant choir tous mes livres.
Et la lune,
- blanchissante
offrande,
avant qu'elle ne
reparte
avec humour
par le plafond -,
roule
en boule
sur une lande
de callune
cévenole
où l'on peut encore
suivre
des traces de joute.
Quant à bien se tenir,
reste le souhait
que dans la chambre
où je me remembre,
la parole
s'ajoute
au bienfait
du souvenir.
Jacques
Gruber juillet 2015
page 17
L'observateur de
Bataillon
(anniversaire des
soixante-quinze ans de la guerre 39-45)
Les
guerres se gagnent avec les caporaux-chefs
J.G.
Je n'avais pas vingt ans
quand j'ai vu le sang,
sur la neige,
au col de Bussang,
dans l'hiver sibérien
dix-neuf-cent-quarante-quatre,
alors que j'étais, tel
un vaurien
suceur de jujube
des moins
expérimentés,
au sein du cortège
de l'Armée De Lattre
qui s'intitulait :
"Rhin et Danube".
Je me prenais pour un
matador,
or, ils m'ont donné
pour chances
une carte
d'État-Major,
un téléphone et des
rations,
boussole et jumelles
de guerre,
de quoi mesurer les distances
- l'artillerie tient à
un cheveu -
par calcul mental,
jusque dans le feu
peu sentimental
des militaires
en opérations.
page 18
Puis du papier et des
crayons,
tout compris,
comme à l'école,
naguère,
enfant,
où je croyais avoir
tout appris,
bien avant mes vingt
ans.
En première ligne,
pour combattre
sans que l'on m'élimine,
ils m'ont appris les
insignes
des avions,
les impacts, les mines
et, quand même
quelque peu,
l'œdème
et le dartre
des bouches à feu,
quand nous en avions.
Sur le terrain,
au-delà de la Thur, *
en gel plus qu'en
crues,
pas un lopin
n'est sûr,
soit que tu tues,
ou que tu meures.
Vers vingt-trois
heures,
étant de guet,
page 19
par us et par abus,
dominant la forêt,
avec mes camarades,
le tir courbe
du premier obus
- un fourbe
dont le sifflement,
dans l'obscurité
plate,
n'avertit pas
avant qu'il éclate -,
est allé blesser
de flanc
deux des trois soldats
de notre escouade.
Ils n'avaient pas
vingt-ans.
* Bataille de France, Poche de Colmar : pendant
l'hiver 1944-1945, des combats décisifs se sont déroulés le long de la rivière
Thur.
Jacques Gruber septembre 2015
page 20
Remémorations
Le ciel constellé
que le jour
nous dérobait
se bombe,
notre pays,
nu, sans atours
et sans joie,
se plombe,
le jour pâlit,
le soleil se couche,
la nuit tombe
dans un bruissement
de soie,
le ruisseau
rejoint son lit,
nos allées et venues
sont suspendues,
un moustique fait
mouche,
je tue le temps,
tant qu'un souffle de
repos
traverse la combe
jusqu'en ses replis,
les amants sont bouche
à bouche.
J'écoute
un grignotement
de souris,
la buse assassine
qui miaule,
j'observe
comment la souple
rampe
des prés descendants,
bien léger fardeau,
se veloute
et le clignotement
que fait la lampe
page 21
de ma piaule
quand,
pour peu que je m'en
serve,
je heurte la bassine
d'eau.
Au moment
où j'éteignis les
écrans,
sans qu'aucun bruit
la décela,
et loin de la haïr,
je laissai
la nuit,
m'envahir,
mais non l'obscurité.
- Depuis cela,
j'écris pour longtemps
-.
Jacques
Gruber octobre 2015
page 22
Barak
Obama
Un
Président Noir
à
la Maison Blanche,
cela
fait plaisir à voir,
comme
un dimanche.
Jacques Gruber novembre
2015
page 23
‟Dans le Chemin d'Allah
” *
en commémoration du vendredi 13 novembre
2015
Vous avez le Ramadan
pour le jeûne et la
prière ;
nous allons au
Bataclan
pour le rock et la
bière.
Vous avez la
religiosité
jusqu'au mépris de la
vie ;
nous aimons la
légèreté
selon que le jour nous
y convie.
Vous invoquez la
fatalité
et la mort ;
nous parlons de
liberté
et de sport.
Vous effacez les
images ;
nous offrons nos visages.
Tous les chemins
ne sont pas semés de
fleurs,
et le plus divin
est damé de peurs,
- Que les nôtres, du
moins,
ne soient plus lavés
de pleurs ! -.
Jusqu'ici
les poèmes
se savent impuissants
devant les intervalles
que creusent entre eux
les chemins divergents
des paradis
extrêmes
qui s'échangent des
balles
comme il pleut.
page 24
Cependant,
quand même
les glaciers
reculeraient d'effroi
devant tellement
de tombes
ouvertes de sang
froid,
il nous est accordé
d'aller au-delà
du poème,
de nos rêves
petit-bourgeois
et des vendredis de
revanche,
sans retourner
en-deçà
avec des bombes,
mais c'est dimanche.
* Formule
fréquente dans le Qur'an (Coran), la Récitation.
Jacques
Gruber 14 novembre 2015
page 25
Si j'avais su
(vendredi dernier, en
Tunisie, un jeune berger de seize ans a été égorgé au milieu de ses brebis puis
décapité avant de rendre sa tête à sa famille)
Si j'avais su,
à quatre ans,
quand ma mère mourut,
qu'elle aurait dû
assister à tant
d'actes révoltants
où toute vie civile
avorte,
que j'ai vécus
dans mon existence
passagère
qui s'écoule,
si j'avais su,
je lui aurais donné
raison,
au lieu de pleurer,
assis dans l'escalier
de cette maison
étrangère,
au Bourg-sur-Boule
où elle est morte.
Pour mon secours,
elle m'avait légué
son meilleur revenu :
ces passants peu
lettrés
qui n'avaient pas
toujours
eu de chance,
mais étaient devenus,
pour quiconque flanche
ou se trouve en mauvais
cas,
des gens créés un
dimanche,
ce qu'ils n'étaient
pas
à la naissance.
Souvent,
je ne l'avais pas
compris
sur le champ
et j'avais déçu.
page 26
Je les aurais
remerciés,
si j'avais su,
avant qu'ils décèdent
sans avoir rien
repris,
pour leur aide
à me rétablir,
mais ils ont disparu,
presque oubliés,
contents
que la mort les
allège.
Puissé-je
en faire autant
sans avoir à me
repentir.
En attendant,
je veux
les savoir heureux,
nimbés de jeunesse,
comme sur les photos
qui me restent,
avec, au milieu
de son troupeau,
un berger de seize
ans,
que personne
n'agresse,
les écouteurs aux
oreilles,
parmi les merveilles
de ces hauts lieux
agrestes.
Et, si j'avais su
que ce baptême
de vie
était lui-même visé,
d'un coup que rien ne dévie,
je ne m'en serais pas moins
aperçu
comment on aime
d'un cœur avisé.
Jacques
Gruber 30 novembre 2015
page 27
Palmyre
(En mai et juin 2015,
le site a été conquis par les troupes de Daesch,
certains de ses
monuments ont fait l'objet de vandalisme iconoclaste)
Pour Palmyre
nous n'avons pas
combattu ;
au lieu de bien dire,
je me suis tu.
Pour trois marches de porphyre,
aucun ressort ne nous
a mus ;
au lieu de proscrire,
je me suis contenté
d'être ému.
Devant le martyre
nous nous sommes
abstenus ;
de peur d'être un
point de mire
je me suis retenu.
Quand le chanteur a
cassé sa lyre
en signe de refus ;
par crainte du pire,
j'ai bredouillé des
mots confus.
Mais que paraisse le
satyre
dionysiaque,
de fleurs et de fruits
vêtu,
adieu
Palmyre, porphyre, martyre, lyre,
avec
nombre de gens de culture
et
d'écriture,
maniaques
d'Antiquité,
je
me suis laissé séduire,
détourner
dans mon attention
et
balayer
comme un fétu
par la discussion.
Jacques Gruber décembre
2015
page 28
Ultramodernité
Le torrent de nos
fortunes
tombe de haut,
en trainées
lueur de lunes,
sur nos brisées,
dans un monde comme il
faut.
Les filles qui se
veulent garçons
courent les marathons
et les garçons qui se
sentent filles
jouent aux quilles ;
nous les aimons,
ils sont notre
famille.
Mais nos esprits
intérieurs
ont perdu de leur
ponctualité,
ils tombent même en friche,
depuis que les crieurs
publics
- des skieurs
tentés par la triche
dans leurs slaloms ?
-,
obéissent à tous les
déclics
de l'actualité.
Réservez une page
blanche
dans vos albums,
car il n'est pas
inédit
qu'un jeune sorti de
rien
joue jusqu'à la
dernière manche,
pour devenir
champion de France
de l'année.
page 29
Quant à nous,
simples fantassins
simples fantassins
de la
destinée,
nous savons que les
vendredis
de souffrance
et de dégoût
à venir
à venir
vont au dernier
dimanche.
Jacques
Gruber mars 2016
page 30
Mes
journées
Une journée pour
apprendre
à lire, écrire et
compter ;
une journée pour
comprendre
ce qu'on nous a
enseigné.
D'abord, jouir à
satiété
de l'amour à bras le
corps ;
ensuite se cogner à la
société
bardée de ses
désaccords.
Aujourd'hui, au Parc
Monceau,
je vois des roses
couleur saumon
ou milieu des ombelles
et, aussitôt,
des morts sans nom,
s'amoncellent
par morceaux,
entre les autos.
Place de la
République,
les rêveurs éveillés
abolissent les
clivages
et passent les nuits
debout,
comme les chevaux
sur un pavage,
laissant la dernière
réplique,
sans tabou,
aux balayeurs matinaux
qui font la propreté.
L'amour chanceux
à cinq étoiles
vécu à deux
tant et plus
et tout autant,
anima et animus,
page 31
lorsque le regard
consent
et malgré celui qui se
poile.
Nos cieux ne se sont
pas emplis
de nageuses
nuageuses
et nos plants fleuris
de petits-fils
beaux comme des lys.
Il suffit qu'à
l'ultime journée
où tout s'effondre,
nous soit donné le
moral
pour répondre
au Grand oral
de la destinée.
D'ici-là,
ô journées
fusibles
de la vie courante,
pourtant nées
d'une nuit inspirante
qu'à mon insu
la main invisible
d'un fleuriste,
au-delà
de tout connu,
ensila
avant ma naissance
dans les replis,
où je me nourris,
tant que je subsiste,
que de fois vous
dois-je
la chance
d'un renouveau de mon
âge !
Élans qui osent
se jeter sur la corde
raide
vers le but,
même s'il ne possède
rien du miel
ou de grandiose,
vous me confiez
l'essentiel
du jour
-
page
32
‟Et la lumière fut” -,
sans l'avoir mérité,
comme dans l'amour.
Pour guérir de la
fatigue
du mal-être,
de la sueur
et de la puanteur,
la cuisine et le sel,
les congés, les soins
corporels
que l'on se prodigue,
sont d'un piètre
secours,
il faut plus qu'ouvrir
une fenêtre,
se livrer à l'abandon,
on a besoin d'un jour
de repos
et de pardon
suivi de l'Allegro non tropo,
éveil
du Jour
victorieux de la
corruption.
Jacques Gruber avril 2016
page 32
Pour Renaud
‟Ce n'est pas l'homme qui prend la mer;
c'est la mer qui prend l'homme.”
Ce n'est pas l'homme
qui prend la parole,
c'est la parole
qui prend l'homme.
L'inspiration
est l'accusé
de réception
de ce qui est donné.
Tu n'as jamais parlé
pour ne rien dire
sur l'actuel
et sur l'essentiel
de notre condition.
Bousculé
par un monde qui
empire
dans la cruauté
et le fiel,
jusque dans
l'indignation,
ton symbolique
demeure pacifique
et sans complication.
Tu nous consoles
quand le sort nous
assomme.
page 33
Reste pour nous
l'homme
que prennent
d'authentiques
paroles,
le temps n'est pas
qu'un jeu
et on ne vit pas à
genoux ;
les poètes courageux
nous l'apprennent.
Jacques Gruber avril
2016
page 34
Dialogues avec mon
ordinateur
Pour accéder aux
portails
qui m'ouvrent le
chemin
vers la place
élective
de mon travail,
un ingénieur lointain
me donne un mot de
passe
à la vertu effective.
*
Mon ordinateur
me pose avec politesse
des questions
d'informatique
plutôt que de sagesse,
qui restent
énigmatiques
pour un rêveur
de prédilection.
Il me confie des
donnés
numériques
que je me plais
à transformer
en chiffres
mnémotechniques ;
pour m'épargner
les affres
du gouffre
de l'oubli ;
la clé ASFNT
m'offre :
"aller sans
fifres
ni tambours" :
sans feinter,
sans un pli
ni calembours,
dans les fichiers
les plus secrets.
*
page 35
Tant que je puis
encore manger
et boire,
j'essaie de me confier
à sa mémoire :
Quand j'en serai
à mes dernières
escapades,
allez-y doucement,
les mourants
sont de gros malades.
*
Jacques Gruber avril
2016
page 36
page 36
Bonjour tendresse
Je t'aime,
Cécile de-ma-vie,
ce n'est pas un thème
de poésie,
c'est mon cœur
qui balbutie,
comme une fleur
se parsème.
Ton corps
n'a pas cessé de me
plaire,
je veux tenir tes
mains,
caresser ton cou,
trouver tes lèvres sans dédain,
découvrir ton genou
et si je puis écrire
c'est que le support
de ton sourire
m'éclaire.
Autour de nous
se pressent
tant de présences
et tant d'absences,
nous saisissons au
passage
les messages
et les silences
qu'elles nous
adressent
après-coup.
En famille
et par-delà
les frontières,
passé chaque sevrage
attristant,
ton amour scintille
avec l'éclat
page 37
de la tulipe sauvage
du Mont Lozère
au printemps.
Je t'aime,
nous t'aimons,
mots devenus banals,
à force de répétition,
mais sans tendresse,
pas d'amour :
amour total,
tout schuss
dont la flamme se
dresse
à contre-jour ;
nous vous aimons tous
avec sincérité :
amours secrètes
des amants au chevet,
dans l'enclos
savoureux,
aux douceurs de crème
ou, pour l'intimité,
la retraite
extrême
des amoureux
derrière le volet
mi-clos.
Et toi, notre amour,
transparence
sans pancarte,
sans discours,
seul,
à l'évidence,
que rien n'écarte,
pas même le linceul.
page 38
Bonjour Tendresse,
entre
dans notre vie à deux,
tu en connais
l'adresse,
et dis-nous d'où tu
viens,
si tu le veux.
Tu n'es pas un vestige
diluvien
ni la preuve de
l'existence des cieux,
tu es la vie au
centre,
où le début et la fin
se réunissent,
comme on s'étreint
afin que l'amour
s'accomplisse.
Jacques Gruber
mai 2016
page 39
ARTS
Les arts avant-premiers …
la grotte Chauvet
en Ardèche
Grottes
ornées,
de France,
grottes profondes
que lente, l'eau lima,
sorte d'im-monde
lacanien
sous un climat
tantôt tropical
tantôt canadien,
tantôt canadien,
circonvolutions
souterraines
de l'art pariétal.
C'est ici, dans la
nuit mal éclairée,
l'atmosphère magique
des fraîches hypogées,
au temps de la savane
herbeuse
et de la nouvelle
pierre
que l'art mural
se creuse,
geste
élémentaire
et symbolique,
tracé sur un support
inégal,
il atteste
qu'un humain pense
son existence
et qu'il en laisse une
trace
différente des restes
d'un festin vorace.
page 40
les arts premiers :
sur une statuette congolaise
sculptée au couteau
dans un bois tendre sans valeur
Cela me regarde
- est-ce Il, est-ce
Elle ? - ,
épicène,
tantôt l'air riant,
tantôt inquiétant,
jamais obscène
sous les terres
rouges ou blanches
et le noir
tiré des cendres
culinaires
dont on se farde
sans besoin de miroir
Écartant ses
aisselles,
serré aux hanches,
les jambes en entrechats,
corps symbolique
sous une crinière
de cheveux
en cimier.
La statuette me vient
aux genoux,
elle ne vaut pas cher
au prix arithmétique
de nos achats
loin de chez nous,
dans les pays sans
hiver.
Ses lèvres
s'entrouvrent
non pour parler,
mais pour offrir
un baiser
à qui le veut,
pour donner du
plaisir,
sans être sûres
de ne pas infliger
des morsures.
page 41
Sans le vouloir,
- Est-ce Elle, est-ce
Il ?-
couvrent
leurs yeux
sans sourcils,
cernés de noir,
énigmatiques.
Parfois
je me demande
si c'est à cause de
moi
que son regard est
triste,
son corps noué par un
tourment,
je l'ai placée sur une
autre piste
où le sol tendu ne
scande
plus son trépignement.
Ce n'est pas une
figure de retable,
elle penche à gauche,
à cause de l'assise instable
taillée au couteau par
un artisan,
non vers la débauche
dont je la sais
incapable
ni par choix partisan.
page 42
l'art des temps avant-derniers
(Dietrich
Bonhoeffet)
sur une toile
de peinture gestuelle,
à propos de l'œuvre
de Francis Bacon
et du dernier Picasso
Les âges d'or
occidentaux,
malmenés quand les
idéologies
les impressionnent,
cohabitent
dans les musées
en fonction des sorts
inégaux
que sélectionnent
les destinées
bien ou mal servies,
les temps perdus
se visitent,
il ne se retrouvent plus.
Notre art ne veut plus
rien dire,
il donne à voir
un désordre de
l'univers plat,
même avec
accompagnement
à quatre mains
et des couloirs
de couleurs
traversés de vents
intérieurs,
un agrégat ressenti
à travers le nez de cire
une fois gros, l'autre
raccourci,
d'un être humain
qui a volé en éclats.
page 43
De multiples cultures,
quelques grandes
religions
avec des ratures,
les transports
des musiques et des
sports,
ne font pas une
civilisation.
Il n'y a pas de modèle
standard,
mais elle ne disloque
pas la pensée et l'art
c'est l'œuvre d'un
esprit de ferveur,
non anxieux,
plein d'audace
(ainsi parla
Zarathoustra),
qui la fait forte et
patiente,
ouverte au colloque,
offre de vie qui
inonde
nos profondeurs
inconscientes,
jusqu'à prendre la
place
de tous les cieux
à la ronde.
page 44
et l'art d'après le temps des derniers hommes,
le Surhumain
(Friedrich
Nietzsche, Zarathoustra)
Dans le grand Open
ouvert par les
derniers hommes,
auxquels il sera
beaucoup pardonné,
voilà ce que l'enfant
de Brocken
n'a pas compris
de la compétition
surveillée
dans laquelle nous
sommes
ordonnés,
lorsqu'il démolissait
à coups de marteau
ce que sa formation
lui avait appris
et qu'il avait aimé,
intellectuel
puritain mordu de la
Grèce
aux temps où l'amour
homosexuel
faisait parie de
l'éducation
et dont, moderne Isis,
il a voulu rassembler
les pièces
dans le corps tragique,
de Dionysos en
Passion,
sorte de Christ bis,
mais la beauté
n'est pas mimétique,
elle se transmet
par contagion.
Annoncer l'Évangile
du Surhumain,
la joie incivile
de l'Homme souverain,
tout cela pour finir,
- moyennant le cadeau
de la vision éveillée
de Surléï
page 45
et sans obtenir
le soulagement,
même formel,
de sa souffrance - ,
par donner
sagement
dans le panneau
de la croyance
au retour perpétuel
des civilisations,
confiées
à
leurs eunuques.
Mais elles
sont caduques,
dépareillées,
condamnées à
disparaître
(Paul Valéry, Simone Weil)
comme la Tour de Babel,
comme la Tour de Babel,
avec peurs, pleurs et
puanteurs,
armes et vacarmes,
cours et discours
sacres et massacres,
encore que pour
survivre
nous fassions toujours
appel
à leur Livre.
page 46
l'époque
contemporaine
Le frais Aujourd'hui,
adolescent
libéré du maître
qui l'éduque,
entouré de jeunes
femmes ensoleillées,
dégringole
les
escaliers
sans
appui
au
risque de se casser la nuque.
Naguère
il a renoncé
à Satan,
ses séductions
et toutes ses pompes,
sauf aux pompes à
pétrole
déverrouillées,
plus ou moins étanches
et collantes aux
semelles
qui ne dorment jamais,
c'est bien connu.
Pompes et trompes :
pétrole et publicité
les deux mamelles
de la nouveauté.
En revanche,
il va céder,
dans l'instant,
à la tentation
du premier venu
qui lui vend
une bricole.
page 47
Il est fier de sa
famille,
par chance
ses enfants suivent
l'école
et font leur chemin
et font leur chemin
son auto et son chien
se portent bien,
il n'éprouve pas le besoin
qu'on le console.
qu'on le console.
Est-ce qu'il pense ?
Il s'éparpille.
Son art est numérique,
art de société
amortie,
post-traumatique :
l'exaltation de
l'homme
par lui-même,
donne une pomme
d'arrosoir
agrandie jusqu'à
hauteur
d'un cinquième
avec ou sans ascenseur
;
bonsoir.
Son jardin fructifie,
personne ne le tient à
distance,
il est démocrate
il comprend que la
société
pour jouer sa
symphonie
a besoin de touches en
ivoire et en ébène,
à l'inverse de
Socrate,
il se débarrasse
des questions qui
gènent
en faisant l'impasse
quant au sens de
l'existence,
il n'a pas besoin
qu'on lui applique
aucune parole :
lui-même se justifie.
page 48
envoi :
Je vous salue, sœurs
et frères
sans titres,
doués d'autonomie,
mais privés du libre arbitre,
médaillés d'aucun régiment
mais privés du libre arbitre,
médaillés d'aucun régiment
ni d'aucune Académie,
gardiens
gardiens
d'aucune Tradition
sarcophage
ni d'aucun célèbre
Temple,
mais qui avez été
élevés
par les jours de joie
ou de cendre
disciples assidus,
deux par deux,
à l'école probe et
sincère
des anciens
puis qui êtes revenus
d'apprendre
d'eux
- encore qu'emplis
d'exemple
et d'enseignement
-
pour entreprendre
votre propre voyage.
Celles et ceux
qui n'ont pas cédé à
la colère
ou aux intrigues,
entourés d'un ruban de
ciel bleu,
toute brume bue,
que tu le nommes
paix,
amour,
justice
ou liberté,
enfants prodigues
d'un père
qui n'est pas économe
des biens qu'il nous attribue.
Jacques Gruber Juin 2016
page 49
Michel Rocard
Il n'avait pas le goût
du pouvoir,
il avait le sens du
service
et
s'était compris
comme responsable de
la justice
jusqu'aux plus mal
nantis.
Au Revoir.
Au Revoir.
Jacques Gruber Juillet 2016
page 50
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