mardi 1 octobre 2013

Une existence poétique actuelle, deuxième fascicule




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Jacques Gruber


UNE

EXISTENCE

POÉTIQUE

ACTUELLE



deuxième fascicule


LISTE des RECUEILS que j'ai publiés sur Internet :

Un Signe dans la Vie
Le Matin vient déjà
Sveltes poèmes
Une existence poétique actuelle
(deux fascicules)
ÉTOILES sur un fond noir
Mes Théâtres
Les Arts Premiers



Jacques Gruber, l'un des principaux poètes français méconnus d'au­jourd'hui. J'autorise toute personne bien intentionnée à pu­blier mes poèmes, sous réserve qu'elle n'y introduise ni retouche ni chan­gement et à condition qu'elle mentionne mon nom pour cha­cun d'eux.

Jacques Gruber, 94450 Limeil-Brévannes, le 25 janvier 2016

Jacques Gruber, one of the main french unknown poets of to day. I authorise any well intentioned person to publish my poems, without any alteration or change and under the stipulation that they mention my name for each of them.
Jacques Gruber, 94450 Limeil-Brévannes, France.



LISTE DES TEXTES

premier fascicule:
Entrée en matière, p. 3
Les yeux bleus, p. 5
Excusez-moi, p. 7
Les faux jetons, p. 9
La Can de l’Hospitalet, une journée avec Stéphane Hessel, p. 12
Semaine Sainte 2013, p. 15
Convalescence et rétablissement, p. 21


deuxième fascicule:
Syrie 2013, p. 25
Sur un quatrain de Khayyâm, p. 26
Mots, que de maux, p. 27
Autres lieux, autres temps, autrement, p. 29
Médaillons heureux (malgré tout), p. 30
Médaillons qui font mal (mais que l'on ne peut faire passer aux pertes et profits), p. 32
Médaillons à proscrire (que je publie quand même), p. 34
Médaillons d’actualité (vu à la télévision), p. 36
L’existence surmultipliée (Nietzsche), p.38
Mes chutes (confession publique), p. 41
RER A, station Nation, 17 h., p. 44
L'actualité superflue, p. 45








page 25
                                   
Syrie 2013*

Simples spécimens
territoriaux
d’une humanité
humorale
et factuelle,
avec nos vieux schèmes mentaux,
qu’avons-nous à redire ?

Les morts,
ces morts sans noms,
sans nombre,
qui ne jouent pas à Carnaval,
mais meurent,
par des raisons de terreur,
ici et maintenant,
les yeux ouverts,
emplis de visions atroces,

(retour des rimes en sens inverse)

victimes du sacerdoce
des sacrifices humains offerts,
depuis la nuit des temps,
à des dieux menteurs
qui pleurent
par-delà le bien et le mal,
sans qu’aucun scrupule les encombre.
Ces morts qui n’ont même pas dit « Non ! » :
ce sont nos morts.

Il n’y a rien à récrire
sur les frontons monumentaux
de notre universelle
morale
de la dignité
remontant aux immémoriaux.
Surtout pas « amen » !

*Pour ce poème, j’ai choisi la forme d’un rondeau parce que l’on a beau dénoncer l’inhumanité, elle revient toujours de nouveau.

Jacques Gruber 1er mai 2013
page 26




Sur un quatrain de Khayyâm


Voici maintenant pour le monde un peu de bonheur possible.
Chaque cœur vivant a des aspirations à la solitude.
Sur chaque branche on croit apercevoir la blanche main de Moïse ;
Chaque brise semble vivifiée par le souffle de Jésus.

Quatrain xiii

traduit du persan,
sur le manuscrit de la Bodleian Library d’Oxford
par Charles Grolleau,
Éditions Charles Corrington, 1902,
reprise par les Éditions Mille et une Nuits, 1995





De sa main purifiée,
Moïse écrit les Dix Paroles
de la Tôrâh.
De sa lèvre crucifiée,
Jésus laisse couler les sept paroles
qui ne passeront pas.






Jacques Gruber 12 mai 2013



page 27

Mots, que de maux


Le Maître
des mots
m’a dit :
« Ne t’imagine pas
que ce soient de vieux tacots
à pneus plats,
usés par des kilomètres
de circuits. »


« Ce sont des amants
pleins d’invention.
Chaque rencontre heureuse
que je connaisse,
même hasardeuse,
leur rend la passion
de la jeunesse. »


J’ai répondu
au Gardien de la langue
qui n’a,
certes pas,
la lippe du dromadaire :
« Puisse-tu être entendu
de tous ceux dont le discours
tangue,
comme un vaisseau du désert,
sur un rythme pour le moins
hebdomadaire.
Eux, dont le propos disert,
au long cours,
inonde,
sans réel besoin,
nos places et nos ondes. »


Et mon maître d’école
a repris le sujet :
page 28

« Pour les mots, 
rien ne presse,
il ne s’agit pas d’épluchage
mais de pelage
que l’on caresse.
Toute impropriété
est une perte pour la réalité.
On croit prendre la parole,
comme un camelot,
ignorant
que c’est elle qui nous prend,
à pied et à contre-pied. »


Jacques Gruber

page 29

Autres lieux, autres temps, autrement


La vie nous a appris
à lire nos moments difficiles
dans le cadre noir
 des heures douloureuses ;
à suivre, à la file,
des heures plus heureuses
sur la cadran solaire
de l’espoir
établis
entre sol et air.


La route
japonaise
des cerisiers en fleurs
nous offre sa neige
le temps de quelques heures ;
elle allège
sans doute
notre malaise.


Tant de cerisiers
dont la blancheur
qui ne ment
recouvre à plaisir
les chemins
où l’on marche,
puis une seule colombe
à la couleur
de parchemin
que rien ne dévie,
tenant son rameau d’olivier,
qui atteste à l’arche
de vie
qu’elle n’est pas une tombe
nullement
un souvenir.


Jacques Gruber 15 août 2013
page 30

Médaillons heureux
(malgré tout)

Socrate,
humain
ni plus ni moins
mortel,
loin d’une condition basse
comme d’une apogée,
par ton ironie de pirate,
homme de la rue,
tu te fis l’accoucheur
de notre pensée ,
sans céder à la peur
d’en assumer les impasses,
jusqu’à boire la ciguë.
Socrate,
ni plus ni moins immortel.
Socrate, Grèce, iv ème siècle avant notre ère

Villon,
vilain petit canard,
je te l’accorde,
mais veinard
qui reçut la fève
avec le prénom de François
dès le berceau ;
tes rimes
d’antan,
que tout le monde reçoit,
se moquent de la corde
et narguent toutes les frimes,
des sots
que j’entends.
Notre traversée du rêve
se rallie à ton pavillon.
François Villon, France, xv ème siècle

Bach,
libre chrétien
qui ne fut d’aucune chapelle
ni du bruit de leur ressac,
ô Jean-Sébastien,
depuis que tu as été tiré du tombeau
de l’oubli
ton rythme nous rappelle
que le vrai, le bon, le beau,
peuvent être d’ici.
Jean-Sébastien Bach, Allemagne, xvii ème –xviii ème siècles

Amadeus,
sache que nos arts
ont élevé jusqu’au Ciel,
ton chant
digne du deus
attachant
qui inspirait
le petit Mozart
nourri d’un lait
vraiment substantiel.
Amadeus Mozart, Autriche, xviii ème siècle

Rimbaud,
ma fête s’est nourrie
de ton alchimie
du verbe :
des attirances
entre son et sens des mots,
au risque de donner dans le mur
de désespérance
ou, comme dit le proverbe,
de te « faire appeler Arthur ».
Arthur Rimbaud, France, xix ème siècle


page 31


Cher Vincent
je t’écris depuis cette rive affreuse
où ta vie périt sans même un débat,
pour te dire,
comme ton frère Théo l’eût fait,
que les toiles de Van Gogh
valent des mille et des cents,
pour un monde à ce jour persuadé
que ta brosse lumineuse
a triomphé
du pire
dans ton combat
                                          contre Gog et Magog.                        
Vincent Van Gogh, Pays-Bas-France, xix ème siècle


Séraphine,
je t’imagine
sur le plancher des blattes,
peignant tes bouquets
inouis
à quatre pattes
comme on cire un parquet,
en vue d’un bal
(à la mémoire d’Hannibal ?),
Séraphine Louis
de Senlis,
employée de maison,
sans le sou
dont nous avons placé le nom
parmi les lys.
Après coup.
Séraphine Louis, 1864-1942, peintre français, placée comme « bonne à tout faire » à  Senlis.

Max, toi qui oses
les « pénitents en maillots roses »,
assujetti, comme nous, à des temps
où il n’était pas bon
de s’appeler Jacob,
où la raison,
affublée d’un Käppi , d’un béret ou d’un bob,
hésite
dans ses entreprises
et, qui l’eût cru,
 jette les poètes dans les camps
d’extermination ;
ta mémoire
n’a pas besoin
de la gloire :
le Christ qui te rendit visite,
à plusieurs reprises,
dans la chambre de la rue Ravignan,
accueille en rois
ceux qui l’ont reçu
ne serait-ce qu’une seule fois.
Et maintenant que tu es au Ciel,
où un rien nous fait
un effet
bœuf,
ménage tes méninges,
manège tes linges
tout neufs.
Là Haut, c’est l’essentiel.
Max Jacob, 1876-1944, poète et peintre français mort au camp de Drancy.




Jacques Gruber 26 août-19 septembre 2013


page 32




Médaillons qui font mal
(mais ne peuvent passer aux pertes et profits)


Cécile, albigeoise,
en ta somptueuse robe
rouge brique,
par quel maléfice
délaissant ta musique
as-tu écrasé sous ton édifice, 
au Nom du Père et du Fils,
toutes ces âmes villageoises
animées d’un dessein probe
de catharsis ?

cathédrale Sainte Cécile d’Albi

Germain, l’auxerrois,
ne s’est-on servi de toi
pour sonner
une Saint Barthélémy
sans repentir :
 « Tuez-les tous, au moins !
De par tout le pays ! »
Été meurtrier
dont les témoins
auraient fini de raconter
le martyr ?

église saint Germain l’Auxerrois, Paris

Marie, servante du Seigneur,
qui saurait distinguer ta foi
quand la déesse Victoire entre en lice
piétinant sous un talon cardinalice
les consciences
de simples serviteurs
sans protocole
qui plaçaient leur confiance
dans la même Parole
que toi ?

église Notre-Dame des Victoires, Paris
cathédrale Saint-Louis, La Rochelle

page 33

Seigneur,
qu’est devenu ton cœur,
fait pour étreindre,
en sorte qu’il pèse
le plus lourd,
de son poids d’encensoir
obèse,
sur les espoirs
du peuple des faubourgs,
jusqu’à les éteindre ?

basilique du Sacré Cœur de Jésus, Montmartre, Paris

Jacques Gruber 28 août 2013

page 34

Médaillons à proscrire
(que je publie néanmoins)



Rêveur sans prétention,
tu seras passé sous silence,
parce qu’ici
la République
des esprits
est laïque,
fille de la raison
dédiée à la science.

République française


Tu dois t’effacer,
parce qu’en ce pays
de lointain passé,
être chrétien
c’est être catholique,
pour son plus grand bien,
en dépit
de tout autre éthique.

catholicisme français


À toi de te faire oublier,
car, entre égaux :
frères et sœurs
sauvés par la foi,
nul ne peut se prendre
pour sorcier
ni prétendre
à l’excellence,
mais tout juste tendre
aux mœurs
de bon aloi
et laisser en souffrance
son égo.


protestantisme français

page 35

Sache te tenir à carreau,
puisqu’à ton âge
on a peine à entendre
et fini de bien plaire
avec ses boniments.
Garde ton chapeau
si tu veux te prétendre
exemplaire
 et simplement
                                            éviter d’être en nage.        

vieillesse française

Jacques Gruber 31 août 2013

page 36

Médaillons d’actualité
(vu à la télévision)


Mères
célibataires
auxquelles la progéniture
incombe
ce n’est pas si facile,
le jour où tombent
les factures
qui n’ont rien de futile.


La sirène des ambulances
de pompiers
couvre les appels
et la complainte
des souffrances
laissées à leurs pauvres décibels,
quand la ceinture des saisons
se dénoue
et que le sol, perdant toutes raisons,
s’ouvre sous nos pieds
et se déverse en boue.




Ils sont elles,
elles sont ils,
qui sont-ils,
que font-elles ?
Les uns sont filles,
les unes, garçons,
avec la cédille,
de toute façon !
« Genre » ne rime à rien,
c’est un préjugé ancien.


L’air
est en feu 
- d’un bout
à l’autre
le ciel bout- 
encore un peu
que, dans l’outrance,

page 37

le canadair
se vautre,
dans la fournaise
avec ce qu’il transporte,
tant l’attirance
de la braise
est forte.


Un dictateur,
plus d’électeurs :
des cris sépulcraux
sortent des prisons,
montent des hôpitaux,
où ils sont.
Une conférence
des puissances
aura lieu
S’il se peut.


Le cœur chrétien,
mais l’ombilic
laïc,
nos concitoyens
sont bien partagés.
On les voit
dans tous les défilés :
contre les mariages
« homos »,
pour les avantages
« socialos ».

Jacques Gruber 7 septembre 2013



page 38


L’existence surmultipliée
(Nietzsche)


Friedrich-Wilhelm,
notre frère
malgré toi-même :
que n’es-tu resté
le chrétien cultivé
de ta jeunesse ?

Que n’es-tu demeuré
un universitaire,
« philistin » comme un autre,
bien des nôtres,
honneur du système,
à l’abri de son helm * ?
* casque


Que ne t’es-tu laissé aller,
au-delà de toute mélancolie,
têtu comme tu l’étais,
à l’ivresse
dionysiaque,
-ainsi qu’on la nomme- ;
jusqu’à l’épuisement 
de la Tragédie ?


Que ne t’en es-tu tenu
à l’école de l’heureux savoir,
que ne menace
plus l’écolâtre entretenu,
où maître et étudiant
créent ensemble un nouvel avoir
scientifique,
où tu puisais
la force bénéfique
de regarder  en face,
jusqu’à l’aimer,
le Destin obsédant ?


Que n’es-tu devenu
le Surhomme,
riant aux éclats,
avec une joie orgiaque,
ainsi que le professait
Zarathoustra ?


Que n’es-tu parvenu,
en ce Grand Midi
visionnaire
de Surléï *,
à ouvrir
une nouvelle ère,

page 39


pour nous autres pauvres nihilistes,
en mal d’emblème,
toi, seul vrai croyant
anti-paradisiaque
de l’Éternel Retour du même,
qui refuse la palme du martyr 
décernée par des publicistes
s’apitoyant ?
* Lieu-dit d’Engadine (Suisse) où Nietzsche dit avoir eu la vision de l’Éternel Retour du même.

Quel mauvais génie
d’une épiphanie
de l’Antichrist
« wie man wird, ist » *
franchissant le seuil
de l’horreur,
aura mis ta parole
à l’attache :
nouveau Prométhée
cloué à un fauteuil,
livré à une sœur
par trop attentionnée,
t’enfonçant
dans un silence d’idole,
penché sur ta moustache, 
pour tes derniers onze ans ?
* « Deviens qui tu es », vers de Pindare (2ème Pythique, v. 72) mis en exergue de Ecce homo (autobiographie de 1888, publiée en 1908), formule que Nietzsche préférait au « Connais-toi toi-même » de Socrate et qui trouve son équivalent charismatique dans les épîtres de Paul du Nouveau Testament (Ga 1, 15 ; Rm 8, 29-30, entre autre) dont Nietzsche a été nourri avant que, comme linguiste, il n’accède à la critique historique de l’exégèse biblique.


Nietzsche,
philosophant
à coups de marteau,
européen libéré du kitsch
et du « beau »,
allemands,
tu es resté un chrétien cultivé,
un universitaire,
le joyeux étudiant
qui porte son amour au Fatum,
Dionysos et Zarathoustra,
le croyant de l’Éternel Retour,
le Crucifié
et tout ceux-là
sans option particulière

page 40

qui puisse être relevée ;
plus que le Surhomme,
tu es, à l’endroit comme au rebours,
la Volonté d’Homme
pour une existence surmultipliée.

Abusé et admiré,
par-delà le mal et le bien ;
ce que ton existence comporte
 d’inachevé,
ne répond pas au sens apollinien
mais t’ouvre la porte
de la pérennité.

Jacques Gruber 10 septembre 2013



page 41

Mes chutes
(confession publique)

Je fus un cours d’eau
large et lent 
d’allure ;
mes doux flots en frise
frôlaient
des berges arborées
dont je mixais les reflets
ondulants
et les arbres secouaient
sur moi leurs lourdes chevelures
au gré d’une brise
par ondées.

Calme rivière,
visage sans ride,
portant de lourdes charges
sur mes bras,
je faisais des pas de géant,
je débordais d’idées,
quand j’ai connu sur mes marges
une rupture inopinée
de terrain
suite à des remaniements
survenus au loin,
qui m’ont précipité
sans civière
avec fracas
dans le vide :
décalé sociétal
de naissance
qui n’en a pas fini de tomber
de haut
dans un devenir brutal
en effervescence
où tout se vaut.


Transformé
en un torrent tumultueux,

page 42

-grondant, ni furieux ni haineux -,
troupeaux de rubans laineux,
continus, sans saccades,
qui ne retournent jamais au bercail,
mes eaux brusquement brisées,
qui se fracassent
en chutes fumantes
et frisées,
ont offert, gratis, une force de travail ;
mais aussi provoqué de la casse
ou des ruptures blessantes,
en cascade.


A ces retentissements,
peut-être cruels,
j’offre gratuitement
mes arc-en-ciels,
alors que mes chutes ont aussi
remodelé le paysage,
libéralement fourni
l’eau aux populations
qu’elles attirent l’attention
des gens de passa        ge
et des géologues de profession.


Maintenant que je connais
un retour au calme,
et que je m’étends,
j’entends
les clameurs
atténuées
de mes cataractes ;
j’offre mon palais
en profondeur
aux baigneurs munis de palmes.
Nourri des eaux vives
rencontrées,
uni à ma rivière élective,
notre commun miroir
désormais,
page après page
diffracte
l’image
du monde que l’on peut voir.



page 43

Dès ma naissance
je me suis sublimé
au dessus des champs,
lesquels
ont viré
au topaze
des automnes charnels ;
opalescence
des matins embrumés
par leurs voiles de gaze
déroulants.


Cependant, déjà, je sens
que j’arrive
au grand fleuve, venu d’ailleurs,
que nul ne sonde,
dont je vais embrasser les rives
bouche à bouche,
mes chutes sont au loin ;
pourtant, au fur et à mesure que je descends
sans jamais me dédoubler en fourche,
je ne les perçois pas moins
comme ce qui m’est arrivé de meilleur,
de moins louche
et de plus enrichissant
pour ce bas monde.


Jacques Gruber 12 septembre 2013


page 44


RER  A, station « Nation », 17h *

Ce sont des jeunesses
réjouies :
garçons sans fesses,
filles rebondies ;
des jeunes femmes bottées,
des sportifs aux baskets délacées ;
à l’ombre des jeunes filles en boutons
poussent quelques virils champignons,
la congolaise
 de Brazzaville
est blonde,
notre concitoyen de Joinville
très à l’aise,
préfère qu’on le tonde ;
un japonais
à lunettes,
une chienne replette
qui vous jappe au nez,
une dame en bon point
d’accoucher
d’un petit bavard
qui laisse flotter
au loin

son regard,
des travailleurs pris au piège
 du sommeil,
au rythme des stations
et des femmes prostrées sur leur siège,
écrasées par leur labeur perpétuel,
des bribes de conversations
au portable,
un mutilé auquel il manque un membre,
des ballots improbables
qui sèment comme une saveur de gingembre ;
et le vieux,
retour de l’hôpital,
royaume du sérieux
-mais non du blues !-
où il a visité son épouse,
celui, qui rumine ses « pourquoi »
le nez dans un journal,
c’est moi.

* RER : Réseau d’Extension Régionale ; Transports en commun de la banlieue parisienne, ligne A, à la station Nation, un jour ouvrable à 17 heures.

Jacques Gruber 19 septembre 2013

page 45

L’actualité superflue
(dont on aurait pu se passer, dont on peut se passer)

Un médaillon
de fine ciselure
n’est pas un maillon
qu’avec désinvolture
on fixe avec des you-yous
sur le hayon
de sa voiture ;
un caillou
sur le haillon
d’un voyou,
que nous entrevoyons
d’aventure
quand nous entrebaillons
la fermeture
de notre coffre à picaillons ;
une fioriture
dont nous émaillons
la garniture
d’un moussaillon,
qui n’a rien d’un traître,
un jour de conférence
sur les ardillons,
mais ce peut être
une nourriture
(si c’est du veau,
bravo !)
qui relève du rayon
et de la circonférence.



Le farceur
triche
avec noirceur
aux dépens de celui qu’il aguiche,
serait-il le facteur
qui pleurniche
de peur
de quelque niche
page 46
où l’acteur
qui s’affiche
sans pudeur
devant le riche
amateur
aux yeux de biche ;
il n’y a de vrai
que cette autre ruche
de l’apiculteur,
ou la miche
qui nous apporte l’odeur
de la terre en friche
(fleur
de pois-chiche)
où un tracteur
(qui sait,
peut-être venu d’Autriche)
remue le sol
au nez de l’éleveur
d’autruches
qui s’en fiche
comme de son premier faux-col.



Girouette
virant tout d’un bloc,
ta silhouette
n’est pas du toc :
celle d’une alouette
au lieu d’un coq.
Ton crissement
nous tire de la couette,
d’un seul choc,
sans ménagement,
pour la brouette
et le soc,
alors que la chouette
tire son froc
et la mouette
retourne aux docks ;
là, le vent fouette
les buveurs de bocks,
courtiers
en cacahouètes,

page 47

maïs, café, alpha,
fins limiers
à la Conan Doyle
ou gens de troc
qui s’en tirent par une pirouette :
tope-là
en langue d’Oc
ou d’Oïl.



Nous n’irons plus à Brignoles*
les ponts sont coupés,
même aux heures espagnoles,
pour dîner :
Guignol-e-s
a fini de nous amuser.
Contre les Carmagnoles,
que l’on nous chante d’un autre côté,
tu grognes, tu rognes, tu cognes,
pour gagner
la partielle de Brignoles
à l’arraché ;
tu besognes
contre les parvenus enflés,
à coup de pognes
ou de pamphlets,
qui finissent dans nos rigoles,
avec un rire de papier froissé,
pourtant, quand on se plaint
que nos bagnoles
ont des ratés
ce n’est pas avec des chignoles
que l’on va les réparer.
Il ne reste plus, hélas,
que « charognes »
pour rimer
avec ceux qui sont pleins
aux as.
* Les cantonales partielles de Brignoles (Var), dimanche 13 octobre 2013.

octobre 2013


        Du même auteur : « La Représentation de Dorothée Sölle, Revue d’histoire et de philosophie religieuse, Strasbourg, 66ème année, 1986, n° 2 et 3 ;
Entendre la Parole. Le témoignage intérieur du Saint Esprit, Paris, Édi­tions du Cerf, 2003,
« Vous serez mes témoins ». Pour un temps de confusion et de mutations, Paris, Éditions du Cerf, 2009.

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