jeudi 23 février 2017

Au Jour le Jour






Jacques  Gruber

A U

J O U R

L E

J O U R


année  2017 











LISTE des RECUEILS que j'ai publiés sur Internet :

Un Signe dans la Vie
sous le pseudonyme de Août Saïder
Le Matin vient déjà
Sveltes poèmes
Une existence poétique actuelle
(deux fascicules)
ÉTOILES sur un fond noir
Mes Théâtres
Les Bons sentiments

Retour sur images
Au jour le jour


LISTE  des  TEXTES

Beauté qui doit se flétrir, p. 5
Cette nuit, en ton absence, p. 5
Rentrant de l'hôpital, p.5
Quand l'avalanche, p. 6
Tu as une manière, p. 6
Je n'ai pas manqué de secours, p. 7
D'un simple clic, p. 7
Parfois, profitant d'une strate de la nuit, p. 7
Les jours rallongent, p. 8
Je ne pense qu'à toi, p. 8
L'ourse, p. 8
Ce matin dernier, p. 9

Je te sens préoccupée, p. 9
Au son de ta voix, p. 9
Aujourd'hui, je prends de la distance, p. 10
Cette table d'alpage, p.10
Je j'ai jamais connu d'apparition, p. 10
Je te sens affligée, p. 11
Aurore a mis ses hautes bottes, p. 11
Je me conseille, p. 12
Tu me sembles soucieuse, p. 12
Je sens, après coup, p. 13
Finis les grands récits, p. 13
Depuis leur Ciel, p. 13

La vue de ces deux chaises, p. 14
Dans les nuits de nos soirs, p. 14
Nous faisons campagne, p 15
Sur l'oreiller, p. 15
Ne sois pas effrayée, p. 16
Visages sans extase, p. 16
J'ai deux érables, p. 17
Au matin, p. 17
Les arbres tendent vers nous, p. 18
Les derniers animaux heureux, p. 18
Les érables sont violets, p. 19
Je suis héritier de cinq cents ans, p. 19

Le temps bifurque, p. 20
J'ai longtemps écrit, p. 20
Ciel rouge brique, p. 20
Des morts, p. 21
Temps ouvert, p. 21
C'est le quatorze juillet, p. 21
Les colombes du jour, p. 22
Le public est sourd, p. 22
Votre carte de Nazareth, p. 23
Dans un concert, p. 23
Q'importe avec qui je soupe, p. 24
Il fait nuit, p. 24

Le soleil aveuglant, p. 24
Toi, pleine d'allant, p. 24
Je t'écoute dormir, p. 25




 page 5 
Beauté
qui doit se flétrir (Keats)
en cette soirée,
je veux me souvenir
que tu as éclairé
ma journée.
Amour
qui devra mourir
au terme de ces années,
je veux te servir
tout ce jour,
rendant aux arbres leur durée.

Jacques Gruber


Cette nuit,
en ton absence,
la couette
qui efface
toute silhouette
dans un instant
de silence
fortuit
que rien ne retient,
j'ai eu le sentiment
fugace
de serrer tes mains.
Jacques Gruber 

Rentrant de l'hôpital,
et des ses officines,
nous passons
le long des pelouses
de la piscine,
que l'air glacial
revêt d'une blouse,
bordée de givre ;
en ces jours gris
dédiés aux glaçons,
je revois les pentes complantées
d'arbres au balancement machinal,
où, dans nos vertes années
de vivre,
nous avons assouvi
un plaisir animal
de nage,
de soleil
et de partage
sans pareil.

Jacques Gruber
page 6

Quand l'avalanche
qui m'écrasera,
blanche
et patatras,
prends-moi dans ton Arche,
coffre hanté
autant que diluvien,
transposé
pour le temps qui vient ;
je sais que cela marche.

Jacques Gruber




Tu as une manière
de me serrer la main,
fugace,
sans façon,
qui me donne soudain
 l'impression
avant-dernière
que tout ton amour
y passe.

Jacques Gruber 



 page 7

Je n'ai pas manqué de secours
dans ma détresse,
qu'ils soient tous remerciés ;
l'amour
ne m'a pas manqué,
. qu'elle reçoive en retour
toute ma  tendresse.

Jacques Gruber



D'un simple clic,
les frivolités
techniques,
pour grand public
enfantin,
peuvent nous donner
 toute la botanique,
elles nous  forcent à courir,
à toute allure,
ce ne sont plus des fleurs,
mais des pixels sans valeur,
ce n'est plus l'avenir,
mais une figure
du Destin.

Jacques Gruber



Parfois,
profitant d'une strate
de la nuit,
je rencontre tes mains tremblantes,
autrefois
ressemblantes,
aujourd'hui
disparates,
même si peu que ce soit ;
semblables
à deux feuilles d'érable
flétries
par le froid
et la maladie
alors que d'elles émane
la chaleur
bienfaisante
qui évite à mon cœur,
tout juste palpable,
le sort du simple produit
d'une vie profane.

Jacques Gruber

page  8

Les jours rallongent,
bien que les nôtres plongent,
j'ai le même plaisir
à voir rougir,
entre les branches,
une écharpe de soleil levant,
qui tranche
avec le gris
tendanciel envahissant
de mes parti-pris.

Jacques Gruber


Je  ne pense qu'à toi,
j'en oublie le reste,
tu protestes
 et me laisse pantois ;
je guette ton sourire
c'est mon soutien,
mais tu ne te sens pas bien,
 ton corps se déchire ;
la maladie
 impose sa loi,
malgré la chirurgie ;
je ne pense qu'à toi.

Jacques Gruber


L'ourse
protège sa progéniture,
pourvu que dans ma course
je ne néglige aucun de ces petits
qui ne me sont pas de nature,
venus sur ce sol
que la lutte pour le vie,
avec ou sans alcool,
peut changer en lie,
tandis qu'un simple pissenlit
dispose ses pétales
de façon à suggérer
une manière d'être structurale
pour l'univers entier.
(Clause Lévi-Strauss, le structuralisme)

Jacques Gruber




 page 9

Ce matin dernier,
les chambres de l'inquiétude
ont entr'ouvert un volet
sur des paysages moins rudes
qu'il il nous faut encore soutenir ;
du moins,  pour l'heure,
du haut de son pupitre,
une pie nous chapitre
et ce n'est ni un souvenir
ni un leurre.

Jacques Gruber



Je te sens préoccupée,
moi aussi,
la destinée,
peu encline à la faconde,
semble esquisser
un sourire de Joconde.
Comment interpréter
cette arcane,
sans le secours
de l'Esprit
qui anima un jour
ce décor de Toscane ?

Jacques Gruber



Au ton de ta voix
qui m'appelle,
je connais le son de ton cœur, 
aussi bien qu'un maître de chapelle,
il  me prévient
quand tu as peur,
que tu es désemparée
ou si tu te souviens,
avec une force tout actuelle,
 d'avoir pu faire tant de choix.

Jacques Gruber




 page 10
Aujourd'hui, je prends de la distance,
je vois mieux les choses et les gens,
comme dans la transcendance
qu'ils sont vraiment,
à la manière  de Shakespeare
où le comique côtoie le pire.

Jacques Gruber


Cette table d'alpage,
face au Mont Blanc,
que nous montre
la télévision,
selon Magritte,
souviens-t-en,
ne serait pas une table,
pourtant, nous avons pris appui contre,
- au lieu-dit de Barmus -,
lorsque nous étions encore à la page,
pour des excursions
indiscutables,
quel que soit le temps ;
avant que ne s'effrite
notre tonus.

Jacques Gruber

Je n'ai jamais connu
d'apparition étincelante,
entourée de reflets bleutés,
qui s'implante
dans le terreau de nos souhaits ;
en revanche,
j'ai entendu
la parole
du moment,
ni impérative
ni d'école,
mais qui s'épanche
éloquemment
dans notre part la meilleure,
se fixe en nous
par l'affinité élective,
et le nouage direct,
d'une attestation  intérieure
sans affect.  

Jacques Gruber



page 11


J'ai vu
combien  tu étais affligée
de ton état
de faiblesse
continu,
sans que tu te décourages
d'autant qu'il a plu
toute la journée
à verse,
sur nos passages
 de bitume plat,
mais quand je guide
tes premiers pas,
comme un vieux druide,
j'éprouve le sentiment
de ta confiance,
d'un rapprochement,
comme une nouvelle alliance,
maintenant que tu vas
un peu
mieux.

Jacques Gruber


Aurore a enfilé ses hautes bottes,
elle a tout un jour à parcourir,
tu dis que je radote,
c'est pour te prévenir.
Tu as quitté ta couche
et ton fauteuil,
de la cuisine
j'entends, depuis le seuil,
la vaisselle que tu touches,
je crains que tu ne t'échines,
à tous ces soins
que réclame ton office ;
comme si
quoi qu'il en soit de nos machines,
à midi,
le moment n'était plus si lojntain
où la justice
se révélera
comme l'aurore
dans tout son éclat
 et sans métaphore.

Jacques Gruber
 page 12


Je me conseille,
dans mon fors intérieur,
sans me forcer les méninges,
de suspendre des corbeilles
de fleurs,
entre les rameaux
de l'arbre de vie ;
- arbre au port
d'yeuse,
dont l'écorce semble
un justaucorps,
sans exemple,
fait de la peau
d'une panthère nébuleuse -
- arbre déjà chargé
de petits singes,
d'oiseaux,
de fantaisie - ;
des fleurs, afin que les abeilles
puissent les butiner,
sans se cogner contre une vitre,
qu'il y ait davantage de couleurs
sur nos linges
et des parfums chauds
qui s'exfiltrent
par le haut.  

 Jacques Gruber

Tu me sembles
soucieuse,
le jour brumeux,
l'est aussi,
prenons une heure précieuse,
ensemble,
pour écouter Vivaldi
tous les deux,
admirateur, admiratrice,
comme si nous étions
allés l'entendre,
avec toute une population,
au théâtre de la Fenice
Phénix qui renaît de sa cendre.


Jacques Gruber
 page 13
Je sens, après coup,
que la neige,
l'hiver dernier,
sur le sol beige,
en janvier,
tombée avec parcimonie,
n'a pu nous faire douter
de l'harmonie
des saisons
qui nous baigne,
tout comme la raison
qui règne
entre  nous.

Jacques Gruber


Finis les grands récits
de notre enfance,
dans nos espaces rétrécis,
entouré d'une ambiance
de faux-semblants,
                                                                    j'éprouve                                                                    
un sentiment,
dans lequel je me retrouve,
             qui me pousse en avant,              
 comme vers quelqu'un que l'on aime,
- élection sans tombola -
ni vers moi-même
ni par-delà,
sans perdre ma défiance
à l'égard des prêchi-prêcha
et des stratagèmes.

Jacques Gruber


Depuis leur Ciel
circonstanciel,
les enfants abusés par l'Église
durant les siècles de son emprise,
n'éprouvent plus l'abandon
d'obtenir le pardon
des prêtres de tous ordres
pour leurs désordres.

Jacques Gruber

page 14


La vue de ces deux chaises
dépareillées
qui semblent converser
face à face,
le dos bien droit,
dans un rayon de lumière tamisée,
sans que rien vienne les déranger,
quoi que l'on fasse,
dans le jour qui décroît,
cela m'apaise,
m'enlève toute suspicion ;
parfois, elles grincent,
mais rien ne parvient de leur conversation,
elle s'évapore,
buées qui se rincent,
pourtant cela me fait rêver :
ont-elles une obsession
qui les dévore ?

Jacques Gruber


Dans les nuits de nos soirs,
nos yeux sont noirs,
je dirai encore :
nos deux mains
réunies,
sans un mot,
quand s'instaure,
petit à petit ,
la tiédeur corporelle
du lit,
nos lèvres qui se retrouvent au matin
ou bien au cours de nos insomnies,
c'est un regain
d'amour inassouvi
qui s'incorpore
comme la coulée fusionnelle
dans un lingot
 Jacques Gruber

 page 15
Nous faisons campagne
pour un progrès,
pour nos compagnes,
sans excès :
que le cœur gagne
dans l'avenir
sur les caprices,
avec des lois qui nous feront grandir ;
ni des actrices
ni des bons à rien,
des électrices
et des électrioniciens.

 Jacques Gruber

Sur l'oreiller,
une trace de bonheur
glisse sur ton visage,
souriant,
il possède,
à cet instant
de vie abandonnée,
la couleur
des premières feuilles d'érable rouge,
sur le fond vert
de nos randonnées
au milieu des troncs sculptés
comme à l'aide
d'une gouge
par des doigts experts,
rompus à l'ouvrage.

 Jacques Gruber

page 16


Ne sois pas effrayée
par les heures de la nuit
tout juste commencée,
ta torpeur,
qui frôle
la profondeur
hors contrôle
qui la suit
dans tes rêves ;
même perturbateurs,
ce sont des fèves
dans une tranche de sommeil ;
n'en sois pas effrayée,
garde ton conseil,
ils sont à l'orée
du jour extérieur
dont un trait de lumière
suffit à dire la réalité
avant que ta nuit s'achève
sur cette  lisière. 

 Jacques Gruber




Visages sans extase
aux profils très concrets,
iconostase
d'un sanctuaire secret.
Paroles sans visages,
pour lesquelles personne n'est proscrit,
rencontres aux divers étages
de l'esprit.

Visages, Paroles,
à la fois absents et présents,
ni sages ni bohême,
sacrements
sans farandoles,
vous qui nouez chacun de mes sentiments,
sachez combien je vous aime.

Jacques Gruber



page 17



J'ai deux jeunes érables
dans ma fenêtre,
l'un rouge, l'autre vert,
inséparables
dans le grand jour  du découvert,
jusqu'à paraître
comme changés pour l'éternité,
tant rien au monde ne les imite
dans cet encadrement
qui délimite
leur intimité.
Mes yeux se dessillent,
je les vois, tels qu'en eux-mêmes, ils sont,
ils oscillent,
leur balancement
souple,
à l'unisson,
empli de grâce,
jusqu'à l'enchantement,
est celui d'un jeune couple
qui s'enlace.

Jacques Gruber


Au matin,
quand la nuit est moins chaude,
le sommeil revient.
La mer est d'émeraude,
les rochers coulés dans l'airain,
blanche la plage
où le souvenir me conduit.
Dans ce site
à la Derain,
que mon esprit revisite
sans bruit,
la couleur
a gardé son tapage,
et sa chaleur.

Jacques Gruber



 page 18



Les arbres tendent vers nous
leurs branches suppliantes :
Aux pays des matins remontants,
ayez pitié des femmes et de enfants ” .
Des hommes aussi, du même coup,
ils ne sont pas tous infectés  par l'amiante.
Ô pays des levants,
arrête le soleil en déclin,
rends-nous la pure lumière
que fait lever la prière
 du croyant,
au matin.  

Jacques Gruber



Les derniers animaux heureux
entrent deux par deux
selon leur espèce,
dans un train d'extinction
qui semble n'avoir de cesse,
en dépit des supplications
et des sauvetages ;
jusqu'en ses dernières limites
la vie, en son  irremplaçable tissu,
a des trous de mites,
et nous n'aurons pas l'avantage
de dire que nous ne l'avions pas su.

Jacques Gruber



page 19


Je suis héritier
de cinq cents ans ;
cela ne fait pas une couronne,  
de chevalier :
le rideau rouge des automnes
à demi tiré sur des fonds verts, 
telles sont mes armes,
en ces jours couverts
de pluies et de vents
 quand les signaux sont au parme
et que l'on ne parle plus qu'à l'imparfait ;
 ce pourrait être une fortune,
à tous commune,
des récoltes
de grâce et de paix,
puisées au fond des yeux ouverts
même en des temps de révoltes.

Jacques Gruber

.Grâce et paix,
 ne semblent
que des mots
pour les empires
aux yeux de jais
de tant d'hommes
que l'on renomme,
alors que les ponts tremblent
les barrages rompent,
ou pire.
Rien que des mots
aux oreilles de ceux qui comptent.
Avec eux  résonne à jamais
le don fait à tout ce qui respire.

Jacques Gruber


page 20
Le temps bifurque,
ce n'est pas la crise turque,
pas le "non" américain,
- à tous deux, je tends la main -,
le soleil va disparaître,
la nuit naître,
je pensais mourir,
mais cela rallonge
à n'en plus finir,
d'ici que passe l'éponge.

Jacques Gruber


J'ai longtemps écrit
sur le mur de la vie
dans un endroit peu éclairé,
le passant, mine basse ou réjouie,
ne voit que du gris
au milieu de la publicité.
dont la couleur est si jolie.

Jacques Gruber


Ciel rouge brique,
mer plate,
c'est une crique
une ligne de pins
lui sert de cravate,
retour vers des matins
que mon esprit fabrique,
lieux
paradisiaques,
versus dionysiaques,
pour de premiers ébats
 qui n'ont rien à envier aux nôtres,
cachés aux yeux
des autres,
touchant au rêve
des sommeils paradoxaux
que crève
mon réveil en sursaut.

Jacques Gruber



 page 21



Des morts
et encore ;
le Paradis,
est jonché de corps,
il y a pléthore.
Morts bien propres,
munis de tous leurs papiers,
saisis par une mort impropre
à véhicule ou à pied.
A Paris,
aux Champs Élysées,
ne reste debout,
à hauteur d'homme
qu'une tige de laurier,
dont  la fleur s'évapore,
nous sommes abrutis,
tandis que cette journée
qui n'est pas arrivée à bon port,
se consomme,
un ambulancier
déambule de bout en bout,
 le dégoût affleure à tous ses pores.

Jacques Gruber


Temps ouvert,
fenêtre ouverte
à tout concert,
non en pure perte,
je ne retourne pas à moi,
pour m'assurer que je suis libre,
je ne possède pas la fin en soi,
je  me sens en équilibre,
parti à la découverte
et pour l'éternité.
  
Jacques Gruber


C'est le quatorze juillet,
il y a de la joie
- dans un jardin discret
même un chien
aboie -
la République en bonnet phrygien
nous appelle
à former des bals de quartier,
la ville s'est faite belle
pour l'occasion,
le soir la teint de mauve,
le temps d'un ressouvenir,
d'un exemple,
d'effusions,
ensemble,
une ferveur nous sauve,
l'obscurité s'installe,
les lumières se renvoient la balle
on se prend à penser l'avenir.

Jacques Gruber



page 22



Les colombes
du jour
se sont envolées,
le soir tombe,
 lourd,
de nos misères
inconsolées,
le soleil couchant,
toutes taches d'azur bues,
plus que tu ne diras,
dessine ses chimères,
rougeoyant,
au travers de nues
qui se tordent les bras.

Jacques Gruber


Je me souviens
de cette glycine
alignée au cordeau
qui surplombe
le chemin
et retombe
comme la nappe d'eau
d'une piscine.

Jacques Gruber
.




Le public est sourd
à ton discours
aux résonances premières
et dernières,
il est étranger à l'écoute,
il cultive le doute,
il est humain,
trop humain,
sensible à la gloriole
des idoles,
ce n'est pas ce que tu crois,
c'est ta croix.

Jacques Gruber


 page 23

Votre carte de Nazareth
nous est bien parvenue,
 puissions-nous avoir ici un azur aussi net
que sur cette photo imprévue.
Mis à part le premier plan,
des habitations blanchies
aux orifices peu parlants
sous des ombres infléchies,
il nous reste le providentiel  :
l'horizon des douces collines de Galilée
 qui touchent au ciel,
non taillées
par larges plans cubistes,
à coups de couteau,
des granites et des schistes,
à la Picasso,
mais témoins
de la vue
que Jésus, vivant en ces lieux,
a eue
sous les yeux,
par quoi je le rejoins
et ce n'est pas à l'improviste.

Jacques Gruber 

Dans un concert,
autour du soliste,
il y a un moment
orphique,
quand l'orchestre se perd,
que la musique
se sépare de l'artiste
et de son instrument,
qu'elle s'envole
et se dispose autour d'eux
comme une auréole,
par un jeu
invisible,
jusqu'à la fin du concerto
et l'instant inaudible
avant que n'éclatent les bravos.

Jacques Gruber
page 24


Qu'importe avec qui je soupe
dès lors qu'un souffle du vent
imprime à tout arbre permanent
le geste de Jésus élevant la coupe.

                                                                     Jacques Gruber



Il fait nuit,
Vincent peint sa toile,
sa couleur luit,
au ciel, les étoiles
relèvent leurs cils étincelants,
elles nous narguent,
les lumières de l'antique cité,
entre Camargue,
 et Alpilles,
tissent des fils scintillants
dans la nappe d'eau qui vacille
et nous sommes là,
tendant nos escarcelles,
emplis d'affinité
pour  l'Esprit sans parcelles
qui s'atteste comme cela.


Jacques Gruber 

Le soleil aveuglant
de la douleur
inonde tes vertèbres,
assèche tes sentiments,
zèbre
le dos en long, en largeur,
il perce le nuage
des racontars
pour livrer passage
aux coups de cafard ;
tout cela, tu le connais,
tant que le dégoût affleure,
je le sais ;

 tout en moi pleure.

                                                                     Jacques Gruber

Toi, pleine d'allant,
je te vois si chétive,
bon an, mal an,
moindre convive,
derrière toi,
semaine après semaine,
en toute bonne foi,

j'éprouve plus de peine.


Jacques Gruber

page 25

Je t'écoute dormir
dans un profond silence,
tantôt un soupir,
une somnolence,
à quoi peux-tu rêver ?
J'imagine une terre
de châtaigniers
austère,
sous un ciel qui ne ment,
un bourdonnement
d'abeilles
et mon corps,
comme celui d'un chat,
qui sommeille,
mais ne dort
pas.

Jacques Gruber