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Jacques Gruber
UNE
EXISTENCE
POÉTIQUE
ACTUELLE
deuxième fascicule
LISTE des RECUEILS que j'ai publiés sur Internet :
Un Signe dans la Vie
Le Matin vient déjà
Sveltes poèmes
Une existence poétique actuelle
(deux fascicules)
ÉTOILES sur un fond noir
Mes Théâtres
Les Arts Premiers
Jacques Gruber, l'un des principaux poètes français
méconnus d'aujourd'hui. J'autorise toute personne bien intentionnée à publier
mes poèmes, sous réserve qu'elle n'y introduise ni retouche ni changement et à
condition qu'elle mentionne mon nom pour chacun d'eux.
Jacques Gruber, 94450 Limeil-Brévannes, le 25 janvier 2016
Jacques Gruber, one
of the main french unknown poets of to day. I authorise any well intentioned
person to publish my poems, without any alteration or change and under the stipulation
that they mention my name for each of them.
Jacques Gruber, 94450
Limeil-Brévannes, France.
LISTE DES TEXTES
premier fascicule:
Entrée en matière, p. 3
Les yeux bleus, p. 5
Excusez-moi, p. 7
Les faux jetons, p. 9
La Can de l’Hospitalet, une journée avec Stéphane Hessel, p. 12
Semaine Sainte 2013, p. 15
Convalescence et rétablissement, p. 21
deuxième fascicule:
Syrie 2013, p. 25
Sur un quatrain de Khayyâm, p. 26
Mots, que de maux, p. 27
Autres lieux, autres temps, autrement, p. 29
Médaillons heureux (malgré tout), p. 30
Médaillons qui font mal (mais que l'on ne peut faire passer aux pertes et profits), p. 32
Médaillons à proscrire (que je publie quand même), p. 34
Médaillons d’actualité (vu à la télévision), p. 36
L’existence surmultipliée (Nietzsche), p.38
Mes chutes (confession publique), p. 41
RER A, station Nation, 17 h., p. 44
L'actualité superflue, p. 45
L'actualité superflue, p. 45
page 25
Syrie 2013*
Simples spécimens
territoriaux
d’une humanité
humorale
et factuelle,
avec nos vieux schèmes mentaux,
qu’avons-nous à redire ?
Les morts,
ces morts sans noms,
sans nombre,
qui ne jouent pas à Carnaval,
mais meurent,
par des raisons de terreur,
ici et maintenant,
les yeux ouverts,
emplis de visions atroces,
(retour des rimes en sens inverse)
victimes du sacerdoce
des sacrifices humains offerts,
depuis la nuit des temps,
à des dieux menteurs
qui pleurent
par-delà le bien et le mal,
sans qu’aucun scrupule les encombre.
Ces morts qui n’ont même pas dit
« Non ! » :
ce sont nos morts.
Il n’y a rien à récrire
sur les frontons monumentaux
de notre universelle
morale
de la dignité
remontant aux immémoriaux.
Surtout pas « amen » !
*Pour ce poème, j’ai choisi la forme d’un rondeau parce
que l’on a beau dénoncer l’inhumanité, elle revient toujours de nouveau.
Jacques Gruber 1er mai 2013
page 26
Sur un quatrain de Khayyâm
Voici
maintenant pour le monde un peu de bonheur possible.
Chaque
cœur vivant a des aspirations à la solitude.
Sur
chaque branche on croit apercevoir la blanche main de Moïse ;
Chaque
brise semble vivifiée par le souffle de Jésus.
Quatrain
xiii
traduit du persan,
sur le manuscrit de la Bodleian Library d’Oxford
par Charles Grolleau,
Éditions Charles Corrington, 1902,
reprise par les Éditions Mille et une Nuits, 1995
De sa main purifiée,
Moïse écrit les Dix Paroles
de la Tôrâh.
De sa lèvre crucifiée,
Jésus laisse couler les sept paroles
qui ne passeront pas.
Jacques Gruber 12 mai 2013
page
27
Mots, que de maux
Le Maître
des mots
m’a dit :
« Ne t’imagine pas
que ce soient de vieux tacots
à pneus plats,
usés par des kilomètres
de circuits. »
« Ce sont des amants
pleins d’invention.
Chaque rencontre heureuse
que je connaisse,
même hasardeuse,
leur rend la passion
de la jeunesse. »
J’ai répondu
au Gardien de la langue
qui n’a,
certes pas,
la lippe du dromadaire :
« Puisse-tu être entendu
de tous ceux dont le discours
tangue,
comme un vaisseau du désert,
sur un rythme pour le moins
hebdomadaire.
Eux, dont le propos disert,
au long cours,
inonde,
sans réel besoin,
nos places et nos ondes. »
Et mon maître d’école
a repris le sujet :
page
28
« Pour les mots,
rien ne presse,
il ne s’agit pas d’épluchage
mais de pelage
que l’on caresse.
Toute impropriété
est une perte pour la réalité.
On croit prendre la parole,
comme un camelot,
ignorant
que c’est elle qui nous prend,
à pied et à contre-pied. »
Jacques
Gruber
page 29
Autres
lieux, autres temps, autrement
La vie nous a appris
à lire nos moments
difficiles
dans le cadre noir
des heures douloureuses ;
à suivre, à la file,
des heures plus
heureuses
sur la cadran solaire
de l’espoir
établis
entre sol et air.
La route
japonaise
des cerisiers en fleurs
nous offre sa neige
le temps de quelques
heures ;
elle allège
sans doute
notre malaise.
Tant de cerisiers
dont la blancheur
qui ne ment
recouvre à plaisir
les chemins
où l’on marche,
puis une seule colombe
à la couleur
de parchemin
que rien ne dévie,
tenant son rameau
d’olivier,
qui atteste à l’arche
de vie
qu’elle n’est pas une
tombe
nullement
un souvenir.
Jacques Gruber 15 août 2013
page 30
Médaillons heureux
(malgré tout)
Socrate,
humain
ni plus ni moins
mortel,
loin d’une condition
basse
comme d’une apogée,
par ton ironie de
pirate,
homme de la rue,
tu te fis l’accoucheur
de notre pensée ,
sans céder à la peur
d’en assumer les
impasses,
jusqu’à boire la ciguë.
Socrate,
ni plus ni moins
immortel.
Socrate, Grèce, iv ème siècle avant notre ère
Villon,
vilain petit canard,
je te l’accorde,
mais veinard
qui reçut la fève
avec le prénom de
François
dès le berceau ;
tes rimes
d’antan,
que tout le monde
reçoit,
se moquent de la corde
et narguent toutes les
frimes,
des sots
que j’entends.
Notre traversée du rêve
se rallie à ton
pavillon.
François Villon, France, xv ème
siècle
Bach,
libre chrétien
qui ne fut d’aucune
chapelle
ni du bruit de leur
ressac,
ô Jean-Sébastien,
depuis que tu as été
tiré du tombeau
de l’oubli
ton rythme nous
rappelle
que le vrai, le bon, le
beau,
peuvent être d’ici.
Jean-Sébastien Bach, Allemagne, xvii ème –xviii ème siècles
Amadeus,
sache que nos arts
ont élevé jusqu’au
Ciel,
ton chant
digne du deus
attachant
qui inspirait
le petit Mozart
nourri d’un lait
vraiment substantiel.
Amadeus Mozart, Autriche, xviii ème siècle
Rimbaud,
ma fête s’est nourrie
de ton alchimie
du verbe :
des attirances
entre son et sens des
mots,
au risque de donner dans
le mur
de désespérance
ou, comme dit le proverbe,
de te « faire
appeler Arthur ».
Arthur Rimbaud, France, xix ème siècle
page 31
Ce sont des jeunesses
Cher Vincent
je t’écris depuis cette
rive affreuse
où ta vie périt sans
même un débat,
pour te dire,
comme ton frère Théo
l’eût fait,
que les toiles de Van
Gogh
valent des mille et des
cents,
pour un monde à ce jour
persuadé
que ta brosse lumineuse
a triomphé
du pire
dans ton combat
contre Gog et Magog.
Vincent Van Gogh,
Pays-Bas-France, xix ème siècle
Séraphine,
je t’imagine
sur le plancher des
blattes,
peignant tes bouquets
inouis
à quatre pattes
comme on cire un
parquet,
en vue d’un bal
(à la mémoire d’Hannibal ?),
Séraphine Louis
de Senlis,
employée de maison,
sans le sou
dont nous avons placé le
nom
parmi les lys.
Après coup.
Séraphine Louis, 1864-1942,
peintre français, placée comme « bonne à tout faire » à Senlis.
Max, toi qui oses
les « pénitents en
maillots roses »,
assujetti, comme nous,
à des temps
où il n’était pas bon
de s’appeler Jacob,
où la raison,
affublée d’un Käppi
, d’un béret ou d’un bob,
hésite
dans ses entreprises
et, qui l’eût cru,
jette les poètes dans les camps
d’extermination ;
ta mémoire
n’a pas besoin
de la gloire :
le Christ qui te rendit
visite,
à plusieurs reprises,
dans la chambre de la
rue Ravignan,
accueille en rois
ceux qui l’ont reçu
ne serait-ce qu’une
seule fois.
Et maintenant que tu es
au Ciel,
où un rien nous fait
un effet
bœuf,
ménage tes méninges,
manège tes linges
tout neufs.
Là Haut, c’est
l’essentiel.
Max Jacob, 1876-1944, poète et
peintre français mort au camp de Drancy.
Jacques Gruber 26 août-19
septembre 2013
page 32
Médaillons qui font mal
(mais ne peuvent passer aux pertes et
profits)
Cécile, albigeoise,
en ta somptueuse robe
rouge brique,
par quel maléfice
délaissant ta musique
as-tu écrasé sous ton
édifice,
au Nom du Père et du
Fils,
toutes ces âmes
villageoises
animées d’un dessein
probe
de catharsis ?
cathédrale Sainte Cécile d’Albi
Germain, l’auxerrois,
ne s’est-on servi de
toi
pour sonner
une Saint Barthélémy
sans repentir :
« Tuez-les tous, au moins !
De par tout le
pays ! »
Été meurtrier
dont les témoins
auraient fini de raconter
le martyr ?
église saint Germain l’Auxerrois,
Paris
Marie, servante du
Seigneur,
qui saurait distinguer
ta foi
quand la déesse
Victoire entre en lice
piétinant sous un talon
cardinalice
les consciences
de simples serviteurs
sans protocole
qui plaçaient leur
confiance
dans la même Parole
que toi ?
église Notre-Dame des Victoires,
Paris
cathédrale Saint-Louis, La
Rochelle
page 33
Seigneur,
qu’est devenu ton cœur,
fait pour étreindre,
en sorte qu’il pèse
le plus lourd,
de son poids d’encensoir
obèse,
sur les espoirs
du peuple des
faubourgs,
jusqu’à les
éteindre ?
basilique du Sacré Cœur de Jésus,
Montmartre, Paris
Jacques Gruber 28 août 2013
page 34
Médaillons à proscrire
(que je publie néanmoins)
Rêveur sans prétention,
tu seras passé sous
silence,
parce qu’ici
la République
des esprits
est laïque,
fille de la raison
dédiée à la science.
République française
Tu dois t’effacer,
parce qu’en ce pays
de lointain passé,
être chrétien
c’est être catholique,
pour son plus grand bien,
en dépit
de tout autre éthique.
catholicisme français
À toi de te faire
oublier,
car, entre égaux :
frères et sœurs
sauvés par la foi,
nul ne peut se prendre
pour sorcier
ni prétendre
à l’excellence,
mais tout juste tendre
aux mœurs
de bon aloi
et laisser en
souffrance
son égo.
protestantisme français
page 35
Sache te tenir à
carreau,
puisqu’à ton âge
on a peine à entendre
et fini de bien plaire
avec ses boniments.
Garde ton chapeau
si tu veux te prétendre
exemplaire
et simplement
éviter d’être
en nage.
vieillesse française
Jacques Gruber 31 août 2013
page 36
Médaillons d’actualité
(vu à la télévision)
Mères
célibataires
auxquelles la
progéniture
incombe
ce n’est pas si facile,
le jour où tombent
les factures
qui n’ont rien de
futile.
La sirène des
ambulances
de pompiers
couvre les appels
et la complainte
des souffrances
laissées à leurs
pauvres décibels,
quand la ceinture des
saisons
se dénoue
et que le sol, perdant
toutes raisons,
s’ouvre sous nos pieds
et se déverse en boue.
Ils sont elles,
elles sont ils,
qui sont-ils,
que font-elles ?
Les uns sont filles,
les unes, garçons,
avec la cédille,
de toute façon !
« Genre » ne
rime à rien,
c’est un préjugé
ancien.
L’air
est en feu
- d’un bout
à l’autre
le ciel bout-
encore un peu
que, dans l’outrance,
page 37
le canadair
se vautre,
dans la fournaise
avec ce qu’il
transporte,
tant l’attirance
de la braise
est forte.
Un dictateur,
plus d’électeurs :
des cris sépulcraux
sortent des prisons,
montent des hôpitaux,
où ils sont.
Une conférence
des puissances
aura lieu
S’il se peut.
Le cœur chrétien,
mais l’ombilic
laïc,
nos concitoyens
sont bien partagés.
On les voit
dans tous les
défilés :
contre les mariages
« homos »,
pour les avantages
« socialos ».
Jacques Gruber 7 septembre 2013
page 38
L’existence surmultipliée
(Nietzsche)
Friedrich-Wilhelm,
notre frère
malgré toi-même :
que n’es-tu resté
le chrétien cultivé
de ta jeunesse ?
Que n’es-tu demeuré
un universitaire,
« philistin »
comme un autre,
bien des nôtres,
honneur du système,
à l’abri de son helm * ?
* casque
Que ne t’es-tu laissé
aller,
au-delà de toute
mélancolie,
têtu comme tu l’étais,
à l’ivresse
dionysiaque,
-ainsi qu’on la
nomme- ;
jusqu’à
l’épuisement
de la Tragédie ?
Que ne t’en es-tu tenu
à l’école de l’heureux
savoir,
que ne menace
plus l’écolâtre
entretenu,
où maître et étudiant
créent ensemble un
nouvel avoir
scientifique,
où tu puisais
la force bénéfique
de regarder en face,
jusqu’à l’aimer,
le Destin
obsédant ?
Que n’es-tu devenu
le Surhomme,
riant aux éclats,
avec une joie orgiaque,
ainsi que le professait
Zarathoustra ?
Que n’es-tu parvenu,
en ce Grand Midi
visionnaire
de Surléï *,
à ouvrir
une nouvelle ère,
page 39
pour nous autres
pauvres nihilistes,
en mal d’emblème,
toi, seul vrai croyant
anti-paradisiaque
de l’Éternel
Retour du même,
qui refuse la palme du
martyr
décernée par des
publicistes
s’apitoyant ?
*
Lieu-dit d’Engadine (Suisse) où Nietzsche dit avoir eu la vision de l’Éternel
Retour du même.
Quel mauvais génie
d’une épiphanie
de l’Antichrist
« wie man wird,
ist » *
franchissant le seuil
de l’horreur,
aura mis ta parole
à l’attache :
nouveau Prométhée
cloué à un fauteuil,
livré à une sœur
par trop attentionnée,
t’enfonçant
dans un silence
d’idole,
penché sur ta
moustache,
pour tes derniers onze
ans ?
*
« Deviens qui tu es », vers de Pindare (2ème Pythique, v.
72) mis en exergue de Ecce homo (autobiographie de 1888, publiée en
1908), formule que Nietzsche préférait au « Connais-toi toi-même » de
Socrate et qui trouve son équivalent charismatique dans les épîtres de Paul du
Nouveau Testament (Ga 1, 15 ; Rm 8, 29-30, entre autre) dont Nietzsche a
été nourri avant que, comme linguiste, il n’accède à la critique historique de
l’exégèse biblique.
Nietzsche,
philosophant
à coups de marteau,
européen libéré du kitsch
et du
« beau »,
allemands,
tu es resté un chrétien
cultivé,
un universitaire,
le joyeux étudiant
qui porte son amour au
Fatum,
Dionysos et
Zarathoustra,
le croyant de l’Éternel
Retour,
le Crucifié
et tout ceux-là
sans option
particulière
page 40
qui puisse être relevée ;
plus que le Surhomme,
tu es, à l’endroit
comme au rebours,
la Volonté d’Homme
pour une existence
surmultipliée.
Abusé et admiré,
par-delà le mal et le
bien ;
ce que ton existence
comporte
d’inachevé,
ne répond pas au sens
apollinien
mais t’ouvre la porte
de la pérennité.
Jacques Gruber 10 septembre 2013
page 41
Mes chutes
(confession publique)
Je fus un cours d’eau
large et lent
d’allure ;
mes doux flots en frise
frôlaient
des berges arborées
dont je mixais les
reflets
ondulants
et les arbres
secouaient
sur moi leurs lourdes
chevelures
au gré d’une brise
par ondées.
Calme rivière,
visage sans ride,
portant de lourdes
charges
sur mes bras,
je faisais des pas de
géant,
je débordais d’idées,
quand j’ai connu sur
mes marges
une rupture inopinée
de terrain
suite à des
remaniements
survenus au loin,
qui m’ont précipité
sans civière
avec fracas
dans le vide :
décalé sociétal
de naissance
qui n’en a pas fini de
tomber
de haut
dans un devenir brutal
en effervescence
où tout se vaut.
Transformé
en un torrent
tumultueux,
page 42
-grondant, ni furieux
ni haineux -,
troupeaux de rubans
laineux,
continus, sans
saccades,
qui ne retournent jamais
au bercail,
mes eaux brusquement
brisées,
qui se fracassent
en chutes fumantes
et frisées,
ont offert, gratis, une
force de travail ;
mais aussi provoqué de
la casse
ou des ruptures
blessantes,
en cascade.
A ces retentissements,
peut-être cruels,
j’offre gratuitement
mes arc-en-ciels,
alors que mes chutes
ont aussi
remodelé le paysage,
libéralement fourni
l’eau aux populations
qu’elles attirent
l’attention
des gens de passa ge
et des géologues de
profession.
Maintenant que je
connais
un retour au calme,
et que je m’étends,
j’entends
les clameurs
atténuées
de mes cataractes ;
j’offre mon palais
en profondeur
aux baigneurs munis de
palmes.
Nourri des eaux vives
rencontrées,
uni à ma rivière élective,
notre commun miroir
désormais,
page après page
diffracte
l’image
du monde que l’on peut
voir.
page 43
Dès ma naissance
je me suis sublimé
au dessus des champs,
lesquels
ont viré
au topaze
des automnes
charnels ;
opalescence
des matins embrumés
par leurs voiles de
gaze
déroulants.
Cependant, déjà, je
sens
que j’arrive
au grand fleuve, venu
d’ailleurs,
que nul ne sonde,
dont je vais embrasser
les rives
bouche à bouche,
mes chutes sont au
loin ;
pourtant, au fur et à
mesure que je descends
sans jamais me
dédoubler en fourche,
je ne les perçois pas
moins
comme ce qui m’est
arrivé de meilleur,
de moins louche
et de plus enrichissant
pour ce bas monde.
Jacques Gruber 12 septembre 2013
page
44
RER A, station « Nation », 17h *
Ce sont des jeunesses
réjouies :
garçons sans fesses,
filles rebondies ;
des jeunes femmes
bottées,
des sportifs aux
baskets délacées ;
à l’ombre des jeunes
filles en boutons
poussent quelques virils champignons,
la congolaise
de Brazzaville
est blonde,
notre concitoyen de
Joinville
très à l’aise,
préfère qu’on le
tonde ;
un japonais
à lunettes,
une chienne replette
qui vous jappe au nez,
une dame en bon point
d’accoucher
d’un petit bavard
qui laisse flotter
au loin
son regard,
des travailleurs pris
au piège
du sommeil,
au rythme des stations
et des femmes prostrées
sur leur siège,
écrasées par leur
labeur perpétuel,
des bribes de conversations
au portable,
un mutilé auquel il manque
un membre,
des ballots improbables
qui sèment comme une
saveur de gingembre ;
et le vieux,
retour de l’hôpital,
royaume du sérieux
-mais non du blues !-
où il a visité son
épouse,
celui, qui rumine ses
« pourquoi »
le nez dans un journal,
c’est moi.
* RER :
Réseau d’Extension Régionale ; Transports en commun de la banlieue
parisienne, ligne A, à la station Nation, un jour ouvrable à 17 heures.
Jacques
Gruber 19 septembre 2013
page 45
L’actualité superflue
(dont on aurait pu se passer, dont on peut se passer)
Un médaillon
de fine ciselure
n’est pas un maillon
qu’avec désinvolture
on fixe avec des you-yous
sur le hayon
de sa voiture ;
un caillou
sur le haillon
d’un voyou,
que nous entrevoyons
d’aventure
quand nous entrebaillons
la fermeture
de notre coffre à picaillons ;
une fioriture
dont nous émaillons
la garniture
d’un moussaillon,
qui n’a rien d’un traître,
un jour de conférence
sur les ardillons,
mais ce peut être
une nourriture
(si c’est du veau,
bravo !)
qui relève du rayon
et de la circonférence.
Le farceur
triche
avec noirceur
aux dépens de celui qu’il aguiche,
serait-il le facteur
qui pleurniche
de peur
de quelque niche
page 46
où l’acteur
qui s’affiche
sans pudeur
devant le riche
amateur
aux yeux de biche ;
il n’y a de vrai
que cette autre ruche
de l’apiculteur,
ou la miche
qui nous apporte l’odeur
de la terre en friche
(fleur
de pois-chiche)
où un tracteur
(qui sait,
peut-être venu d’Autriche)
remue le sol
au nez de l’éleveur
d’autruches
qui s’en fiche
comme de son premier faux-col.
Girouette
virant tout d’un bloc,
ta silhouette
n’est pas du toc :
celle d’une alouette
au lieu d’un coq.
Ton crissement
nous tire de la couette,
d’un seul choc,
sans ménagement,
pour la brouette
et le soc,
alors que la chouette
tire son froc
et la mouette
retourne aux docks ;
là, le vent fouette
les buveurs de bocks,
courtiers
en cacahouètes,
page 47
maïs, café, alpha,
fins limiers
à la Conan Doyle
ou gens de troc
qui s’en tirent par une pirouette :
tope-là
en langue d’Oc
ou d’Oïl.
Nous n’irons plus à Brignoles*
les ponts sont coupés,
même aux heures espagnoles,
pour dîner :
Guignol-e-s
a fini de nous amuser.
Contre les Carmagnoles,
que l’on nous chante d’un autre côté,
tu grognes, tu rognes, tu cognes,
pour gagner
la partielle de Brignoles
à l’arraché ;
tu besognes
contre les parvenus enflés,
à coup de pognes
ou de pamphlets,
qui finissent dans nos rigoles,
avec un rire de papier froissé,
pourtant, quand on se plaint
que nos bagnoles
ont des ratés
ce n’est pas avec des chignoles
que l’on va les réparer.
Il ne reste plus, hélas,
que « charognes »
pour rimer
avec ceux qui sont pleins
aux as.
* Les cantonales partielles de Brignoles (Var),
dimanche 13 octobre 2013.
octobre 2013
Du même auteur : « La Représentation de Dorothée Sölle, Revue d’histoire et de philosophie religieuse, Strasbourg, 66ème année, 1986, n° 2 et 3 ;
Entendre la Parole. Le témoignage intérieur du Saint Esprit, Paris, Éditions du Cerf, 2003,
« Vous serez mes témoins ». Pour un temps de confusion et de mutations, Paris, Éditions du Cerf, 2009.
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