Jacques GRUBER
À
BÂTONS
ROMPUS
2017-2019
LISTE
DES TEXTES
Bons souvenirs, p. 5
Oui de Lumière, p. 5
Petites fleurs, p. 6
Troncs dépenaillés, p. 6
Jours gras, p. 7
Que la Lumière soit, p. 8
Consens à être aimé, p. 8
Je viens derrière, p. 9
Habits de l'histoire, p. 10
Miracle imprévu, p. 10
Ce que l'on pense de lui (le Caravage), p. 11
Je vois ces gens sans soins, p. 10
Je vois ces armes modernes, p. 12
J'entends le tac-tac, p. 13
J'étais dans mes occupations, p. 14
L'écran m'a renvoyé, p. 15
Dans mon sommeil paradoxal, p. 15
Ces longues files, p. 16
Dans un moment de rêverie, p. 17
Le réfugié érythréen, p. 18
Jean d'Ormesson, p. 19
Soleil, lune rose, p. 19
Nous nous tenons debout, p. 20
Belles chevelures d'arbres, p. 21
Et toi ciel, p. 22
Silence d'une fleur, p. 22
Hommage à Hans et Sophie Scholl, p. 24
Zen, Zénith, p. 25
J'aime le visage, p. 26
Treize heures, p. 27
Que je prenne ta main, p. 28
Le vent dans les branches p. 29
Par les ouvertures entre les rideaux, p. 30
Tant je regarde ton visage, p. 30
Amour 'une seule, p. 30
Hommage à Hans et Sophie Scholl, p. 24
Zen, Zénith, p. 25
J'aime le visage, p. 26
Treize heures, p. 27
Que je prenne ta main, p. 28
Le vent dans les branches p. 29
Par les ouvertures entre les rideaux, p. 30
Tant je regarde ton visage, p. 30
Amour 'une seule, p. 30
page 5
Bons souvenirs,
heureuse mémoire,
sans repentirs
ni déboire,
aventures,
efforts
d'envergure,
je vais
dans la même voie
où je sais,
sans qu'on le voie.
Jacques Gruber
Jacques Gruber
Oui de lumière
et tant de pièges mortels,
une vie entière
pour l'essentiel.
Jacques Gruber
page 6
Petites fleurs
magnanimes,
nos décorateurs
grandissimes,
pitié
pour le parterre,
piétiné,
notre cœur se serre.
Jacques Gruber
Troncs dépenaillés,
disséminés
dans l'herbe,
vos fruits
qu'un vent acerbe,
détruit,
il n'empêche
page 7
que l'émotion,
fraîche
élévation
de la beauté éternelle,
sans hallucination,
se renouvelle.
Jacques Gruber
Jours gras,
ceux que la mort endeuille,
ne laissez pas tomber vos bras
à la suite de vos feuilles,
les marronniers,
avec leurs branches nues,
s'embrassent pour de meilleurs
baisers,
le long des avenues.
Jacques Gruber
page 8
Que la Lumière soit,
enthousiasme,
Eurêka,
joie, phantasme,
feux,
sympathie
pour les enjeux,
accalmie
dès que tu peux.
Jacques Gruber
Consens à être aimé
sans besoin de plaire,
que tout soit renouvelé,
sans besoin de faire :
bandeaux bleus du ciel,
toiles de Cézanne,
sentiments pluriels,
au surplus de la Manne.
Jacques Gruber
page 9
Je viens derrière *,
les autres sont devant :
Rome séculaire,
afflux musulman ;
j'espère
que cet or qui reluit
n'est pas celui du couchant,
pour l'une ;
n'annonce pas une nuit
sans croissant de lune,
pour le suivant.0
Justice et vérité,
se tiennent aussi par derrière,
avec l'Amen que je dis,
intactes,
elle sont présentes sous la manière
dont je suis habité
dans le moindre des actes
que j'accomplis.
Jacques Gruber
*À l'occasion du 500ème anniversaire de la
Réformation, ,le présentateur de la
télévision : ‟Les protestants, troisième religion de
France derrière [sic] les catholiques et les musulmans”.
page 10
Habits de l'Histoire,
suspendus
dans l'armoire
des temps perdus
importables,
insupportables,
malentendus
vexatoires.
Jacques Gruber
Miracle
imprévu
de notre terre,
ininterrompu,
sans obstacle
page 11
depuis des millénaires,
détérioré
par la nuisance
de notre activité
au mépris de toute
alliance.
Jacques Gruber
Ce que l'on pense de lui,
qui nous séduit,
nous ravage,
nous écorche,
en peinture ou par écrit,
l'Amour
du Caravage,
soit dit sans détour :
Il s'en torche.
Jacques Gruber
page 12
Je vois ces gens sans soins
qu'un vent déporte
dans des recoins,
comme feuilles mortes
et je me dis,
sans qu'un seul mot retentisse
dans l'infini
qui nous transporte :
Ne l'ai-je pas déjà vécu,
faut-il que cela ne finisse,
ne tombe une fois dans l'inconnu ?
Jacques Gruber
Je vois ces armes modernes,
crachant un feu mortel,
au milieu de ruines ternes,
dans une poussière sans appel
page 13
et j'éprouve
dans mon cœur
toute la douleur
qui s'y trouve.
Jacques Gruber
J'entends le tac-tac
de la mitrailleuse,
des gens sans toit ni bivouac,
la face crayeuse,
sont sortis
par la manche
des taudis
issus de la plus ancienne croyance.
Jacques Gruber
page 14
J'étais dans mes occupations
quand j'ai eu la vision
d'une terre pleine
de centaines
de restes humains
têtes, pieds et mains,
et mon esprit
me dit :
Réminiscence,
cela recommence !
Jacques Gruber
L'écran m'a renvoyé
l'image
des abominations
page 15
banalisées,
durant six paires d'années,
vécues dans les afflictions
qui furent notre partage
et quelque chose me dit,
dans mon esprit :
Personne n'a rien empêché !
Jacques Gruber
Dans mon sommeil paradoxal
j'ai vu (rêve qui me navre,
quasi infernal),
des villes en poussière,
les rues jonchées de cadavres
et je pensai :
Quels fantasmes
de cauchemar
ont-t-il pu commander
page 16
de pareils marasmes,
avant-dernier avatar ?
Jacques Gruber
Ces longues files
de femmes, chargées d'enfants
et de baluchons,
savent-elles où elles vont,
quand je penche
mon cœur
je sens que plusieurs
crient Revanche
sur tous ces mécréants !
Jacques Gruber
Dans un moment de
rêverie, page 17
comme penché sur mon rebord,
une prophétie
a pris en moi force d'accord :
L'écriture sainte,
son Temple, sa Ville
leurs gardiens,
sont détruits
malgré la plainte
de quelque érudit,
reste la parole indélébile
en son jardin,
forte et fragile,
fais doucement,
elle est donnée
en ce moment,
cueille-la,
elle changera
ta journée.
Jacques Gruber
le réfugié Érythréen
Venu avec mon passé ancestral,
dans cette ville de vacarme,
jusqu'au parc floral,
tout me désarme.
Abattu, battu, vendu,
sauvé de la noyade,
je m'attendais
à quelqu'un qui partage
la native religiosité
qui me pénètre,
quand même suis-je secouru,
tout le monde, ici, ne cherche ici que
son bien-être.
*
Chaque personne rencontrée
m'écrase les orteils,
‟Érythrée”,
tu peints de rouge mes sommeils !
Jacques Gruber
Jean d'Ormesson
est en représentation,
il joue son propre rôle
et trouve cela presque drôle.
Jacques Gruber
Soleil, lune rose
derrière l'écran
de nécrose
des éboulements,
figures souriantes,
dans ce tourbillon mortel,
des enfants des décombres,
dans un décor
page 20
sans nom ni nombre ;
loin des boules de Noël
scintillantes,
dans un silence de mort,
ils jouent avec adresse
pour tromper la peur et la faim.
Pourquoi n'y a-t-il aucune promesse
pour les enfants syriens ?
Jacques Gruber
Nous nous tenons debout
devant l'iconostase
des artistes maudits
pour un culte sans phrase
que l'on applaudit
de bon goût
et la voix inaudible
page 21
me souffle, sans un mot prononcé :
Affranchis des carêmes,
tout est possible,
donnez leur vous-mêmes
de la beauté.
Jacques Gruber
Belle chevelures d'arbres,
reflets lumineux de l'été,
veinures de marbres
aux corolles rose-thé,
plantes fleuries
qui embaumez,
présences polies,
vous nous souriez,
allures, gestuelles,
innocentes et cruelles.
Jacques Gruber
page 22
Et toi, ciel,
semés d'étoiles,
puissant logiciel
qui te dévoiles,
conserve les yeux ouverts,
sur les collines
aux reflets de travers,
eau bienfaisante qui dégoulines
par temps pluvieux,
en zébrures et ravines,
garde mon cœur anxieux.
Jacques Gruber
Silence,
d'une fleur,
présence,
des son odeur ;
page 23
le blanc
n'est pas pâle,
il est franc,
sur ton châle ;
soleil, tel un abricot
qui te couches,
réchauffé par le tricot
des nuages que tu touches,
d'où sors-tu
têtu ?
et vous, monts
chargés d'histoire,
qui donnez vos noms
à nos victoires ?
jour,
nous dis-tu
pourquoi tu es venu ?
éclat jaune,
sans le secours
page 24
d'une ultime aumône,
où vas-tu
que tu aies tu ?
Jacques Gruber
Hommage à Sophie et Hans Scholl
1921-1943 - 1918-1943
Enfants de la Rose Blanche
enfants décapités,
avalés par l'avalanche,
mais dont le cœur n'a pas flanché,
venez ici,
prenez place à nos tables,
laissez votre mépris
des Bêtes épouvantables,
vous leur avez porté la premier coup,
que diriez-vous
de notre planète
page 25
de déchets
quand, parmi les analphabètes,
malgré tout,
vous répandiez des pamphlets
rien moins que jetables ?
Jacques Gruber
zen, zénith,
azymes ;
Japon,
Arabie, Judée ;
un amour subit,
du frère Zosime
pour un train en jupons ;
la guitare inspirée,
de nos chanteurs
page 26
qui déménage
dans les chaleurs
d'un surmenage.
Jacques Gruber
J'aime le visage
des
humains
sans exigence,
mais, pour certains,
je regarde de préférence
le paysage.
Jacques Gruber
page 27
Treize heures
diffuse
les informations
que j'effleure :
Louxor,
trésor
dont je m'amuse,
jamais pareil
dans mon imagination,
page 28
quand d'Orient
le soleil
l'affleure
de son doigt transparent.
Jacques Gruber
Jacques Gruber
quand d'Orient,
le soleil
l'affleure
de son doigt transparent.
Que je prenne
ta main
dans la mienne
ce matin,
elle tremble
même sous ton gant
de laine
et je vois,
par exemple,
en scrutant
ton haleine
que le froid
n'est pas si mordant.
Jacques Gruber
Jacques Gruber
page 29
Le vent
dans les branches
fait un bruit
ébouriffant,
il tranche
avec le sous-bois
où le soleil jette
des semis de diamants
par endroit ;
une palette
de tons amortis
s'étale,
du marron au gris :
un goût de terre
natale.
Jacques Gruber
Jacques Gruber
page 30
Par les ouvertures
entre les rideaux
le jour laisse voir ses
rayures,
cadeaux
d'un jour qui se lève
et je rêve :
que fera de moi
la journée qui
commence ?
Le soleil est froid,
dénué d'insolence.
Jacques Gruber
page 31
Tant je regarde ton
visage,
souligné à ton cou
par un trait de
dentelle,
au milieu de ces gens
d'âge,
plus je le trouve
charmant,
et te vois belle
à tout coup.
Jacques Gruber
Amour d'une seule,
sel du monde entier,
iras-tu
t'étendre
jusqu'à aimer,
sans rien rendre,
la gueule
du dernier venu ?
Jacques Gruber
page 32
La lune de printemps
tousse
au gré
des nuages,
quand l'écran de nuit étiré,
par secousses,
offre ses plages,
où le ciel étoilé
dresse son camp.
Jacques Gruber
Les guerres
de la foi,
naguère ;
l'émoi
des crimes
au nom
de la liberté,
en prime
d'une révolution
de la fraternité ;
on nous montre
tout ;
que nous soyons pour
ou contre,
nous restons chez
nous.
Jacques Gruber
page 33
Séduction,
sidaction ;
amours vraies,
rien qui nous effraie.
Jacques Gruber
J'ai visité
le vide sépulcral
des grandes abbayes
qu'un rayon inonde ;
j'ai vu
Lénine
monumental
éclairant le monde
avec son étoile inouïe
;
j'ai connu
de près
sur une pente alpine
la morsure des vents
bleus
au temps où Mao,
la clarté du tian sur sa veste,
éteignait à son vœu ,
d'un seul geste,
tout notre égo.
Jacques Gruber
page 34
Astucieux
comme Ulysse
sur la mer
fatidique,
je me sauvegarde,
sans revolver,
et je glisse
de mon mieux,
non sans charge,
au large
d'une côte utopique
que farde
un trait de flot vert.
Jacques Gruber
à la Maison
de retraite
La montagne,
bouddha d'or massif,
vestige d'un récif
datant du Déluge,
souvenir qui m'accompagne
désormais
en ce lieu de refuge :
total report
où tous ceux que
j'aimais,
rouge grappe,
touchent mon cœur,
qui frappe
trop fort,
en douleur.
Jacques Gruber
page 35
paléontologie
Il y a tant de
milliards d'années,
je me suis éveillé,
minuscule musaraigne
faisant téter sa
portée
dans le creux
d'une Pangée
où tout le monde pond
des œufs,
pour aboutir à mon
règne,
au mépris d'une forêt
à laquelle j'ai pris l'amadou
de l'incendie,
sans que je craigne
plus aucun tabou
en ma ville enlaidie.
Années par milliards,
réel fabuleux,
auxquels je m'éveille
si tard,
piètre et vieux,
bon à être mis à la corbeille.
Jacques Gruber
page 36
actualités
La bombe a fait cent
morts,
les lumières
s'éteignent,
on dirait que des
ressorts
nous étreignent,
l'air est impur,
un feu nous arrose ;
et je découvre, en courrier
joint :
un ciel rubis
qui va teindre,
le petit pan de mur
témoin
aux couleurs tendres
d'Albi
la rose.
impressions
Orient de Lumière
ne donne plus que Chaleurs,
poussière,
malheurs ;
Ouest des Lumières,
à bout d'inspiration,
en recherche de
prières,
hanté par le soupçon ;
Arbres qui tenez parole,
à travers automnes et
printemps,
incendies, sécheresse,
inondations, ouragan,
foudre, lave hyperbole,
c'est vous la bonne
adresse !
Jacques Gruber
page 37