Jacques Gruber
SVELTES
POÈMES
troisème fascicule
Ψ poétique, spirituel, intellectuel Ψ
à l'heure d'internet
LISTE des textes
premier fascicule :
Pourquoi ce titre ?, p. 3
Où allons-nous ?, p. 4
Quand on naît, p. 6
« Bon voyage, Monsieur Dumollet », p. 8
Poésie à vivre, p. 9
Migrants, p. 11
Asia Bibi, p. 12
Asia Bibi, bis, p. 14
Distribution des prix, p. 15
Diadèmes et couronnes, p. 16
J’ai eu une vision, p. 17
Le passé présent, p. 19
Nativité 2011, p. 21
Europe, p. 23
O when the saints…, p. 25
Allégorie assisienne, p. 27
A la manière de Raymond Devos, p. 29
Compter les étoiles, p. 31
Les forêts de bouleaux, p. 33
La mémoire des déportés, p. 36
deuxième fascicule :
Notre Destin, p. 37
Notre Destin, p. 37
Fascination, p. 39
Bien compté, p. 41
Le rêveur impénitent, p. 43
Jeux de mots, p. 45
Pochade, p. 47
Réponse (posthume) à Jacques Prévert, p. 48
Désenchantements, p. 49
Que signifie, p. 51
Hommage, p. 52
« Le soupir de la création », p. 53
Que fait là, l’arbre ?, p. 55
À visage découvert, p. 57
Les six âges de la vie, p. 59
Le silence des sphères, p. 61
L’Accueil, p. 65
Nous ne nous résignerons pas, p. 66
La Nef des fous, p. 68
Aveux, p. 71
Le mur de papier peint, p. 77
Le jet d’eau, p. 79
La partie de football, p. 81
N’écoute pas ce que dit le pasteur, p. 83
La ballade des photos, p. 85
Rien que des impressions, p. 87
Glaciations, p. 88
La Pivoine, p. 90
Jeux sur rimes et assonances, p. 91
La lumière qui naît de la nuit, p. 92
troisième fascicule :
Le Puisatier, p. 93
Le Puisatier, p. 93
Mythologie personnelle (le temps et le vent), p. 96
Noces d’or, p. 100
La chasse est ouverte, p. 102
La nature, nous et l’œuvre d’art (le divorce de l’art et de la beauté), p. 105
Si c’était vrai, p. 107
En toute décence, p 110
Affaire de régime, régimes d’affaires p. 112
Rêver vrai, p. 114
Les yeux bleus, p. 116
Excusez-moi, p. 118
La camp de l’Hospitalet, p. 123
Semaine sainte 2013, p. 125
Convalescence et rétablissement, p. 131
Syrie 2013, p. 134
Sur un quatrain de Khayyâm, p. 135
Mots, que de maux, p. 136
Le Puisatier
Je creuse
comme on prend son envol,
non dans les terres poreuses,
mais dans le vrai sol,
même si le soleil
m’écrase sous son gros orteil
et que la nuit je gèle,
en dépit de la chaleur ou du froid,
non au hasard, mais au bon endroit :
le pétrel s’empêtre-t-il dans ses ailes ?
Chaque choc
de mon pic
arrache un bloc,
fait jaillir un aspic,
ou arrache un cristal.
J’y mets la main,
retirant la terre à plein seaux.
C’est un travail humain
d’artisan, non d’un robot machinal.
L’attrait souterrain
de l’eau.
réamorce
la force
de mes poings nus.
Je ne cherche pas de mérite,
je veux consoler les arbres feuillus
et ceux qu’ils abritent.
Puis je range mes outils,
je m’allège,
moins libre-penseur
que libre de pesanteur.
Je suspends mon travail :
mon privilège
est de n’avoir pour attirail
page 94
qu’une blouse à toute autre pareille
et un pantalon de coutil,
comme un épouvantail.
Du fond de mon trou,
sans que je sois las,
cessant mes coups,
je prête l’oreille,
car l’appel du berger
me parvient d’au-delà,
selon qu’il guide son troupeau
par des voies anciennes
ou le paît dans un pâturage nouveau.
Tantôt proche, tantôt lointaine,
je distingue
l’intonation, bien sienne,
au milieu des autres voix humaines
multilingues
et ne lui suis pas étranger.
Cinq mètres, six mètres,
je descends
dans mon propre être.
Je veux croire qu’autour de moi
tout redevient plus décent,
plus simple et moins creux
quand je suis entouré de cette blanche paroi
que couronne un bouton de ciel bleu,
à mesure que l’ouvrage prend forme.
Encore ne faut-il pas que je m’endorme.
Je me prépare pour la rencontre festive,
au moment que je sens prochain,
avec une eau salutaire,
douce, mais active,
qui réunit l’espace stellaire
et les minéraux souterrains,
qui unit ciel et terre.
Sans prophétisme,
je baigne par avance
page 95
dans la nappe phréatique,
au cœur du métabolisme
végétal et animal
de notre terre ascétique,
telle que j’e l’ai rencontrée
en mon héritage natal.
L’arbre de la science,
dru comme un houx,
n’est pas l’Arbre de vie,
arbres verts de toutes les contrées,
arbres en tout genre qui en avez envie,
dés-altérez-vous !
Jacques Gruber
14 septembre 2012
le mot de « puisatier » se dit « Gruber » en allemand
page 96
Mythologie personnelle
(le temps et le vent)
Parfois riant,
le Marché (1) est avide :
il dit « Oui et Non », « Non et Nan »,
« C’est la force des choses,
que rien ne limite (2) » ;
il est curieux de ce qui bout
dans notre marmite :
rêves, pulsions, vers ou proses.
Le Monde (3), lui,
dit « Oui » :
« Oui, c’est solide (4) » ,
« En dépit de tout ».
Mon petit monde à moi (5) possède
un style propre à lui-même,
ses intonations,
sa manière d’être
à la fois souple et raide,
son stratagème
utile à l’occasion.
Or, mon petit monde
est envahi par le Marché
alors qu’il a été éveillé
au Monde ;
le temps (6) s’étend,
le vent (7) s’entend.
1 la société ; 2 la raison, le déterminisme, le destin ; 3 le Royaume ; 4 AMeN ; 5 mon âme ; 6 le devenir de notre humaine condition ; 7 la vanité.
page 97
La lumière ne se lève plus à l’Est,
un « Quelque chose » (8)
la retient
et l’on sent à l’Ouest
que quelque chose
du chaos revient !
Le temps s’entend,
le vent s’étend.
Sans cahot,
le temps détale,
le vent s’étale ;
est-ce le même, ou est-ce
une autre espèce,
qui retient la lumière
au Levant
et relâche le chaos
du côté du Couchant
lorsque le temps s’étale,
le vent dévale ?
Le temps s’affale,
le vent s’avale.
En toute région,
le Marché
se veut le rival du Monde
et mon petit monde
se montre plein de suffisance,
alors qu’il n’a rien apporté
afin que nous abrégions
cette souffrance :
le temps qui s’avale,
le vent qui s’affale.
8 l’origine du mal et de la méchanceté qui, par définition, ne se dévoile pas, comme le katéchôn de 2 The. 1, 6-7.
page 98
Mon petit monde,
agité par le temps,
boit le vent ;
le Grand Midi (9)
a raison du grand Nord ;
nos appétits
sont ce qui nous endort,
alors que mon petit monde
est mangé par le temps
absorbé par le vent.
Le temps est la couronne (10)
du Monde :
c’est un couronnement ;
le vent est le diadème (11)
du Marché :
c’est un accommodement.
La première se reçoit,
le second s’acquiert.
Dans mon petit monde,
je pensais hier
que j’avais le choix,
qu’il suffisait que je dispose ;
aujourd'hui, je me fonde
sur ce que le diadème de vent,
se dépose,
reconnaissant ainsi
à la couronne du temps,
qui a fait de nous ses élèves,
(studieux ou distraits,
n’importe)
le moment choisi
pour couronner nos têtes
sans que devenir ni vanité
homme ni bête
ne nous l’enlève.
Et que nul ne reste à la porte.
9 Au sens de Nietzsche et au sens du réchauffement planétaire ; 10 le salut ; 11 la gloire ;
page 99
L’Innommable (12),
qui n’est pas l’Innommé
(lequel n’est pas l’Inconnu (13))
ne nous retiendra plus
dans le bac à sable
où notre vie débouche
à point nommé,
Lui qui empêchait
que la lumière se lève,
le chaos se couche,
le Nord se reprenne
et le Sud s’en éprenne !
12 voir note 8.
13 HaCheM , Le Nom ; Actes 17, 22-27, le poème de jeunesse de Nietzsche : « Au Dieu inconnu ».
Jacques Gruber
23 septembre 2012
Mythologie n’est pas croyance. C’est une raison symbolique, qui se situe sur un plan particulier de significations cohérentes, permettant de parler ensemble, sans les mélanger, des réalités humaines et de la foi.
;
page 100
Noces d’or
pour Cécile
Te souviens-tu
de cette partition de vie
que nous avons jouée à deux fois deux mains ?
C’était, chaque matin, le prévu et l’imprévu,
un appel, une sagesse, une folie
que nous ne remettions pas au lendemain.
Dans les passages
difficiles,
nos mains se séparaient.
Il fallait tourner la page
inutile,
pour s’y retrouver.
Le souvenir
de rythmes soutenus,
nécessairement portés à deux,
d’impératifs d’agir
que nous n’aurions pas voulus,
doivent-ils forcément rendre malheureux ?
Les musiques, les textes, les œuvres d’art
si souvent entendues, lus et relus,
visitées ensemble,
serait-ce par hasard,
que cela nous a plu ?
Ce qui nous ressemble nous rassemble.
page 101
D’ailleurs, le régal partagé des nourritures
terriennes
en fête,
se couple ici avec le goût d’une honnête
écriture
francienne.
Des joies souhaitées
dont nous n’avons pas vu la réalisation
et des deuils de plein jour ou de nuit,
nous dirions que, derrière nous, une ombre portée
de feuillages mouvants, nous donne l’impression
légère, qu’une présence chère nous suit.
Prévu ou imprévu,
signal, devoir ou envie,
ne les remettons pas à « dès demain »,
c’est en continu
qu’une telle partition de vie
se poursuit et s’applaudit des deux mains.
Jacques Gruber
28 septembre 2012
page 102
La chasse est ouverte
Un ciel étiré
que festonne
un vol
d’oiseaux migrateurs,
qui aurait le cœur
à tirer ?
J’étais un enfant
étourdi
que trop tôt l’on vestonne,
pervers, rêveur,
tendre et hardi,
qui trop longtemps ânonne
et s’admire.
Ne comprenant
pas ce que peur
ou maladie
peuvent dire ;
j’ai commis l’erreur
de vouloir entrer,
prompt,
seul, sans filet et sans alcool
dans la vie
des cent noms.
Et, en sous-sol,
ils ont tiré !
Un arbre de vie
où le petit singe
fait montre de sa fantaisie
sans se forcer les méninges ;
pourquoi lui refuser
son succès ?
Ruisseau natif,
qui parfois coule à l’envers,
page 103
je me promettais au moins
de déboucher dans la mer,
ou dans l’océan, au besoin,
si je n’avais commis la dérive
de mettre à mon actif
une volonté créative
où la parole se délie
et se libère l’écriture,
car, rue d’Ulm, je n’y fus pas
(sous des dehors affables,
il n’y a pas de pardon pour ça).
Non plus rue de Chabanais
où l’on se lie
avec des gens considérables
(ils nous soufflent leur havane au nez)
ni à l’Oratoire
du Louvre
où l’on découvre
les ténor du croire.
Et, jaloux de leurs propres succès
de toute nature,
ils le lui ont refusé.
Le pianiste
se retient de respirer
avant l’attaque
du premier mouvement.
Serait-ce le moment
de faire tomber
le concertiste
dans la flaque ?
Je ne suis pas un ancien maoïste,
un nouveau musulman
ni un sage bouddhiste
ou atteint du mal pécuniaire.
Je n’ai fait que traverser,
avec des pulsions banales
et pourvu de simples bouts de ficelles,
une guerre suicidaire,
page 104
une histoire cahoteuse
de scandales
et de crises perpétuelles
douteuses et douloureuses,
sans perdre de vue,
à mon horizon,
non pas le paradis,
mais la moindre vie perdue.
Or, cela ne présente aucun intérêt.
Et, ils l’ont laissé tomber !
Les « amis »,
de concert et à l’unisson.
Tiré, privé, refusé,
cela fait-il un maudit
quand le but, un temps entrevu,
mais qui ne s’est jamais dédit,
n’a fait
que nous rapprocher
de tous les exclus ?
Jacques Gruber
12 octobre 2012
page 105
La nature, nous et l’œuvre d’art
(le divorce de l’art et de la beauté)
Toute sa licence
et ses cruautés, la nature
les réalise dans la magnificence
des paysages,
des fleurs, des êtres vivants
et toute son ordure
elle la fait en plein jour,
pour une renaissance
des visages,
des corps, des sentiments,
des amours.
Nous sommes le seul animal
qui se mente
en tout espèce d’imposture
lorsqu’il instrumente,
avec autant de mal,
la nature.
Il n’y a que nous, dès l’enfance,
qui possédions en partage
l’art et le geste
d’étaler nos cacas
à titre d’ingrédients,
par complaisance,
sur des murs, des écrans,
des toiles, des ondes et des pages.
En tout cas,
c’est ce qui nous reste
depuis que nous ressentons
la discipline comme trop amère,
estimant de bon ton,
avec la douce tristesse
de l’éphémère
où l’informel est à sa place,
page 106
d’avoir tout vu, tout connu
et, sans y être passé qu’un instant,
d’être revenus
de tous les arts,
ne laissant,
pour notre part,
la trace
de la moindre adresse.
Aujourd’hui,
ce sont les personnes compétentes
qui décident de l’art,
de la matière, du style, de la diction,
pour un public avisé,
éclectique,
gardant une prédilection
quasi christique
pour les élus réprouvés.
Mais la beauté,
à l’écart
de nos ententes
autant que de Babel,
reste un bonheur
ressenti,
immédiat,
universel,
n’exigeant pas de noviciat
pour parler
au corps, au cœur, à l’esprit.
Elle n’oublie ni la laideur
ni le paraître
dont elle devient, peut être,
la vérité.
- avec mes respects pour Marcel Duchamp (Fountain , 1917), Jean-Michel Basquiat (Paintings, années 1980), Michel Houellebecq (Les Particules élémentaires, 1998) -
Jacques Gruber
29 octobre 2012
page 107
Si c’était vrai
Univers
dans ton habit de lumière,
galonné d’or
stellaire
comme un matador
qui porte le fer ;
royaumes,
fleurs, fruits, atomes,
à pleins régimes ;
le vert Labrador
et le bleu Gulf-stream ;
civilisations, progiciels.
Et si tout cela était vrai !
Mais ce n’est
que partiel
et passager.
Tronc de la science,
entre terre et ciel,
connaissance,
plantés dans le réel.
Mythes,
paraboles et rites
chemins,
grâce auxquels
nous ne lisons pas
la Carte du tendre
ou les lignes de la main,
mais qui, tel un compas,
nous font comprendre
notre existence au quotidien.
Et si tout cela était vrai.
Mais ce n’est encore qu’incertain
et viager.
page 108
Serments de fidélité,
amitié, santé, beauté, paix,
tout le vivant actuel,
les guerres
et leur histoire,
les âmes en migration,
les ressuscitations,
le devenir éternel.
Et si tout cela était vrai !
Mais ce n’est que fragmentaire
et transitoire.
Démonstrations,
axiomes, postulats,
théorèmes,
équations pénultièmes.
Sagesse en débats
ou contemplative,
qui sait
qu’elle ne sait pas ;
usant beaucoup de salive
ou préférant se taire
sur ses sujets préférentiels.
Et si tout cela était vrai !
Mais ce n’est que temporaire
et superficiel.
Présence et absence,
émotions, expérience,
qui nous ont beaucoup appris ;
alliances
auxquelles nous attachons du prix :
tout cela n’est que symbolique
et particulier.
Il n’y a d’entier
et d’actuel
que la légende véridique
du réel.
page 109
légende (1)
« Je pense quelque chose,
donc il n’y a pas rien.
Et quand je l’expose,
suivant une parole
libérée des desseins
frivoles
comme de l’esprit de système,
tout ce qui est inessentiel
et étranger,
devient,
à ce moment-même,
éternel
et vrai. »
« Je me parle au-dedans,
au plus intime,
et ma voix porte au dehors,
donc je suis un vivant
avec un corps,
qui s’anime
au sortir d’une nuit,
capable d’éprouver l’effort
qu’il produit.
Le visible et l’invisible
me sont intelligibles,
comme si les premiers jours
de la vie nous envoyaient,
par un effet récurrent,
aux mots premiers
d’un discours
intelligent. »
(1) Au sens où l’on parle de la légende d’une carte géographique.
Jacques Gruber
10 novembre 2012
page 110
En toute décence
Je chéris la terre,
et la mer
aussi
(en toute décence).
Il faudrait avoir licence
de les garder
dans son regard.
Car elles sont belles
à regarder,
serait-ce de loin,
avec l’œil du géologue,
quand un vent de marée les berce.
Belles comme les femmes en maillot de bain,
que les catalogues
du commerce
présentent sans fard.
Des semences,
par kyrielles,
se sèment
et se dépensent,
de toute part,
dans le creux
de leur lit.
Car ils s’aiment
ceux
qui s’y démènent
(jusqu’à se donner le torticolis
ou prendre le rhume).
page 111
Et je vois
que le ciel,
où une nue se vautre,
est heureux,
puisqu’il les hume
et les boit
toutes deux ;
lui qui les unit,
sans mandat officiel,
avec averses
et flammes,
bien qu’elles ne soient pas de sexe adverse
mais (chez nous du moins) femmes
l’une et l’autre.
-suite à une série d’émissions de télévision sur les côtes de nos continents-
Jacques Gruber
11 novembre 2012
page 112
Affaire de régime, régime d’affaires
Un petit tour à l’hôpital,
le temps des abricots
que l’on sert en petits pots
au déjeuner matinal.
Au moment où le réveil dispense
les nouvelles de la nuit,
laquelle pousse un dernier soupir
et que l’ennui
d’être tenu
jusqu’au cou
de nous abstenir
de toute dépense
s’infiltre en nous
comme un fil ténu.
Un petit séjour à l’hôpital,
à la saison où les feuilles mises bas
jonchent le sol automnal
par petits tas
le temps que passe le mal.
Quand nous aurons retrouvé nos aises
arriveront, pourquoi pas,
des matins de fraises.
Un petit recentrement
sur soi,
loin de ses aîtres,
quand la vie décroît,
cela peut être
un grand pas en avant.
page 113
Une petite semaine
à l’hôpital,
où l’on entre et sort,
dans la saison
où les arbres que l’on élague
ont du mal
mais ne sont pas morts,
cela n’a rien d’une blague,
mais peut valoir la peine
et même faire une raison !
Un régime frugal
d’abricots
pris au repas de l’hôpital
où l’on vous oblige au repos,
emmailloté comme un coq en pâte,
nous sera assurément
moins fatal
qu’une cure de fricots,
pris à la hâte
dans des restaurants.
- suite à un petit séjour à l’hôpital (18-23 novembre 2012)
où l’on me servait de la confiture d’abricots chaque matin -
Jacques Gruber
page 114
Rêver vrai
J’imagine
des hydravions
qui amerrissent
comme des cygnes,
les pattes en avant
et je vois des peuples décadents
qui rechignent
et renchérissent
sur nos supputations.
Je devine
le vin dans la vigne
mais aussi, je vois
les animaux des abysses
qui dépérissent,
les pieds
en avant,
pour autant
qu’ils en aient
et bien que ce soit
sous le signe
du cygne
renaissant.
Chevriers
qui tirez de vos bêtes
capricieuses
nourries de vos terres
de si bon fromages
pour nos repas
domestiques,
enseignez à nos manœuvriers
les précieuses
politiques
aux moindres dommages
dont les résultats
feront taire
les enquêtes.
page 115
Quand la moindre détente
de l’actualité
balaie d’un coup
les feuillets
écrits par nos célébrités
de quelques jours
dont le boniment
ment,
sur l’amour
et le rêve,
souvenons-nous
des livres
aux feuilles persistantes :
leur sève
ne craint pas les givres.
décembre 2012
page 116
Les yeux bleus
(pour l’année nouvelle)
Elle a le regard noir
que l’on prête au mauvais œil,
alors qu’elle voit avec les yeux bleus
de l’accueil :
l’arbitraire
qui casse
nos espoirs ;
ce qui passe
en dépit de nos vœux,
ou, au contraire,
revient chaque soir
sans qu’il y ait du mieux.
Elle a les yeux
qui ne coulent pas quand il pleut,
lorsque la société se crevasse
au dam
des petites gens,
ou que l’on chasse
les quidam
sans-argent
de chez eux.
Elle a les yeux clairs
pour discerner
les escrocs,
les pas de clercs,
les premiers
accrocs.
Sa place est dans l’obscurité,
mais elle voit la couleur changeante
des cieux
passer dans le regard
de ceux
qu’une pensée intelligente
a visité
sans en faire des stars.
page 117
Elle n’ignore pas l’ombre
projetée
qui nous suit
et remet dans la lumière,
celui qui sombre
dans la nuit.
Elle n’a cure de prescience,
elle n’est ni ravie ni naïve ;
dans la première journée
de toutes les alliances,
qui nous éclaire
de ses faisceaux,
elle est native,
à nouveau.
janvier 2013
page 118
Excusez-moi
Excusez-moi, délicates fleurs
de nos campagnes
dont un seul bouquet
enchante
la place où on le met,
car j’ignore vos noms.
Au vu de vos couleurs,
ils ne doivent répandre le renom,
d’aucune fée méchante,
mais, plutôt, de nos compagnes.
Excusez-moi jeunes-filles
en fleur
si je vous fais quelque ombre,
car j’ignore qui vous êtes.
Que vos pupilles,
en si grand nombre,
soient en joie ou en pleurs,
en deuil ou en fête,
je veux croire
à votre dernière
histoire
et même la raconter
avec sincérité,
si telle était votre prière.
Excusez-moi, martyrs
des temps modernes,
car je ne connais
pas tous vos noms.
Pourtant, je veux, avant de partir
à mon tour,
les inscrire pour la postérité
sur un drapeau en berne
avec vos prénoms
clairs comme le jour.
page 119
Pardonnez,
chers parents
trop tôt disparus,
que j’appelle à bon escient
par vos noms
et vos surnoms,
mon attitude de refus,
comme un pied-de-nez.
Je n’avais pas compris
que l’on pouvait vous dire merci !
Ne me tiens pas rigueur,
improbable lecteur,
mon ultime recrue,
sur qui,
au hasard,
dans la rue,
mon regard
s’attache,
si je ne sais pas ton nom,
pour toi j’en suis réduit
au pronom,
car j’écris
sans qu’on le sache.
Jacques Gruber
janvier 2013
page 120
Les faux-jetons
Ils pensent à côté
de ce qu’ils disent,
de ce qu’ils font.
Ils ne répondent pas à l’opposé
de ce qu’ils méditent,
ils n’agissent pas à l’inverse
de ce qu’ils citent,
ils ne disent rien de faux :
ils parlent juste à côté,
par défaut.
Supprimant de façon tacite
un seul jambage,
usant de réserves,
ils mettent à la renverse,
l’âme fraîche émoulue,
dans l’ignorance voulue
du parler
sans ambages.
En servant
la raison d’État ou d’Église,
de catégorie, du sang,
ou de tout autre gloire
(auxquels ils ont cessé de croire)
ils passent à travers maille
comme par surprise
et gagnent du galon
tout en nous laissant
l’impression
d’avoir agi
sans faille
dans notre intérêt,
alors qu’ils ne sont jamais
de véritables amis.
page 121
Vêtus de leurs ensembles bien coupés,
enveloppés de robes,
serrés dans des uniformes,
leur regard flouté,
auquel rien ne se dérobe,
nous frôle
par dessus notre épaule.
Et nous jauge selon sa norme.
S’ils laissent voir
qu’ils vous sont dévoués,
c’est leur façon
d’assouvir
la soif d’un pouvoir
qu’ils n’osent conquérir.
Ils savent même être complaisants
dans leur mauvaise foi
qui s’exprime à l’envers.
Nous ne pouvons déceler
l’art dont ils se servent
qu’au timbre absent
de leur voix
qui sonne
de travers.
Chez eux,
tout peut devenir faux
ou affabulation
du moment que,
devenus leurs complices,
sous le manteau
de Noé
(excusez du peu),
nous souhaitions
que tout ce factice
soit vérité.
page 122
Leurs chemises
bien nettes
sortent de la buanderie,
mais, jusqu’au tissu,
dont elles sont faites,
leur mise et leur entremise
ne sont que du pipeau.
Ils peuvent caresser
le signifiant actif
de la chouette,
(le plus expressif
des oiseaux),
ils n’en sont pas moins issus
de la grande truanderie.
Puissé-je
ne jamais compter
dans cette compagnie
trompeuse comme la neige
et dont je n’ai nulle envie.
Contre elle, au contraire,
je peste,
au sein
de cette modeste
salle de gare
humanitaire,
sans lustre,
où chacun vient,
serait-ce à son corps défendant,
exposer un désir qui le frustre.
Là même où, il est vrai,
des trains
attendus à contretemps,
nous égarent
(à nos propres frais).
Jacques Gruber 3 mars 2013
page 123
La Camp de l’Hospitalet
une journée avec Stéphane Hessel
La voûte translucide
des feuillages
qu’aucune tronçonneuse
n’étêtera,
tel un vitrail,
qui, au réveil,
laisse passer le soleil,
forme un ciel en maillage
défiant toute épithète.
Elle remue et ne s’écroule pas,
à dix mètres de vide
au dessus de nos attirails
et de nos têtes
libres des pensées soupçonneuses.
Elle ne laisse pas voir les étoiles,
elles sont au-dedans
de nous,
non pas absentes,
mises au clou,
mais chantantes
et dansant
comme les flammes d’un poêle.
La parole qu’aucun artifice
n’éviscère,
prend la solidité
et le brillant
de la pierre,
des rocs jonchant
le sol
de leurs blanches effusions.
Les troncs des hauts fûts
de hêtres lisses,
confèrent à merveille,
si l’en fût,
leur solennité
page 124
à la corbeille
et au bol
de la communion.
À la mitan,
quand tous pensent être rassasiés,
arrive la surabondance
impromptu des cerises,
puis l’heure vient
au cadran,
non d’un pas de danse,
mais pour une Voix que soulève
l’aspiration d’une société
assise sur sa faim.
Pour une présence
qui dise,
d’une parole brève,
qui ne sorte pas de l’enfer,
mais que l’on ne puisse ravaler,
l’impatience
d’une mer
si éprise
d’embrassements
qu’il lui arrive d’enlacer
des continents.
Il en est
à la Camp,
(à ce que l’on dira)
encore autant
qu’il en a été
et pour ce qu’il en sera
de l’hospitalité.
Jacques Gruber, 10 mars 2013
Chaque année, il y a un rassemblement, au lieu dit « La Camp de l’Hospitalet », près de Florac, pour commémorer les cultes clandestins de plein air des protestants cévenols à l’époque de leur persécution.
À cette occasion, il y a de cela plus de vingt ans, il nous a été donné de rencontrer Stéphane Hessel, pour la première et unique fois.
Avec lui, là, en ce jour d’été, nous avons écouté ensemble l’Évangile et partagé la cène. Ensuite nous avons pique niqué sur l’herbe. À la fin du repas, il a tiré de dessous les branches une large corbeille de cerises qu’il a distribuées à l’entour, puis il nous a dit, par cœur, un superbe poème d’Arthur Rimbaud débordant d’une insolente indiscipline juvénile.
En ce début de mars 2013 où il nous a quittés, ce poème veut lui rendre hommage en même temps qu’à ceux qui nous ont apporté la liberté de conscience.
page 125
Semaine sainte 2013
De mal en patience
à mal en passion,
au devant des impulsions
de nos impatiences.
(mardi)
Sache,
compatriote consumériste,
qu’il n’y a plus ni Bien
ni Mal,
plus d’humain
ni d’animal,
comme pour une camériste,
voyeuse proustienne
d’amour vache.
Plus de Paradis
(sauf fiduciaires)
ni d’Enfers (hormis
sur terre),
ils ont fait le plein
d’une foule élue ou magicienne.
Plus de Ciel
(excepté artificiel
ou à crédit),
mieux vaut ne pas le taire.
Ni même d’ici-bas
où l’on s’étonne
que personne
plus ne propose
de roses
ni de résédas*.
* « De communistes ni de chrétiens », suivant le poème de Louis Aragon : La rose et le réséda.
La Bible tarie,
coupés du monde livresque,
des résonances grecques,
des ivresses romantiques
et de leurs fresques,
livrés à des poésies absconses,
nous restons sans répartie.
Privés du tragique
shakespearien
et de Dostoiëvski,
nos enfants n’ont plus de réponses,
et, pire que rien,
entendent tout ce qui se dit.
page 126
Le mur
que fabrique
le binaire
informatique,
nous confine,
en marge du clair-obscur,
où la réalité
abonde,
dans l’obscurité
sublunaire
où créateurs et messies
se font grise-mine
ou se confondent.
À moins de se livrer, par amusement,
pour faire l’impasse,
à la mnémotechnique
de nos identifiants
et mots de passe
énigmatiques,
comme suit :
« Zorro
doit tôt
livrer ici
quarante-deux bandits ».
et, en attendant mieux :
« Au fond de mon whisky,
nos beaux yeux ».
(mercredi)
Où que l’on aille,
de gros crabes berniniesques*,
* Vus du ciel, le Vatican et la Place Saint Pierre, œuvre du Bernin, me font penser à un gros crabe muni de ses pinces. Simone Weil ne qualifiait-elle pas l’Église de « Gros animal » ?
sous couvert d’une édifiante piété,
nous enserrent
dans leur tenaille
et nous enterrent
presque
sous leurs antiquités,
quoique l’on piaille.
page 127
Contre eux
tout accès de révolte
fait long feu :
en place de fête,
il ne récolte
que la tempête.
Nos « faire » et « défaire » consuméristes
ne laissent rien subsister
de ce qui avait valu
la fortune
à nos affairistes
du salut
pieux
ou laïques,
réputés
pour leurs piques.
Nulle trouvaille
à la une
que l’on se chamaille,
qui coûte cher
ou ne vaille
pas un radis.
Restent nos bienheureux
purifiés
par le sang,
promis à des paradis
pétrifiés,
des morts voués à un enfer
putréfiant
ou de corpulents
Tartufes athées statufiés
de leur vivant,
tyrans craints et vénérés
en pied et en pierre,
au risque de choir,
tête la première,
d’un revers
de mouchoir*.
*R-M. Rilke ne serait-il pas mort d’une égratignure de rose et Pol Pot d’une piqûre de moucheron.
page 128
Aux yeux,
large ouverts,
de veaux,
tout se vaut.
Y a-t-il alors
du vrai
et du faux,
du juste ou du pervers,
en dehors
de l’océan déchaîné ?
Et, pour l’amour de l’art,
du laid
et du beau,
à part
le ciel enflammé ?
La nuit,
tous les chats sont gris,
aucune ombre ne nous suit.
(jeudi)
Nos cultes,
nos liturgies
du surpassement
de l’Homme,
s’ils comblent nos envies
en Occident,
ont aussi égalisé,
d’un coup de gomme,
tout ce qui dépasse.
La ligne grise
envahit en entier
l’espace
oxydant
où nos vies
sont comprises.
« Ni Dieu ni maîtres »,
désenchantement :
retour des superstitions
et des stupéfiants ;
notre confiance
page 129
mise en des finances
traitres,
une prédilection
pour des contenus douteux,
exit patronnes
et majordomes* ;
*Allusion à une affaire d’abus de faiblesse bien de chez nous.
on ne peut revenir au « Dieu »
d’antan
et toujours personne
avec qui partager le repas de l’Homme :
tous consomment,
mais qui communie, pour autant ?
L’Histoire inoxydable
se rouille,
elle retourne à la fable.
Il n’y aura plus
de réponse unique,
valable
pour une morale scoute
contre la fripouille,
serait-ce au prix des abus
iniques
dont nous ne sommes guère avares.
Plus de certitudes hors de doute,
inexorables,
nonobstant
que chacune avait son envers
et variait selon les temps
au sein des minimares*.
*Pour parler comme le Canard enchaîné, journal satirique français.
où notre humanité grenouille.
(vendredi)
En cette rude semaine
où chaque printemps
consacre
une heure d’hiver,
qui s’éternise,
dissoute
dans une atmosphère
malsaine,
faite de massacres
page 130
et de mensonges
impudents*.
* Jésus aux outrages, puis crucifié, le sommeil, puis la fuite des disciples, les reniements de Pierre ; aujourd’hui, dans notre registre humain non exemplaire : les guerres de Syrie, au Mali et ailleurs, les malversations financières internationales ; chez nous, un ministre, fraudeur du fisc qui ment effrontément devant l’Assemblée Nationale.
C’est à chacun,
jeune loup ou vieille baderne,
sachant que cette durée,
se prolonge,
de trouver sa prise,
ses repères
ou sa pose
si, du moins,
il ne désespère
de l’hygiène
postmoderne
désagrégée
des cerveaux
qui nous impose
l’informel.
Sauf soit alors l’énergumène,
social tout autant que personnel,
resté à l’écoute
de ces humbles Chants
sur quatre voies,
toujours nouveaux ;
bien que leur bourgeon
se soit épanoui,
une fois pour toutes,
dans la Passion
qui nous mène,
ou nous envoie,
au terme sans milieu
de nos chagrins
irraisonnés et touchants,
par l’amour de Dieu,
lui-même affranchi
du divin*.
*Voir alleztheo.blogspot.com, janvier 2013 : Logos.
Jacques Gruber vendredi saint 29 mars 2013
page 131
Convalescence et rétablissement
Toi qui a connu, face à face,
l’ombre prédatrice
qui annule
nos paroles prédicatrices
de funambules*,
* « L’homme est une corde tendue […] une corde au-dessus d’un abîme », Nietzsche, Ainsi parla Zarathoustra, Prologue, 4).
je me mets à ta place :
Chaque matin
redevient un don,
un pardon,
dans un ciel qui tire
son rideau de satin ;
et chaque soir
retourne au silence
d’une confiance,
dont le manteau de cire
absorbe tout le devoir.
Les vieux doivent disparaître
et ce sont les jeunes qui meurent du mal d’être.
Pour ma part,
après avoir retiré
mes chaussures
d’impénitent fieffé,
j’avoue que j’avance,
avec des précautions
d’aveugle,
non dans une exposition
de pop art,
mais dans le labyrinthe des questions,
que pose le Maître des Sentences
destinales*,
*Non plus Pierre Lombard, mais le Sphinx.
qu’il susurre
ou qu’il meugle
du fond de son dédale.
page 132
Pour Adam et pour Ève,
je rêve
non de l’origine ancienne,
infinie
et dionysiaque
mais de la fin finie
de la Tragédie,
mère de toutes les attaques,
quand l’Intelligence
olympienne
se découvre maîtresse
de cette engeance
de Nécessité
qui nous presse
à satiété*.
*Fin de l’Orestie d’Euripide, quand Athèna change les mauvais génies (Errynnies) en bons génies (Euménides).
Que le dernier cri
puisse être délivrance
avec, en cadeau,
l’anneau
d’alliance,
tonus
d’espérance,
à l’effigie
de l’eucalyptus
qui fleurit
plusieurs fois l’an,
à l’image d’une canopée,
de ces « verts pâturages »
semés d’orchidées,
couronnement
de la vie
recommencée,
anticipé par le chant*.
*Psaume 23,2 dans la traduction de Louis Segond et le Gospel qui y fait écho.
J’imagine
que notre rétablissement,
de la mort assassine,
ne se fera pas
par notre propre force ;
ce sera un couronnement
qui s’amorce
ici-bas,
comme de notre accession
au dernier dan,
sans obligation
de l’avoir conquis,
par un nouveau combat
au sein du clan
des mineurs de cuivre
où se case un kami
griffu comme un chat.
page 133
Que cela advienne
alors que l’étang hors âge,
l’étang de feu,
changé,
comme par jeu,
ouvre son œil vert,
laissant un crapaud ivre
de la senteur méridienne
beugler
le compte,
sans découvert,
de tous les mécomptes
de nos orages.
Jacques Gruber 26 avril 2013
page 134
Syrie 2013*
Simples spécimens
territoriaux
d’une humanité
humorale
et factuelle,
avec nos vieux schèmes mentaux,
qu’avons-nous à redire ?
Les morts,
ces morts sans noms,
sans nombre,
qui ne jouent pas à Carnaval,
mais meurent,
par des raisons de terreur,
ici et maintenant,
les yeux ouverts,
emplis de visions atroces,
(retour des rimes en sens inverse)
victimes du sacerdoce
des sacrifices humains offerts,
depuis la nuit des temps,
à des dieux menteurs
qui pleurent
par-delà le bien et le mal,
sans qu’aucun scrupule les encombre.
Ces morts qui n’ont même pas dit « Non ! » :
ce sont nos morts.
Il n’y a rien à récrire
sur les frontons monumentaux
de notre universelle
morale
de la dignité
remontant aux immémoriaux.
Surtout pas « amen » !
*Pour ce poème, j’ai choisi la forme d’un rondeau parce que l’on a beau dénoncer l’inhumanité, elle revient toujours de nouveau.
Jacques Gruber, 1er mai 2013
page 135
Sur un quatrain de Khayyâm
Voici maintenant pour le monde un peu de bonheur possible.
Chaque cœur vivant a des aspirations à la solitude.
Sur chaque branche on croit apercevoir la blanche main de Moïse ;
Chaque brise semble vivifiée par le souffle de Jésus.
Quatrain xiii
traduit du persan,
sur le manuscrit de la Bodleian Library d’Oxford
par Charles Grolleau,
Éditions Charles Corrington, 1902,
reprise par les Éditions Mille et une Nuits, 1995
De sa main purifiée,
Moïse écrit les Dix Paroles
de la Tôrâh.
De sa bouche crucifiée,
Jésus laisse couler les sept paroles
qui ne passeront pas.
12 mai 2013
page 13 Mots
Mots, que de maux
Le Maître
des mots
m’a dit :
« Ne t’imagine pas
que ce soient de vieux tacots
à pneus plats,
usés par des kilomètres
de circuits. »
« Ce sont des amants
pleins d’invention.
Chaque rencontre heureuse
que je connaisse,
même hasardeuse,
leur rend la passion
de la jeunesse. »
J’ai répondu
au Gardien de la langue
qui n’a,
certes pas,
la lippe du dromadaire :
« Puisse-tu être entendu
de tous ceux dont le discours
tangue,
comme un vaisseau du désert,
sur un rythme pour le moins
hebdomadaire.
Eux, dont le propos disert,
au long cours,
inonde,
sans réel besoin,
nos places et nos ondes. »
Et mon maître d’école
a repris le sujet :
« Pour les mots,
rien ne presse,
il ne s’agit pas d’épluchage
mais de pelage
que l’on caresse.
Toute impropriété
est une perte pour la réalité.
Toute impropriété
est une perte pour la réalité.
On croit prendre la parole,
comme un camelot,
ignorant
que c’est elle qui nous prend,
à pied et à contre-pied. »
Jacques Gruber
20 mai 2013
Du même auteur : « La Représentation de Dorothée Sölle, Revue d’histoire et de philosophie religieuse, Strasbourg, 66ème année, 1986, n° 2 et 3 ;
Entendre la Parole. Le témoignage intérieur du Saint Esprit, Paris, Éditions du Cerf, 2003,
« Vous serez mes témoins ». Pour un temps de confusion et de mutations, Paris, Éditions du Cerf, 2009.
autres blogs :
cevenneproche.blogspot.com (dessins);
alpestivale. blogspot.com (dessins) ;
sartresansechec.blogspot.com (philosophie) ;
vous-serez-temoins.blogspot.com (théologie) ;
theologie-deconstruction.blogspot.com (théologie),
biblentoutemps.blogspot.com (méditations) ;
tradition-ou-parole.blogspot.com (religions) ;
poesie-parole (poésie) ;
existence-et-sens (essai) ;
public-gruber (publications de l’auteur).