samedi 4 juillet 2015

Les Bons sentiments








Jacques Gruber


LES

BONS

SENTIMENTS





On  ne fait pas de littérature avec les bons sentiments”
André Gide

ceci n'est pas de la littérature, ce sont des poèmes






 page 2

LISTE des RECUEILS que j'ai publiés sur Internet :

Un Signe dans la Vie
Le Matin vient déjà
Sveltes poèmes
Une existence poétique actuelle
(deux fascicules)
ÉTOILES sur un fond noir
Mes Théâtres
Les Bons sentiments


mes recueils de poésie :

Un Signe dans la vie
Le Matin vient déjà
Sveltes poèmes
Un existence poétique actuelle
Étoiles sur un fond noir
Mes Théâtres
Le Bons sentiments

Retour sur images



Jacques Gruber, l'un des principaux poètes français méconnus d'au­jourd'hui. J'autorise toute personne bien intentionnée à pu­blier mes poèmes, sous réserve qu'elle n'y introduise ni retouche ni chan­gement et à condition qu'elle mentionne mon nom pour cha­cun d'eux.

Jacques Gruber, 94450 Limeil-Brévannes, le 25 janvier 2016

Jacques Gruber, one of the main french unknown poets of to day. I authorise any well intentioned person to publish my poems, without any alteration or change and under the stipulation that they mention my name for each of them.
Jacques Gruber, 94450 Limeil-Brévannes, France, 25 of januar 2016.





page 3
Liste des textes

Celui qui a dit, p 5
Natation, p. 6
Ah ! Les Vaches !, p. 7
Fleurs, p. 8
Télévision, p. 10
Livres, p. 12
La chambre ocre, p. 14
La chambre surélevé, p. 16
L(observateur de Bataillon, p. 17
Remémorations, p. 20
Barak Obama, p. 22
"Dans le Chemin d'Allah", p. 23
Si j'avais su, p. 25
Palmyre, p. 27
Ultramodernité, p. 28
Mes journées, p. 30
Pour Renaud, p. 32
Dialogues avec mon ordinateur, p. 34
Bonjour tendresse, p. 36
ARTS, p. 39
arts avant-premiers, p.39
aets premiers, p.40
arts avant-derniers, p. 42
arts des temps d'après les derniers hommes, p. p. 44
époque contemporain, p. 46
envoi p. 48

Michel Rocard, p. 49
page 5

Celui qui a dit
de son haut :
L'Éternité peut attendre”
(Armand du Plessis de Richelieu)
mérite que son château
soit détruit
et qu'il aille se pendre.

Jacques Gruber  juin 2015

page 6
Natation
Quand je nage en plongée
libre,
quitte de tout vêtement,
sans étude,
la tête sous le niveau,
yeux ouverts,
j'éprouve,
en ces instants,
où la poussée,
d'Archimède
m'équilibre,
le sentiment
d'un remède
nouveau
de plénitude :
l'être qui se trouve
à découvert,
dans son élément.
(Héraclite -environ 550 - environ 480- faisait de l'eau le principe de l'être.)


Jacques Gruber  samedi 13 juin 2015

                                                    page 7


Ah ! les Vaches !

Obnubilation :
le monde va de mal en pis.
Jubilation,
tant pis.
Hallucination ?
C'est encore pis.
En attendant
ce récépissé
n'est q'un pis-aller.

Jacques Gruber  juin 2015
page 8
Fleurs

‟La beauté [sauvera le monde”*

* Prince Muichkin, L'Idiot, Dostoiewski.

Ailleurs,
sur d'autres sites,
à cent lieues,
des fleurs
ouvrent
leurs corolles :
clématites
bleues
qui couvrent
de leurs pleurs
nos faillites :
les rites
qui ont perdu
la Parole.

Ici,
chaque tige de laurier
nous tend un bouquet rose ;
pourtant la flamme
coloriée
dans le regard épris
d'un homme,
- à moins qu'il pose
à l'ange de Reims -,
ne peut tenir lieu

page 9
du sourire d'une femme,
qui nous accueille
jusqu'en son somme,
filtrant de ses lèvres minces,
lumineux
- sauf si vous le défloriez ? -,
sous les feuilles
de laurier.

Tout près de moi,
à portée de main,
les petits visages
sans lendemain
des fleurs d'impatience
aux pétales roses
avec des joues rouges
et rondes
et leurs feuilles en fer de lance,
font foi,
dans leur silence
et leur immobilité,
du don de passage
en beauté
dans notre monde
qui possède la science,
parle, bouge,
et ne dispose
d'aucune autre échéance.

Jacques Gruber 26 juin 2015
d'un mois de Ramadan ensanglanté

page 10

Télévision

J'apprécie les publicités :
chacun y va de ses suffrages
et s'y montre satisfait.

Les informations,
qui savent véhiculer d'atroces images
c'est la désolation.

De toute manière
personne ne parle sur le fond.
On glisse à la surface.
L'affliction
nous arrête,
mais nous préférons l'entrain.
Passé la fête,
passé
le saint”
et l'émission
suivante
efface
la première.

Il me reste les paysages
que personne ne vante
assez.
page 11
J'en ai plein l'écran
le plus large,
traversé de pays inconnus,
d'orages magnétiques,
d'oiseaux serpentaires
et de chevaux nus,
avec, et surtout sans,
musiques
ou commentaires.

Je séjourne
dans cette beauté
calme ou sauvage
qui élargit ses marges
à chaque saison.

Elle retourne,
 par-delà les clans
des ancêtres
vénérés,
dont les voix
nous endorment,
vers une ligne d'horizon,
onduleuse ou syncopée,
en fonction des choix,
qui forment
les arrière-plans
de la pensée
aux multiples fenêtres.

Jacques Gruber août 2015

page 12

Livres

Aucun livre
que j'ai lu
autrefois
jusqu'à la dernière ligne
ne m'a déplu.

Les jours où il fait un froid
de givre,
ils sont devenus
des personnages
qui me font signe
depuis le rayonnage
qui aligne
leurs dos
parfois dépenaillés.

Sans avoir besoin
de les rouvrir,
le souvenir
des mots
essentiels
qu'ils m'ont apporté
me revient.

page 13
Poètes, penseurs,
savants pluriels,
et le Livre de livres :
jamais bavards
leur étude
et leur foi
me font vivre,
m'ouvrent, à l'écart
du désarroi,
le chemin
de la gratitude.

C'est d'elle
que vient l'ascendance
du succès
et, comme un vent
léger
dans les feuilles
laisse prévoir
la pluie,
je m'appuie
sur le non-savoir
que rien n'endeuille
pour pénétrer
plus avant
et trouver accès
à la transcendance
tout autre qu'irréelle.

Jacques Gruber août 2015
page 14

La chambre ocre

Dans la chambre
que la couleur ocre
tapisse au complet
de la moquette au papier
et de janvier
à décembre
- À l'instar de la grotte Chauvet
du Pont d'Arc
en Ardèche -,
rien de médiocre,
rue Korczack
où je crèche.

Je dirais
comme le logement
d'un temple
sans estampille,
vide de toute idole
- debout derrière des voiles tirés,
supposant qu'elle nous console -,
et plus près de l'oiseau qui houspille
son voisin d'appartement.

Là, je médite
plus que je ne contemple,
sans recourir
au rite
que nous décalquons
de modèles incompris,
sans enfantillages,
page 15

grâce aux feuillages
dont j'embrasse
la masse
depuis le balcon,
en guise de parvis.

Ici, le saint des saint
 ne garde ni trésors
ni relique,
il a pour seule arche
des tiroirs
où sont mes œuvres complètes,
miroirs
où se reflète
un dessein
à part des décors
de la démarche
classique,
entre l'art des boyaux souterrains
préhistoriques
allant du cru au cuit
pour durer des millénaires
et notre art des rues,
nés des lumières
crues,
de jour comme de nuit,
jusqu'à  demain.

Jacques Gruber  juillet 2015

page 16
La chambre surélevée

En plein jour,
le mur du fond
de ma chambre
vire de l'ocre au  cuivre,
se cambre
puis s'écarte,
faisant choir tous mes livres.

Et la lune,
- blanchissante offrande,
avant qu'elle ne reparte
avec humour
par le plafond -,
roule
en boule
sur une lande
de callune
cévenole
où l'on peut encore suivre
des traces de joute.

Quant à bien se tenir,
reste le souhait
que dans la chambre
où je me remembre,
la parole
s'ajoute
au bienfait
du souvenir.

Jacques Gruber  juillet 2015


page 17
L'observateur de Bataillon
(anniversaire des soixante-quinze ans de la guerre 39-45)

Les guerres se gagnent avec les caporaux-chefs

J.G.
Je n'avais pas vingt ans
quand j'ai vu le sang,
sur la neige,
au col de Bussang,
dans l'hiver sibérien
dix-neuf-cent-quarante-quatre,
alors que j'étais, tel un vaurien
suceur de jujube
des moins expérimentés,
au sein du cortège
de l'Armée De Lattre
qui s'intitulait :
"Rhin et Danube".

Je me prenais pour un matador,
or, ils m'ont donné pour chances
une carte d'État-Major,
un téléphone et des rations,
boussole et jumelles de guerre,
de  quoi mesurer les distances
- l'artillerie tient à un cheveu -
par calcul mental,
jusque dans le feu
peu sentimental
des militaires
en opérations.

page 18
Puis du papier et des crayons,
tout compris,
comme à l'école, naguère,
enfant,
où je croyais avoir tout appris,
bien avant mes vingt ans.

En première ligne,
pour combattre
sans que l'on m'élimine,
ils m'ont appris les insignes
des avions,
les impacts, les mines
et, quand même
quelque peu,
l'œdème
et le dartre
des bouches à feu,
quand nous en avions.

Sur le terrain,
au-delà de la Thur, *
en gel plus qu'en crues,
pas un lopin
n'est sûr,
soit que tu tues,
ou que tu meures.

Vers vingt-trois heures,
étant de guet,
page 19
par us et par abus,
dominant la forêt,
avec mes camarades,
le tir courbe
du premier obus
- un fourbe
dont le sifflement,
dans l'obscurité plate,
n'avertit pas
avant qu'il éclate -,
est allé blesser
de flanc
deux des trois soldats
de notre escouade.
Ils n'avaient pas vingt-ans.

* Bataille de France, Poche de Colmar : pendant l'hiver 1944-1945, des combats décisifs se sont déroulés le long de la rivière Thur.  

Jacques Gruber  septembre 2015


page 20


Remémorations

Le ciel constellé
que le jour
nous dérobait
se bombe,
notre pays,
 nu, sans atours
           et sans joie,          
se plombe,
le jour pâlit,
le soleil se couche,
la nuit tombe
dans un bruissement
de soie,
le ruisseau
rejoint son lit,
nos allées et venues
sont suspendues,
un moustique fait mouche,
je tue le temps,
tant qu'un souffle de repos
traverse la combe
jusqu'en ses replis,
les amants sont bouche à bouche.

J'écoute
un grignotement
de souris,
la buse assassine
qui miaule,
j'observe
comment la souple rampe
des prés descendants,
bien léger fardeau,
se veloute
et le clignotement
que fait la lampe

page 21

de ma piaule
quand,
pour peu que je m'en serve,
je heurte la bassine
d'eau.

Au moment
où j'éteignis les écrans,
sans qu'aucun bruit
la décela,
et loin de la haïr,
je laissai
la nuit,
m'envahir,
mais non l'obscurité.

- Depuis cela,
j'écris pour longtemps -.




Jacques Gruber octobre 2015

page 22



Barak Obama

Un Président Noir
à la Maison Blanche,
cela fait plaisir à voir,
comme un dimanche.

Jacques Gruber  novembre 2015

page 23

Dans le Chemin d'Allah *
en commémoration du vendredi 13 novembre 2015

Vous avez le Ramadan
pour le jeûne et la prière ;
nous allons au Bataclan
pour le rock et la bière.

Vous avez la religiosité
jusqu'au mépris de la vie ;
nous aimons la légèreté
selon que le jour nous y convie.

Vous invoquez la fatalité
et la mort ;
nous parlons de liberté
et de sport.

Vous effacez les images ;
nous offrons nos  visages.

Tous les chemins
ne sont pas semés de fleurs,
et le plus divin
est damé de peurs,
- Que les nôtres, du moins,
ne soient plus lavés de pleurs ! -.

Jusqu'ici
les poèmes
se savent impuissants
devant les intervalles
que creusent entre eux
 les chemins divergents
des paradis
extrêmes
qui s'échangent des balles
comme il pleut.

page 24

Cependant,
quand même
les glaciers
reculeraient d'effroi
devant tellement
de tombes
ouvertes de sang froid,
il nous est accordé
d'aller au-delà
du poème,
de nos rêves petit-bourgeois
et des vendredis de revanche,
sans retourner
en-deçà
avec des bombes,
mais c'est dimanche.




* Formule fréquente dans le Qur'an (Coran), la Récitation.


Jacques Gruber  14 novembre 2015


page 25

Si j'avais su

(vendredi dernier, en Tunisie, un jeune berger de seize ans a été égorgé au milieu de ses brebis puis décapité avant de rendre sa tête à sa famille)

Si j'avais su,
à quatre ans,
quand ma mère mourut,
qu'elle aurait dû
assister à tant d'actes révoltants
où toute vie civile avorte,
que j'ai vécus
dans mon existence passagère
qui s'écoule,
si j'avais su,
je lui aurais donné raison,
au lieu de pleurer,
assis dans l'escalier
de cette maison
étrangère,
au Bourg-sur-Boule
où elle est morte.

Pour mon secours,
elle m'avait légué
son meilleur revenu :
ces passants peu lettrés
qui n'avaient pas toujours
eu de chance,
mais étaient devenus,
pour quiconque flanche
ou se trouve en mauvais cas,
des gens créés un dimanche,
ce qu'ils n'étaient pas
à la naissance.

Souvent,
je ne l'avais pas compris
sur le champ
et j'avais déçu.

page 26

Je les aurais remerciés,
si j'avais su,
avant qu'ils décèdent
sans avoir rien repris,
pour leur aide
à me rétablir,
mais ils ont disparu,
presque oubliés,
contents
que la mort les allège.
Puissé-je
en faire autant
sans avoir à me repentir.

En attendant,
je veux
les savoir heureux,
nimbés de jeunesse,
comme sur les photos
qui me restent,
avec, au milieu
de son troupeau,
un berger de seize ans,
que personne n'agresse,
les écouteurs aux oreilles,
parmi les merveilles
de ces hauts lieux
agrestes.

Et, si j'avais su
que ce baptême
de vie
était lui-même visé,
d'un coup que rien ne dévie,
je ne m'en serais pas moins aperçu
comment on aime

d'un cœur avisé.



Jacques Gruber  30 novembre 2015


page 27

Palmyre
(En mai et juin 2015, le site a été conquis par les troupes de Daesch,
certains de ses monuments ont fait l'objet de vandalisme iconoclaste)

Pour Palmyre
nous n'avons pas combattu ;
au lieu de bien dire,
je me suis tu.

Pour trois marches de porphyre,
aucun ressort ne nous a mus ;
au lieu de proscrire,
je me suis contenté d'être ému.

Devant le martyre
nous nous sommes abstenus ;
de peur d'être un point de mire
je me suis retenu.

Quand le chanteur a cassé sa lyre
en signe de refus ;
par crainte du pire,
j'ai bredouillé des mots confus.

Mais que paraisse le satyre
dionysiaque,
de fleurs et de fruits vêtu,
adieu Palmyre, porphyre, martyre, lyre,
avec nombre de gens de culture
et d'écriture,
maniaques
d'Antiquité,
je me suis laissé séduire,
détourner dans mon attention
et balayer
comme un fétu
par la discussion.

Jacques Gruber  décembre 2015



page 28

Ultramodernité

Le torrent de nos fortunes
tombe de haut,
en trainées
lueur de lunes,
sur nos brisées,
dans un monde comme il faut.

Les filles qui se veulent garçons
courent les marathons
et les garçons qui se sentent filles
jouent aux quilles ;
nous les aimons,
ils sont notre famille.

Mais nos esprits intérieurs
ont perdu de leur ponctualité,
ils tombent même en friche,
depuis que les crieurs
publics
- des skieurs
tentés par la triche
dans leurs slaloms ? -,
obéissent à tous les déclics
de l'actualité.

Réservez une page blanche
dans vos albums,
car il n'est pas inédit
qu'un jeune sorti de rien
joue jusqu'à la dernière manche,
pour devenir
champion de France
de l'année.


page 29

Quant à nous, 
simples fantassins
de la destinée,
nous savons que les vendredis
de souffrance
et de dégoût
à venir
vont au dernier dimanche.

Jacques Gruber  mars 2016


page 30
                                                 Mes journées     

Une journée pour apprendre
à lire, écrire et compter ;
une journée pour comprendre
ce qu'on nous a enseigné.

D'abord, jouir à satiété
de l'amour à bras le corps ;
ensuite se cogner à la société
bardée de ses désaccords.

Aujourd'hui, au Parc Monceau,
je vois des roses couleur saumon
ou milieu des ombelles
et, aussitôt,
des morts sans nom,
s'amoncellent
par morceaux,
entre les autos.

Place de la République,
les rêveurs éveillés
abolissent les clivages
et passent les nuits debout,
comme les chevaux
sur un pavage,
laissant la dernière réplique,
sans tabou,
aux balayeurs matinaux
qui font la propreté.

L'amour chanceux
à cinq étoiles
vécu à deux
tant et plus
et tout autant,
anima et animus,

page 31

lorsque le regard consent
et malgré celui qui se poile.
Nos cieux ne se sont pas emplis
de nageuses
nuageuses
et nos plants fleuris
de petits-fils
beaux comme des lys.

Il suffit qu'à l'ultime journée
où tout s'effondre,
nous soit donné le moral
pour répondre
au Grand oral
de la destinée.

D'ici-là,
ô journées
fusibles
de la vie courante,
pourtant nées
d'une nuit inspirante
qu'à mon insu
la main invisible
d'un fleuriste,
au-delà
de tout connu,
ensila
avant ma naissance
dans les replis,
où je me nourris,
tant que je subsiste,
que de fois vous dois-je
la chance
d'un renouveau de mon âge !

Élans qui osent
se jeter sur la corde raide
vers le but,
même s'il ne possède
rien du miel
ou de grandiose,
vous me confiez l'essentiel
du jour
-
page 32

 ‟Et la lumière fut” -,
sans l'avoir mérité,
comme dans l'amour.

Pour guérir de  la  fatigue
du mal-être,
de la sueur
et de la puanteur,
la cuisine et le sel,
les congés, les soins corporels
que l'on se prodigue,
sont d'un piètre secours,
il faut plus qu'ouvrir une fenêtre,
se livrer à l'abandon,
on a besoin d'un jour
de repos 
et de pardon
suivi de l'Allegro non tropo,
éveil
du Jour
victorieux de la corruption.  

Jacques Gruber  avril 2016


page 32

Pour Renaud

Ce n'est pas l'homme qui prend la mer;
c'est la mer qui prend l'homme.”

Ce n'est pas l'homme
qui prend la parole,
c'est la parole
qui prend l'homme.

L'inspiration
est l'accusé
de réception
de ce qui est donné.

Tu n'as jamais parlé
pour ne rien dire
sur l'actuel
 et sur l'essentiel
de notre condition.

Bousculé
par un monde qui empire
dans la cruauté
et le fiel,
jusque dans l'indignation,
ton symbolique
demeure pacifique
et sans complication.

Tu nous consoles
quand le sort nous assomme.

page 33

Reste pour nous
l'homme
que prennent
d'authentiques paroles,
le temps n'est pas qu'un jeu
et on ne vit pas à genoux ;
les poètes courageux
nous l'apprennent.

Jacques Gruber  avril 2016

page 34

Dialogues avec mon ordinateur

Pour accéder aux portails
qui m'ouvrent le chemin
vers la place
élective
de mon travail,
un  ingénieur lointain
me donne un mot de passe
à la vertu effective.

*

Mon ordinateur
me pose avec politesse
des questions
d'informatique
plutôt que de sagesse,
qui restent énigmatiques
pour un rêveur
de prédilection.

Il me confie des donnés
numériques
que je me plais
à transformer
en chiffres
mnémotechniques  ;
pour m'épargner
les affres
du gouffre
de l'oubli ;
la clé ASFNT
m'offre :
"aller sans fifres
ni tambours" :
sans feinter,
sans un pli
ni calembours,
dans les fichiers
les plus secrets.

*

page 35

Tant que je puis encore manger
et boire,
j'essaie de me confier
à sa mémoire :
Quand j'en serai
à mes dernières escapades,
allez-y doucement,
les mourants
sont de gros malades.

*

Jacques Gruber  avril 2016



page 36


page 36
Bonjour tendresse

Je t'aime,
Cécile de-ma-vie,
 ce n'est pas un thème
de poésie,
c'est mon cœur
qui balbutie,
comme une fleur
se parsème.

Ton corps
n'a pas cessé de me plaire,
je veux tenir tes mains,
caresser ton cou,
 trouver tes lèvres sans dédain,
 découvrir ton genou
et si je puis écrire
c'est que le support
de ton sourire
m'éclaire.

Autour de nous
se pressent
tant de présences
et tant d'absences,
nous saisissons au passage
les messages
et les silences
qu'elles nous adressent
après-coup.

En famille
et par-delà
les frontières,
passé chaque sevrage
attristant,
ton  amour scintille
avec  l'éclat

page 37

de la tulipe sauvage
du Mont Lozère
au printemps.

Je t'aime,
nous t'aimons,
mots devenus banals,
à force de répétition,
mais sans tendresse,
pas d'amour :
amour total,
tout schuss
dont la flamme se dresse
à contre-jour ;
nous vous aimons tous
avec sincérité :
amours secrètes
des amants au chevet,
dans l'enclos
savoureux,
aux douceurs de crème
ou, pour l'intimité,
la retraite
extrême
des amoureux
derrière le volet
mi-clos.

Et toi, notre amour,
transparence
sans pancarte,
sans discours,
seul,
à l'évidence,
que rien n'écarte,
pas même le linceul.

page 38

Bonjour Tendresse,
entre
dans notre vie à deux,
tu en connais l'adresse,
et dis-nous d'où tu viens,
si tu le veux.
Tu n'es pas un vestige diluvien
ni la preuve de l'existence des cieux,
tu es la vie au centre,
où le début et la fin
se réunissent,
comme on s'étreint
afin que l'amour s'accomplisse.



Jacques Gruber  mai 2016




page 39



ARTS

Les arts avant-premiers …

 la grotte Chauvet
en Ardèche
                                               Grottes ornées,                                              
de France,
grottes profondes  
  que lente, l'eau lima,
sorte d'im-monde
lacanien
sous un climat
tantôt tropical 
tantôt canadien,
circonvolutions souterraines
de l'art pariétal.

C'est ici, dans la nuit mal éclairée,
l'atmosphère magique
des fraîches hypogées,
au temps de la savane herbeuse
et de la nouvelle pierre
que l'art mural
se creuse,
geste
élémentaire
et symbolique,
tracé sur un support inégal,
il atteste
qu'un humain pense
son existence
et qu'il en laisse une trace
différente des restes

d'un festin vorace.


page 40


les arts premiers :

sur une statuette congolaise
sculptée au couteau
dans un bois tendre sans valeur

Cela me regarde
- est-ce Il, est-ce Elle ? - ,
épicène,
tantôt l'air riant,
tantôt inquiétant,
jamais obscène
sous les terres
rouges ou blanches
et le noir 
tiré des cendres culinaires
dont on se farde
sans besoin de miroir

Écartant ses aisselles,
serré aux hanches,
les jambes en entrechats,
corps symbolique
sous une crinière
de cheveux
en cimier.

La statuette me vient aux genoux,
elle  ne vaut pas cher
au prix arithmétique
de nos achats
loin de chez nous,
dans les pays sans hiver.

Ses lèvres s'entrouvrent
non pour parler,
mais pour offrir
un baiser
à qui le veut,
pour donner du plaisir,
sans être sûres
de ne pas infliger
des morsures.

page 41

Sans le vouloir,
- Est-ce Elle, est-ce Il ?-
couvrent
leurs yeux
sans sourcils,
cernés de noir,
énigmatiques.

Parfois
je me demande
si c'est à cause de moi
que son regard est triste,
son corps noué par un tourment,
je l'ai placée sur une autre piste
où le sol tendu ne scande
plus son trépignement.

Ce n'est pas une figure de retable,
elle penche à gauche,
à cause de l'assise instable
taillée au couteau par un artisan,
non vers la débauche
dont je la sais incapable
ni par choix partisan.


page 42


l'art des temps avant-derniers
(Dietrich Bonhoeffet)

sur une toile
de peinture gestuelle,
à propos de l'œuvre
 de Francis Bacon
et du dernier Picasso


Les âges d'or occidentaux,
malmenés quand les idéologies
les impressionnent,
cohabitent
dans les musées
en fonction des sorts inégaux
que sélectionnent
les destinées
bien ou mal servies,
les temps perdus
se visitent,
il ne se retrouvent plus.

Notre art ne veut plus rien dire,
il donne à voir
un désordre de l'univers plat,
même avec accompagnement
à quatre mains
et des couloirs
de couleurs
traversés de vents
intérieurs,
un agrégat ressenti
à travers le nez de cire
une fois gros, l'autre raccourci,
d'un être humain
qui a volé en éclats.

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De multiples cultures,
quelques grandes religions
avec des ratures,
les transports
des musiques et des sports,
ne font pas une civilisation.

Il n'y a pas de modèle standard,
mais elle ne disloque
pas la pensée et l'art
c'est l'œuvre d'un esprit de ferveur,
non anxieux,
plein d'audace
(ainsi parla
Zarathoustra),
qui la fait forte et patiente,
ouverte au colloque,
offre de vie qui inonde
nos profondeurs
inconscientes,
jusqu'à prendre la place
de tous les cieux
à la ronde.

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et l'art d'après le temps des derniers hommes,
le Surhumain
(Friedrich Nietzsche, Zarathoustra)

Dans le grand Open
ouvert par les derniers hommes,
auxquels il sera beaucoup pardonné,
voilà ce que l'enfant de Brocken
n'a pas compris
de la compétition
surveillée
dans laquelle nous sommes
ordonnés,
lorsqu'il démolissait à coups de marteau
ce que sa formation
lui avait appris
et qu'il avait aimé,
intellectuel
puritain mordu de la Grèce
aux temps où l'amour homosexuel
faisait parie de l'éducation
et dont, moderne Isis,
 il a voulu rassembler
les pièces
dans le corps tragique,
de Dionysos en Passion,

sorte de Christ bis,
mais la beauté
n'est pas mimétique,
elle se transmet
par contagion.

Annoncer l'Évangile
du Surhumain,
la joie incivile
de l'Homme souverain,
tout cela pour finir,

- moyennant le cadeau
de la vision éveillée
de Surléï

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et sans obtenir
le soulagement,
même formel,
de sa souffrance - ,

par donner
sagement
dans le panneau
de la croyance
au retour perpétuel
des civilisations,
confiées
à leurs eunuques.

    Mais elles sont caduques,
dépareillées,
condamnées à disparaître
(Paul Valéry, Simone Weil)
comme la Tour de Babel,
avec peurs, pleurs  et puanteurs,
armes et vacarmes,
cours et discours
sacres et massacres,
encore que pour survivre
nous fassions toujours appel
 à leur Livre.

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                                  l'époque contemporaine

Le frais Aujourd'hui,
adolescent
libéré du maître
qui l'éduque,
entouré de jeunes femmes ensoleillées,
dégringole
les escaliers
sans appui
au risque de se casser la nuque.

Naguère il a renoncé
à Satan,
ses séductions
et toutes ses pompes,
sauf aux pompes à pétrole
déverrouillées,
plus ou moins étanches
et collantes aux semelles
qui ne dorment jamais,
c'est bien connu.
Pompes et trompes :
pétrole et publicité
les deux mamelles
de la nouveauté.

En revanche,
il va céder,
dans l'instant,
à la tentation
du premier venu
qui lui vend
une bricole.

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Il est fier de sa famille,
par chance
ses enfants suivent l'école
et font leur chemin
son auto et son chien
se portent bien,
il n'éprouve pas le besoin
qu'on le console.
Est-ce qu'il pense ?
Il s'éparpille.

Son art est numérique,
art de société amortie,
post-traumatique :
l'exaltation de l'homme
par lui-même,
donne une pomme
d'arrosoir
agrandie jusqu'à hauteur
d'un cinquième
avec ou sans ascenseur ;
bonsoir.

Son jardin fructifie,
personne ne le tient à distance,
il est démocrate
il comprend que la société
pour jouer sa symphonie
a besoin de touches en ivoire et en ébène,
à l'inverse de Socrate,
il se débarrasse
des questions qui gènent
en faisant l'impasse
quant au sens de l'existence,
il n'a pas besoin qu'on lui applique
aucune parole :
lui-même se justifie.

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envoi :

Je vous salue, sœurs et frères
sans titres,
doués d'autonomie,
mais privés du libre arbitre, 
médaillés d'aucun régiment
ni d'aucune Académie,
gardiens
d'aucune Tradition sarcophage
ni d'aucun célèbre Temple,
mais qui avez été élevés
par les jours de joie ou de cendre
disciples assidus,
deux par deux,
à l'école probe et sincère
des anciens
puis qui êtes revenus
d'apprendre
d'eux
- encore qu'emplis d'exemple
et d'enseignement - 
pour entreprendre
votre propre voyage.

Celles et ceux
qui n'ont pas cédé à la colère
ou aux intrigues,
entourés d'un ruban de ciel bleu,
toute brume  bue,
que tu le nommes
paix,
amour,
justice
ou liberté,
enfants prodigues
d'un père
qui n'est pas économe
 des biens qu'il nous attribue.  

Jacques Gruber  Juin 2016

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Michel Rocard

Il n'avait pas le goût du pouvoir,
il avait le sens du service
              et s'était compris                  
comme responsable de la justice
jusqu'aux plus mal nantis.
Au Revoir.

Jacques Gruber  Juillet 2016

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