lundi 20 mai 2013

Un Signe dans la vie




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uniquement pour votre usage personnel

Août  Saïder


UN  SIGNE
DANS
LA  VIE


Un signe de vie
Un signe vivant

de la fin de la deuxième guerre mondiale à la fin de la guerre d'Algérie


Ces textes sont publiés sous un pseudonyme parce qu’ils se rapportent à une période où je n’avais pas atteint ma maturité personnelle ni poétique, Jacques Gruber




LISTE des RECUEILS que j'ai publiés sur Internet :

Un Signe dans la Vie
Le Matin vient déjà
Sveltes poèmes
Une existence poétique actuelle
(deux fascicules)
ÉTOILES sur un fond noir
Mes Théâtres
Les Bons sentiments
Retour sur images



Jacques Gruber, l'un des principaux poètes français méconnus d'au­jourd'hui. J'autorise toute personne bien intentionnée à pu­blier mes poèmes, sous réserve qu'elle n'y introduise ni retouche ni chan­gement et à condition qu'elle mentionne mon nom pour cha­cun d'eux.

Jacques Gruber, 94450 Limeil-Brévannes, le 25 janvier 2016

Jacques Gruber, one of the main french unknown poets of to day. I authorise any well intentioned person to publish my poems, without any alteration or change and under the stipulation that they mention my name for each of them.
Jacques Gruber, 94450 Limeil-Brévannes, France.




TABLE  DES  MATI ÈRES

Palais des beaux arts, p. 3
Meunier, tu dors, p. 4
Le Réveil des oracles, p. 7
De defectu fidei, p. 8
Le Patriarche récent, p. 10
L’Invention du pendule, p. 12
L’Abeille et la vitre, p. 13
Obsessions, p. 15
Paris, p. 16
Mélanges d’histoire ancienne, p. 17
Dernières impressions sur le Déluge, p. 18
Académie des Inscriptions, p. 19
Le Ciel et la terre, p. 20
─ le cinquième jour, le lever du jour (les animaux),  p. 21
─ le sixième jour, la matinée (création de l’être humain), p. 24
─ le septième jour, midi (le repos), p. 27
─ le premier jour, l’après-midi (la lumière et les ténèbres), p. 29
─ le second jour, la seconde partie de l’après-midi (le ciel et les eaux), p. 31
─ le troisième jour, le soir (la terre, les minéraux, les végétaux), p. 33
─ le quatrième jour, la nuit (les luminaires), p. 35
Ronde enfantine, p. 36
La Nouvelle légende de Saint Nicolas, p. 37
Vincennes, p. 38
L’Estaque, p. 39
Chantiers navals à la Ciotat, p. 40
La Chambre de l’été, p. 41
Souvenirs fantasmés de la plage de Pampelonne, p. 43
─ la nuit qui précède, p. 44
─ un cauchemar d’insolation, p. 46
─ la plage, p. 47
─ la journée, p. 48
─ le retour, p. 49

POÉMATIQUE, p. 51

Table des matières p. 57



page 3

PALAIS  DES  BEAUX  ARTS

Au sujet de la souffrance, ils se trompaient rarement
les vieux Maîtres : comme ils comprenaient bien
sa position humaine ; la façon dont elle prend sa place,
se place,
tandis que quelqu’un d’autre mange, ou bien ouvre une fenêtre.
ou simplement se promène.

Comment, tandis que les vieux attendent avec respect,
avec patience, avec passion,
la naissance virginale, il y aura toujours
des enfants qui ne désirent pas particulièrement
que cela arrive, patinant
sur un étang en lisière du bois.

Ils n’oubliaient jamais
que même le terrifiant martyre suit son cours
de quelque façon que ce soit, dans un coin, quelque endroit sale
où les chiens mènent leur vie de chiens.

Dans l’Icare de Breughel, par exemple : toute chose s’écarte
comme à loisir, du désastre ; le laboureur
aurait entendu l’éclaboussement, le cri perdu,
mais est-ce là, pour lui, un échec important ?

Le soleil brille
ainsi qu’il se doit, planté sur ses jambes blanches qui disparaissent dans l’eau verte
et le couteux et délicat bateau qui aurait pu sembler
quelque peu étonnant, un garçon tombant du ciel,
ayant quelque course à faire, ne va-t-il pas, comme prévu,
y mettre la voile ?

Août Saïder



page 4

MEUNIER,  TU DORS


1
Je suis un métis des cinq parties du monde
et je n’ai rien de pur en moi,
métissé du monde, je suis ouvert
de tous les côtés ;
le monde, en moi, vient,
et va et vient
comme dans un moulin.

Tout mon corps dressé crie
parce que mes ailes vont
trop vite
et je me meus à moudre, je mouds à mourir
je meurs de moudre et mouds toujours
et je m’émeus à me moudre
trop fort.

Les cinq parties du monde
gémissent
parce que le monde va trop vite
depuis que des ailes
lui ont poussé.

Ah !, Meunier, plus inventif qu’un homme
depuis que tu nous les as données
ces ailes, il n’y a plus de repos !
Oui, c’est bien
joli d’avoir des
voiles,
mais il faudrait les rentrer
dans la tempête
et c’est au cœur
de moi
que je mouds le grain
et que je souffle cette haleine
qui m’arrache sans m’éteindre,
chandelle imbécile qui s’essaie
à se souffler

Oh !, c’est trop, finis !
Je ne suis qu’un
tourbillon qui va
trop fort, ça ne pourra pas durer,
j’appelle à mon secours !
page 5




Je suis un métissé des
cinq parties du monde
qui joue tout seul
à faire des parties de quatre
coins
avec ses cinq parties en
quinconce.

Pour me distraire d’avoir
des ailes,
je les figure dans mon jeu et
je me représente que je bats des bras
de joie,
que je ne suis plus un moulin,
mais un avion ;
rien à faire, tout
est mêlé,
ses ailes et mes hélices, pauvre insecte hélicoptère.

Et je murmure en moulant
et je mouds
en marmonnant,
(est-ce bien une action ?),
je fais un métier
de gâcheur,
je mouds des chansons, il n’y a plus
de chansons et je me grise
de prières,
il n’y a plus que des obscénités et cette poésie
de klaxon,
comme un ivrogne qui s’extériorise.
3
Cacatoès coquet ou
cacochyme cocote qui caquètent
encoqueluchés, mieux encore :
cahute qui cahote et chahute et
hoquète, le monde
ne demeure jamais en
place et gratte
le grand fumier des nébuleuses
chaudes, plein de provende
et de parfums intimes. Il n’est plus
là et nous ne fréquentons pas sa société,
Job, racleur
d’ulcérations personnelles, râleur entêté à ne pas tirer
page 6
profit des fientes de ses chameaux
morts,
trésor à faire pâlir d’envie tout l’Orient
comme une aurore devant l’or même ;
Phaéton rencontrant un soleil
facétieux, qui dégringole,
en rigolant, du ciel.

Bien que métissé de mal et de bien, je suis
beau,
semblable aux eaux
turquoise.
Je m’étale dans le vert,
mais je me rassemble
dans le bleu,
mêlant aux sourates mecquoises
des versets
bibliques.
Le sang bleu des rois apoplectiques
se mélange en moi
au jus vert, disparate, des chenilles
bourgeoises.
Je m’ingénie à faire l’ange
avec la bête.
.


Moulin, moulin de planches, tu
vas trop vite !  
Alors, enfin, c’est trop fort ! Meunier,
tu dors
et nous périssons !


Août Saïder

page 7

LE  RÉVEIL  DES  ORACLES

Prétentieux ventriloque vaticinant,
pèlerin des lieux honnis,
ton esprit
trompeur, par mégarde,
des faubourgs de Mégare à Cumes et de Cumes
à Delphes, t’égare.

Le dieu qui t’a frappé est un maître méchant
qui rugit comme un lion dans tes moelles
et secoue nos âmes
comme Apollon
sa crinière. Tout s’est tu
tu te tais, mais n’en parles pas moins.
Ton silence nous frappe comme un pouls
magistral.

Il nous faut descendre les labyrinthes du cœur, tremblants
d’effroi déjà
d’entendre
renâcler le taureau qu’on sait.
Pitié pour la Pythie ! L’architecte de notre être
c’est Dédale et nous sommes
perdus
dans nos propres replis !

C’est un palais crétois, ici,
et notre hôte
est un monstre jeune et sans regard
qui s’amuse sans égard des ruses de l’amour, car
c’est son frère qu’Ariane, en secret, cette fois, croit chérir
et l’engeance de Minos
un signe désastreux.


Août Saïder






page 8



DE  DEFECTU  FIDEI

Les étoiles nous conduisent sur mer,
mais quel autre ciel nous guidera lorsque nous traverserons l’autre
mer qu’est la nuit ?

C’est une eau sournoise pour laquelle nous n’avons pas de gouvernail. Et pourtant
je cherche l’arbre qui pousse
de la nuit, comme d’autres
font des feuilles, parce qu’il nous cache
le repos. Il y a des nuits visitées
à l’intérieur desquelles les anges
pendent en grappes, car il ne faut pas croire
que la nuit ait été faite pour envelopper
nos fruits ;
elle a le sien propre
à porter.

Jeune forêt, nous poursuivons
d’un mépris renouvelé,
sas cesse, la naissance miraculeuse de ton petit,
souriant, ô repos, légume
agaçant, nourriture dont nous avons perdu
le goût !

À quelles inventions ruineuses de sommeils, debout
et ruisselants sans répit
de nos âcres odeurs,
serons-nous,
demain, perpétuellement dévolus par ces nocturnes soleils fabriqués
de main d’homme, jusqu’à n’avoir, enfin,
d’astre plus fulgurant que celui de la mort
au zénith de l’enfance ! Voici
qu’Aménophis, comme un grand insecte,
ou Charle-Quint, contemporain d’un âge d’éternité, sort
de spn sarcophage et va,
tel un très vieil Arlequin qui ferait
de cérémonieuses salutations à de tout petites filles.

Les ténèbres sont
profondes des profondeurs
de violence
et je ne trouve de repos nulle part.
Jusqu’aux morts sont insomnieux.

Il faut pourtant y aller,
page 9

le vent ride nos cœurs faussement
calmes,
nous allons, je le sens, obéir
aux souhaits de la peur,
cette fois-ci
encore.




Août Saïder






































page 10


LE  PATRIARCHE  RÉCENT

Voilà pourquoi, sans
que rien n’ait changé, tout est différent.

Il aurait machinalement pris son café et fumé des cigarettes, sans rien demander
à personne et là,
son corps
frissonne,
sur cette chaise même dont la paille s’échappe et
la sueur colle ses cheveux.

Tout est identique, et il le sait,
mais cette uniformité, au regard de lui-même
est bouleversante
pour lui. D’une parole
d’un regard, d’un geste, en un clin
d’œil, quelque chose, de nouveau, s’est rompu quelque part.

Un mot de louange ou de
blâme et tout son être a périclité. Ou même
un mot d’amour et de reproche
eût suffi. Soit

Alors
sa chair s’est enflée,
elle a gonflé et l’a envahi jusqu’au tréfonds
et, comme s’il avait donné un coup
d’épaule
il e a été débarrassé. Elle est tombée
sur ses talons, semblable à un vêtement fripé.

Il s’est trouvé
 nu, sans quoi il eût continué
de s’ignorer et sa chair de le dérober
à lui-même. Non
qu’il fût
élégant, il ne cherchait pas à
relever la bassesse de sa
mine par la plus versicolore écharpe, mais c’est alors qu’il s’est mis
en branle, à l’âge ou chacun songe à s’assagir, revêtu
d’espérance comme d’un habit
trop ample
et dans lequel il flotterait.

Notaire indélicat de nos histoires et de nos
sociétés, il a levé le pied

page 11

et marché avec des gestes
hésitants
dans la rue,
l’homme devenu le plus extraordinaire des hommes. ,
bouclant des valises hors
d’usage, tel un aveugle
bien qu’il voie, mais parce qu’il voit
enfin les hommes,
maladroit et louvoyant entre des obstacles
imaginaires
parce que le monde a désormais, pour lui,
un relief au prix duquel
l’Himalaya se recroqueville à l’infini.






Août Saïder

page 12






L’INVENTION  DU  PENDULE

Tranquillement, se balancent
les lustres, tranquillement, dans la cathédrale
de Pise.

Ne savions nous pas que rien de bon ne pouvait venir de Galilée ? Rien
de bon, ni même
personne. Alors, l’Église
était comme un germe
dans le cocon magnifique du Temple, à Jérusalem
− et la Science, ensuite
dans l’Église ⌐ et les deux sont morts, mais de la mort
des semences,
coquilles luxuriantes devenues creuses
parce que la vie continue ailleurs.





Août Saïder


page 13

L’ABEILLE  ET  LA  VITRE


Ah !, l’homme écartelé
qui ne peut pas
rejoindre ses yeux, ses oreilles et sa voix,
et, subitement,
tout est réuni.


Et le voici qu’il chante la page entière
qu’il a devant ses yeux
depuis
si longtemps. Il voit
les sons
les signes éclatent de résonances
et sa voix suit ses yeux,
elle frappe
ses tympans du dedans et du dehors,
sa gorge et son corps, à la suite,
vibrent, déjà son pied glisse comme une onde,
tous ses sens deviennent
intelligents.


Ils ont fait le silence autour du musicien,
non le silence pour écouter,
mais pour ne pas
entendre ;
le pire silence des sourds
qui ne veulent pas entendre.


L’archet ne va-t-il pas ? N’entendons-nous
rien ? N’y a-t-il pas


le geste
d’une eau courante
près de l’arbre
et l’ombre d’un passage d’oiseau
plus preste
qu’un feuillage
et ces animaux
si
fins, si colorés, si
vifs
dans le fou-rire des plumages
page 14

et le tressaillement des fourrures
immobiles …

Rien ne parvient de tout cela
qu’une ridicule
gesticulation à se dilater la rate.




Août Saïder



page 15

OBSESSIONS


Venise,
ville
de mes os,
sise sur des canaux
de sang.

La soirée emplit le ciel
de soierie. Le plumage du bruant
prête ses teintes aux flots tapageurs
qui tintent.

Le ciel se tend sur la mer
retentissante.

Une puanteur fume, dressée sur sa victime
comme une colonne
torse
et noire.

Une odeur monte de mon corps qui n’est pas
mienne, mon palais
est habité d’un mauvais goût.

Mon adversaire m’assiège
dans ma propre personne, il a dressé son camp
partout. Un énergumène hostile emplit
de sa trépidation l’hôpital piteux de mon être.

Tu pullules de l’étranger ravissant qui t’emporte, ô Ville
liquéfiée, qui n’est plus
qu’un purin
derrière des murailles intactes, à la fois superbe et purulente,
momie saignant le sang vert des chenilles
et des plantes que dédaigne
royalement ton Lion.

Alors, je pense
je me souviens,
j’attends la ville qui défiera les sièges,
car toute souffrance
ne se mesure
qu’à l’espérance.


Août Saïder

page 16



PARIS


Paris, ce beau profil,
émerge, toute aube bue, et c’est digne
de Cimabüe,
ou d’un Maître  portraitiste.
Symboles,
timbales,
magasins, musées, banques,
cymbales,
à la une des magazines
s’amusaient des saltimbanques :
voici Jason portant sa toison d‘or,
mais c’est d’oiseaux bien autrement jaseurs
sous le regard des réverbères ahuris
que je parle
et de bien autre laine
aussi
ce beau profil de Seine
à Paris.

Août Saïder























page 17

MÉLANGES  D’HISTOIRE  ANCIENNE.

L’eau coule, transparente
et pourtant noire.
Affreuse et persistante mémoire,
le Styx est répandu dans nos moindres ruisseaux.

Je m’essaie à deviner les rivières, mais
hélas, il  n’y a point eu
d’aussi menteur
que les cours d’eau et mon cœur
aussi
n’est d’aucune vérité.

Je suis comme David, dit-on,
qui perdit sa couronne, son courage,
son honneur ;
ô, qui s’assied et qui pleure
et n’a plus que ses pieds pour toute possession !

J’étais un prince, alors,
et les vieux rois guerriers d’Assyrie,
las de siéger parmi
leurs taureaux à cinq pattes,
venaient poliment faire l’emplette
aux étalages de bérets
basques.

J’étais trop jeune encore,
j’ai cru digne d’un roi de faire
un cadeau royal, d’offrir
ma couronne
à d’autres rois.

Misérable, qui m’imaginais, pour peu qu’on me donnât des chaussures neuves,
que mon cœur était changé,
estimant les autres en fonction de ce que je suis,
j’ai reçu un royaume et perdu
la royauté.

Août Saïder



page 18

DERNIÈRES  IMPRESSIONS  SUR  LE  DÉLUGE

Dans les eaux qui délugent, est-ce
l’arche ?  Laisse, laisse-nous, Seigneur !
L’écume touche au ciel ! On ne voit plus
si c’est un poisson qui vole
ou la colombe, enfin,
sur les flots du déluge, qui marche !

Nous fuyons, dans un exode sans but
sur l’eau qui a perdu tout visage de mer.

Un brin d’olivier, toutes les chansons
du monde. Un brin
de laurier et nous n’irons plus au bois, c’est promis, un bout
de romarin, elles vous le diront toutes,
les chansons du monde,
qu’elle a descendu dans un Jardin cueillir
ce brin d’amour, ce surgeon,
ce rameau d’Isaïe, ce prince
de la paix.

Ô toi, l’oiseau diluvien
dont le bec s’ouvre et c’est l’éclosion d‘un bourgeon
.que n’as-tu six ailes aussi,
comme un séraphin,
pour voler plus tôt !

La Création pousse l’Ararat,
le soupir
de la délivrance.

Août Saïder















page 19

ACADÉMIE  DES  INSCRIPTIONS


TIGLAT  PILESER
S’EST  AVANCÉ  JUSQU’ICI
PILANT  L’ÉCLAT  DES  ARMES
COMME  UN  VERRE,
ÈCRASANT
EN  TRIOMPHE  LES  TRÉSORS  DES VILLES
DÉMOLIES
SOUS  LES  BANDAGES  DE  SA  CHARRERIE


Pas des conquérants,
ne retournez-vous jamais en arrière ?

Islams, croisades, conquêtes
si grands
qu’ils dévorent leurs émirs, leurs empereurs.

La voici, la concordance des temps,
la grammaire secrète de l’histoire ! Tiglat,
Archimède de la guerre, Pileser,
pontife des armées, savais-tu,
ou n’as-tu qu’appréhendé,
l’holocauste humain qu’il fallait ?


Août Saïder


page 20






LE  CIEL  ET  LA  TERRE



Dans ce titre, le ciel et la terre désignent aussi bien ce qui se voit que ce qui ne se voit pas.

Parler ainsi du ciel et de la terre, c’est se référer à la Création.

Je n’ai rien changé à la succession des jours telle qu’elle sert de canevas au récit de la Genèse, mais j’ai commencé par le cinquième jour. Une description de la création n’est pas un récit cosmogonique. Je me suis ingénié à faire correspondre les sept jours de la semaine avec les différents moments d’une même journée.





page 21

LE  CINQUIÈME  JOUR

le lever du jour

(les animaux)

Les cygnes, ces petits bateaux,
ont-ils des jambes ?
Eux dont le vol traverse l’œil rond des bassins
d’une seule enjambée,
gloire éphémère, digne d’un ciel de Perse
dans le soleil parisien.

Faucons que l’on peut voir à Vincennes,
au pays d’Avicenne, paons royaux
des Indes ou d’Arabie, oiseaux d’apparat
sous l’horizon du paradis, ô compagnons d’Adam !

Les petits bateaux blancs qui nagent
sur le bassin, au Luxembourg,
paysage de Paris dans le crissement des patins,
ont-ils des ailes, ces voiliers
qui n’ont que des mains
d’enfants
pour amarres, ces flamants rose, au zoo, sur les mares ?

Ô, compagnons d’Adam,
tirés par les épaules de leur sommeil azuré, qui s’en vont à Zurich
vers les hangars de tôle !

Les saisons passent
et repassent sous les ailes
des zincs et les V victorieux des canards,
mais nos cœurs n’ont pas changé
à croire que Dieu nous a pris en haine.

─  « Je t’ai toujours aimé ! » Amas
des colibris, équilibre des airs.
Il est facile de t’aimer pour qui a tiré de rien,
de jamais, de tout ailleurs,
cet aïeul du squelette des oiseaux
plus alertes que les vents chanteurs,
les frais vents matinaux.
Et des voiles sur le lac,
les senteurs de la rue,
la rumeur des étoiles,
et toi, et toi, et toi, celui
sur qui j’ai soufflé la vie !
page 22

La force des bêtes est moins féroce
que la main du plus nu
des animaux. L’analphabète
qui manie la dynamo,
la plus crue, la plus cruelle des créatures
anime le théâtre où les animaux
sont dressés.
La griffe des fauves fait souffrir moins longtemps.

L’agneau ferait bonne mine
avec la casoar, le castor et l’okapi,
─ l’agneau dont on ne brise pas les os ─
mais l’homme a képi, l’homme à casoar, l’homme à castor
extermine.

Le léopard ferait un bon compagnon
s’il trouvait à manger sa verdure
ailleurs
qu’en des entrailles vertes. Ce serait un bon camarade
s’il pouvait se rassasier d’herbe
autrement
qu’en des panses ouvertes.

Le tam-tam court
comme un téléphone
à propos du caïman
tueur de cannibales ;
viendra le tour
des éléphants
d’abord avec les légions d’Hannibal
et Monsieur Loyal
pour finir.

Poissons : peuple de la foi,
peuple frère, père de tous les peuples
qui marchent sur le terre,
qui marchent dans l’ombre et dans la nuit
des profondeurs, errant comme fut le peuple Juif.
Peuple des êtres marins, sous des milliers
d’atmosphères peut-être,
sans yeux et sans couleur, mais
chargés d’électricité,
frère
du peuple des enfants pâles, peuple des abysses
azymes d’une pâque impraticable.

Assis au bord d’un fleuve d’exil
ô pécheurs d’hommes qui suspendîtes
page 23

aux saules verts
vos éperviers, nos langues s’attachent à
nos palais,
car nous ne saisissons plus, aujourd'hui,
ce que vous dites,
comme si vous nous payiez de mots.

Août Saïder




page 24

LE   SIXIÈME  JOUR

La matinée

(création de l’être humain)

Comme un cerf altéré cherche
des eaux fraîches,
comme le brahmane accomplit son cycle de vies,
et Héraklès
poursuit ses travaux, Abram
cherchait son Dieu, premier des hommes
à ne pas se contenter d’en avoir plusieurs.

Père des croyants,
bien plus que le père des mortels,
Zeus zézayant dans la tempête,
mais impossible père
qui ne fit qu’obéir.
Toi qui marchais sans savoir où,
sans savoir où tu mettais tes pieds,
mais puisant ta force dans la puissance
de Celui qui t’avait fait.
Créature en qui la faiblesse agissait
sans cesse, comme la main du Créateur
lui-même. 

Ainsi naquit Adam.
De la foi, mais non du souvenir :
le Seigneur souffla sur lui et il allait, pas à pas,
dans les allées du Jardin, Palmyre sortie du néant,
oasis de la Terre, Eden et Paradis.
Quatre fleuves provinciaux,
précaution délicate, l’entouraient
de leurs bras et l’irriguaient
de leurs rires, gaiement.

Il allait pas à pas, côte à côte, jusqu’à
ce qu’il rencontre
cette buée faite chair par la prévenance
du Seigneur,
Ève, si jeune et née la dernière, qui n’est ni
comme Genève, issue des eaux,
ni comme Aphrodite naissant
de l’écume de la mer et du sein d’Amphitrite, mais chair
de la chair d’Adam et
os de ses os,
page 25

Vivat ! Hawa !
mère des vivants , savante et sage, Ève, aube de tous les corps
et sève de leur sang, Vivat !
Tirée du puits de l’Homme seul, une fois seulement,
telle que tous les hommes, depuis,
ont été tirés d’elle, dans la joie
et les hurlements.

Chant d’Adam pour Ève

« Je suis ton Seigneur, ton prince, ton Salmanasar,
je suis ton maître, ton Alexandre,
ton pâtre, ton Pâris, ô Cléopâtre,
ô Euridyce, je suis ton serviteur,
ton esclave, ton soutien.

Il n’y a ni victoires ni vainqueurs,
ni Barak ni Déborah,
ni Samson ni Dalilah,
Tu es la Ville que j’habite,
mon Acropole et mon Kremlin,
la moelle exquise de mes os,
les eaux de ma Venise,
ma Jérusalem !
Tu es ma patrie,
ma Grèce, mon Amérique.
Tu es mon repos, mon Canaan,
ma Virginie !
J’étais comme un fleuve,
comme une eau qui bout,
un Nil traversant des sables,
tu as été ma mer où me jeter par mille
bouches.

Je suis ton chef pour que tu sois ma couronne,
berger attentif de ton corps qui moutonne
au rythme de ton souffle. »

*
*   *
─  « Premier couple,
qu’avez-vous fait de mon image ?
Ménage petit bourgeois,
Thébaïdes mutilantes,
Sodomes et Gomorrhes,
adoration et mépris du corps,
quel ange, quelle bête, quelle rage
se liguent contre l’esprit ! 


page 26

Le corps d’Abel, ton frère, que tu tuas,
où est-il ?
La tache macbéthienne
de son sang


─  « Absalom, Absalom, mon fils Absalom,
que ne suis-je mort à ta place,
Absalom, mon fils, mon fils ! »

─  « David, mon fils, je suis mort à ta place. »
─ « Adam, mon Homme,
qui étais perdu et qui es retrouvé ;
qui étais mort et qui vis maintenant,
tu peux vivre aujourd'hui. »






.
Août Saïderrr























page 27

LE  SEPTIÈME  JOUR

Midi

(le repos)


La terre
a ses secousses,
l’univers
ses soubresauts,
l’être humain ses laideurs,
ses révoltes, ses sursauts,
ses rancoeurs
sans rescousse.


Le repos
du monde, crois m’en,
réside en sa beauté.
Pourquoi n’avoir d’yeux
que pour le sordide
qui sourd, si je ne mens,
de cœurs
trop vieux,
vides
de toute paix ?


Nos corps et nos esprits,
redevables
des heureuses surprises
d’où sont sorties,
viables,
la terre, la vie, l’humanité,
et leur fécondité,
reposent,
(chacun dans sa propre attitude),
sur la solidité
des éléments et des régies,
qui nous donnent prise
sur les êtres qui éclosent,
pour notre gratitude 
et non voués au mépris.


Les enfants
ne sont pas des mirages.
page 28

Il faut garder espoir
qu’ils
relèvent leurs cils
sur des paysages
qui ne sont pas des dépotoirs
de maltraitances.
Leurs corps virevoltent,
mouvant
leurs cent mille têtes,
emplies d’espérances,
leurs cœurs palpitants
à cent mille volts.


Leur agitation
est notre re-création.
Que d’émoi, de désordre,
c’est le fruit grimpant
de la jeunesse
auquel nous voudrions
pouvoir encore mordre
avec adresse.
Chabbat toujours vert,
racine d’un plant
remontant,
repos
toujours offert,
nouveau.


Que de charme, que de cris,
que de paix, en dépit de tout,
dans ce midi
de la Création quotidienne.
Sud du Jardin d’Eden,
septième jour,
que de jour 
partout !  



Août Saïder






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LE  PREMIER  JOUR

L’après-midi

(lumière et ténèbres)


Nos paysages intérieurs
ont une lumière
qui est faite de souvenirs
de l’oreille.
De crissements de pas et de craquements
du plancher, de cris et de vagissements,
d’appels et de silences,
de tumultes, de réponses aussi et de souvenirs
de l’œil :
de regards, de sourires.

Nos paysages intérieurs ont aussi
leurs ténèbres.
La nuit des galeries, la pénombre des coupoles
ne sont pas telles
que la détresse du couple ou le cerveau de la folle.

Heureux l’humain qui tressaille avec tout son corps,
de nuit, dans le vent,
sur les rails, à la mine, dans les usines,
mais qui n’ont pas connu les ténèbres du cœur.

Heureux celles et ceux qui ont connu la nuit
dans les camps et les prisons,
mais que les ténèbres des camps
et des prisons
n’ont pas possédés. Heureux celui, celle,
qui est un être humain parce qu’il est
un être de lumière,
qu’il aime et souffre dans la lumière.
Si sa souffrance est plus grande,
du moins est-elle éclairée,
celle de l’animal
reste obscure.

Les saints ont-ils des ailes ?
Les anachorètes du désert ? Sont-ils
L U I des fous,
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les compagnons des chacals
et des marabouts ?
Les saints qui sont au désert
sur une seule jambe ! Nourris
de sauterelles,
des feuilles craquantes des insectes,
d’inoubliables instants,
où l’instinct de la mort est tenu en laisse,
tout comme celui de la secte.

Le chœur des anges,
quel accent joyeux il avait eu
dans la nuit de la Nativité, quel chant
triomphal il avait fait
entendre
aux oreilles d’Israël !
Et cependant,
quel changement, quelle faillite,
d’où vient que la nuit des saints
se soit, si vite, emplie de gémissements ?
Serait-ce qu’ils ne se nourrissent
pas
de fruits de lumière,
de bon melons, de concombres
juteux, comme Manès l’enseignait
à ses disciples assis
en rond ?

Obscurité favorable où,
derrière les volets clos,
le peintre empêchait
les rayons du soleil
de nuire
à la clarté intérieure qui l’illuminait.
Nuit du songe
où l’entier
édifice de la science
a été manifesté en pleine page.
Nuit du Mystère pascalien, nuit
de pleurs et de pleurs de joie
où tombaient les paroles du Christ.
Nuits propices
qui soutenez l’architecture
de l’esprit !

La lumière est une,
même sous les étoiles, 
seules les ténèbres sont légion.                                                               


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LE  SECOND  JOUR

Seconde partie de l’après-midi

(le ciel et l’eau)

Les baigneurs font des taches claires,
ils font des taches vives,
des éclats de couleur
dans la clameur et les éclaboussures.
Les plages sont des rubans d’or,
des branches de romarin,
pour le regard des marins
sur le bac des rameurs.
Les rames dans la main
font des éclairs d’argent,
des éclairs de lames,
au large,
au large du ruban des plages,
du ruban large
comme la main.
Nos barques font un tour en mer,
elles nous emmènent,
chacun son tour,
légères et berçantes comme des hamacs,
l’air est si doux
qu’on dirait de l’ouate,
une eau moite ruisselle sur nos corps
et les mouettes,
pour une fois,
se taisent,
devinant dans l’azur du mois d’août
le ciel et l’eau pêle-mêle.

Balbutiements du ciel et des eaux :
basaltes, Baalbek, les jardins Boboli
mise-en-scènes de Bobos abolis.
Sources des collines passant à travers les œillets.
Innombrables vaguelettes
baignant les pieds des arbres.
Et la mer, la mer marbrée,
la mer noire, marâtre, Mamara,



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prunelle oscillante et morcelée,
nappe de phosphore,
Bosphore et le port du Pirée.
Salamine
où s’engloutit la force perse
frappée par les dieux fulminants. Balbutiements
de colère et d’agonie,
le bruit de eaux élève
une voix confuse vers le ciel païen,
cris, plaintes, soupirs ou la voix des péans,
l’algue de la douleur, les plaies,
la lagune,
le sourire des goïms,
les goémons et les gémonies, ô flots
lavant les pleurs sur le visage de la terre,
du Delaware où s’ébattaient les diplodocus,
jusqu’à la Seine, à Picpus,
l’azur applaudit
aux rigoles où les fleuves
s’égaillent.

Le  bruit des eaux élève
une rumeur confuse vers le ciel
où elles retournent ;
le tonnerre secoue
sa crinière sur l’apathie des ilots,
les pieux isolés, les idoles
et le corps indolore d’Hypathie,
sur le sol de l’Afrique assassinée
par des mains pieuses.

Balbutiements muets des nuages, bulbes
lumineux, explosion de bulles  bleues,
ciel olympien
à travers quoi marche, comme un bolide,
le disque d’or.

Tente changeante de la vie
que Dieu déroule de sa main, froisse de ses doigts,
mais qui n’est pas sa demeure
qui ne le contient pas, et pourtant,
le ciel est dans le ciel,
est dans le cœur,
jusqu’au cœur de la terre,
arche invisible de l’Esprit
qui nous suit partout où nous allons.
Août Saïder




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LE  TROISIÈME  JOUR

Le soir

(la terre, les minéraux, les végétaux)


Le soleil s’est cassé la jambe
sur les tubulures des cycles jetés dans l’herbe
où les bleuets virent au cyclamen.
Il titube sur les guidons, les pédaliers,
quand le cycle des saisons ramène
deux à deux les vélos.
À chaque tour de jante
miroitent les rayons de lumière
et pirouettent les jambes accordées.

Le cœur à jeun
bondit jusque sous le bras,
nous avons dévoré la vie toute crue
et nous ne savons toujours pas
en quoi nous avons cru.
C’est déjà l’heure
du retour vers la terre.

Les slogans
rebondissent encore
dans l’air élastique,
mais la grande pastèque
mûre du jeune temps a éclaté.
Où sont les Marquises, les tropiques,
les Hedjaz, les Everest, les projets,
les nuits de jazz, les assises révolutionnaires,
les Afriques partenaires ?
Voici l’armoire et le buffet
dérisoires,
la cage à oiseaux,
la croisée des voisins,
la plainte larmoyante
et les loisirs
gâchés !
Où sont les bacchanales
où publier à pleine voix 
nos passions ?
Voici le bocal à poissons !

Au moins
l’éclat des minéraux a-t-il
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traversé nos têtes,
dispersant
les numéros innombrables de nos calculs.
Une présence solide
d’architecture,
de falaise, de dôme, de mosaïque,
nous sert d’adossement,
de chaise, de sol, de dossier,
pour aller plus avant.

Notre vie a pris quelque chose
du tranchant de la pierre,
sans en avoir l’eau,
des météores insolites
bousculent
les assises sur lesquelles nous avions bâti,
des amas d’espoirs rentrent
dans leurs coquilles de rocs.

Le soir
dépasse l’époque
des moissons,
il a un goût de jouissance et d’au-delà
quand on peut disperser les écorces
pour manger la noix.
Il est bon d’attendre qu’une nuit
refasse nos forces.

La grâce, c’est de savoir,
sans savoir,
accueillir au quotidien
un sommeil
et un réveil
auxquels on ne doit rien.


Août Saïder









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LE  QUATRIÈME  JOUR

Le nuit

(les luminaires)

Nuit, née
sous des rayons trop chauds
des tropiques du temps,
sous la semonce des orages,
présence féminine ensemencée
d’astres mâles, emblavure céleste
plus emplie de soleils que n’est le jour
et, pourtant, tout obscure !

J’entends,
comme un bruit qu’on étouffe,
le gémissement prolongé des Gémeaux
moulus
sous l’essieu du Zodiaque
sous les cieux semés à tout vent
d’une monnaie d’anémones.

Sous les yeux de la Vierge,
un cycle aphrodisiaque
écrase les concierges jumeaux
dans un ciel paganisant.
Leur regard agonisant jette, par chance,
un trait nouveau
au sein de la débâcle des luminaires
que l’écoulement des siècles tient en balance.

Pulsation de l’univers :
le soleil, éclipsant de son or inca
le clinquant
des autres astres,
comme un sol enflammé, se soulève
dans le ciel des astronautes.
Les premiers envols
rayent le ciel tendre,
les eaux détendues
font entendre
des voix bleutées.
Champs, ville, futaies
redeviennent eux-mêmes,
le poète profère
ses mots préférés. 




Août Saïder
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RONDE  ENFANTINE

Il ya des ballons dans le ciel
un rendez-vous
de ballons. Allons
chercher les ballons jaunes,
les ballons verts, les ballons de couleur
à l’heure d’opale où la lune se lève,
le ballon blanc de la lune,
halô pâle. Allons
à Lunaparc, aux arc-en-ciels,
au rendez-vous bleu,
au rendez-vous rouge,
au rendez-vous
vert,
vers ce grand bouquet du ciel.

Emballons nos habits,
il y a un rendez-vous dans la nuit,
un rendez-vous des enfants noirs, des enfants bruns, des
enfants jaunes,
des enfants rouges, des enfants blonds
qui tirent à pleines mains, les ficelles
emmêlées
des ballons jaunes,
des ballons verts, des ballons rouges,
des ballons bleus
qui bougent au gré de leurs jeux.

Août Saïder

.



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NOUVELLE  LÉGENDE  DE  SAINT  NICOLAS


Zéphir, Saphir et
Séraphin,
s’en allaient aux champs,
en vacances,
emportant leurs tartines et leurs
échasses.

Ils jouaient à cache-cache, au facteur,
au gendarme, à l’éléphant et les lézards
et leurs enfants,
qui s’en font
pour si peu, avaient très peur
qu’ils ne les chassent.

Eux qui auraient tant aimé
avoir un peu cde cervelle
pour apprendre la chanson
qu’ils chantaient : « Ils étaient trois petits enfants
qui s’en allaient glaner aux champs… »

Août Saïder



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VINCENNES

Il y a des canoteurs
sur le lac Daumesnil, des canards et de bon coins
dans les îles.

Un moteur qui s’emballe
sous la masse des arbres,
le lac qui bat comme un œil humide
baisse et relève
les cils de ses bois.

Tout le paysage vacille
dans le sillage des embarcations,
on voit des garçons et de filles
et des cheveux ébouriffés,
parfois des flon-flons parviennent
par bouffées, dans le lointain flou des sous-bois.

Le souffle du crépuscule fait courir
sur l’herbe l’ondulation expansive
des feuilles des arbres crépus,
en ombres minuscules, en nombre incalculable,
la Marne est noyée dans la profusion de ses rives.

Août Saïder





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L’ESTAQUE


Les barques et les oiseaux semblent gais
dans l’ai bariolé
du matin ?
à l’estacade de l’Estaque.

Tout paraît joyeux,
tout semble en l’air,
il semble que tout est plein,
qu’il est temps que l’on s’embarque
tous
et que l’on va s’en aller loin,
pour voir l’estocade
en pays Catalan, tant
les barques et les oiseaux
se ressemblent.

Les oiseaux sont des mouettes.

Ici où rien ne bouge dans un mouvement
perpétuel,
où tant de circuits
reviennent sur eux-mêmes,
c’est là qu’ils
se rassemblent
et l’air est léger, dans le port,
au bord des quais.


Août Saïder


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CHANTIERS  NAVALS  À  LA  CIOTAT


Les  rouages et les chaînes s’enfoncent
dans le bassin
tant et si bien que,
dans leur enfance rouge,
émergent les tankeurs.

L’eau fonce sous la coque,
au choc
du soleil qui frappe
les flancs du « MAORI ».

Ô mare, ô mer,
ô Maures maritimes,
flots chantés par Homère, accrochés aux côtes
de l’Europe,
jumelles du Jutland et de l’Armorique !

Le geste large des grues,
les eaux teintes, les amarres
que l’on jette,
le tintamarre :
les Chantiers ont fini
la « FINE  AMERICA »,
la voilà ! Elle prend la mer
dans le chant des chantiers
navals
à la Ciotat.


Août Saïder













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LA  CHAMBRE  D’ÉTÉ







Dans la bande des jeunes, voués,
cette saison,
au rose vif
tiré d’anciennes armoires,
nous glissions, barrés
de vert et de jaune,
sur des périssoires peintes
aux couleurs d’un apéritif.


Nous sommes entrés dans Royan
comme une armée pénètre
dans une ville conquise.
À midi, nous avons trouvé
sous les acacias
comme une Mairie de verdure
où le jacassement des convives
nous a mariés et remariés.

E L L E  et  L U I



Derrière les persiennes closes,
il y a tant de chose que l’on ose
dire
et faire siennes.
─Dis-moi ce que c’est :
Prendre le Pirée pour un homme ?
─ Ça vient, ma chérie, de ce que, chez les Grecs,
c’était un  dieu.


Et lorsqu’il est descendu du lit, debout,
cet après-midi bourdonnant,
il était bien comme un jeune Grec
abandonnant son piédestal d’un pas,
sans se tenir à rien.


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E L L E





Derrière les paupières closes,
il y a tant d’amour que l’on n’ose
dire
ni faire comme la dernière chose.


Dehors, l’océan ne cesse de remuer,
envoyant des coups de pieds
dans le rivage.


Quant à moi, je me sens
une patience unique
si je dois porter dans mon ventre
un enfant qui rue.


Puis, nous avons traversé les champs,
suivi la transhumance des dunes
tout ce qui doit être si minable
sans l’ophicléide du cœur humain.



Août Saïder


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SOUVENIRS  FANTASMÉS  DE  LA  PLAGE  DE PAMPELONNE



De passage à Saint Tropez, nous étions allés, mon épouse et moi, nous baigner à Pam­pelonne. La chaleur était accablante et nous nous étions installés à l’ombre non sans remarquer un jeune homme d’environ dix-huit ou vingt ans, en­dormi en plein soleil. Après nous être baignés, nous avons pique-niqué, puis nous nous sommes absentés pour une nouvelle baignade. Le baigneur était toujours là immobilisé, exactement dans la même position sous un soleil ardent.
La crainte qu’il ait pu succomber à une insolation me poussait à don­ner l’alerte. Je me suis confié à la personne qui loue des transatlantiques et des matelas. Sa réaction fut nette : « Je connais ces jeunes, ils font la fête toute la nuit et, ensuite, ils dorment sur la plage toute la journée ».
Elle avait raison. Ayant secoué le baigneur qui était comme statufié, celui-ci se réveilla brusquement, tout ahuri et mit quelques instants à re­trouver sa lucidité.
Cet incident m’avait beaucoup ému, d’où l’idée que, ce jeune homme, aurait pu être tiré de son profond assoupissement, non par les secousses de la plagiste, mais du fait même de la morsure du soleil, par un cauchemar où il s’était vu terrassé par une in­so­la­tion.











Souvenirs, souvenirs inventés,
souvent à venir,
souvenirs noirs, souvenirs clairs,
éclairs de souvenirs, souvenoirs.






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La nuit qui précède

Ils se sont tus comme si on les avait tués.

La phosphorescence de la nuit
les a jetés dans le sommeil.
Tous, dans la masure qui craque,
et partout plongés dans une même attente,
au bivouac,
sous les tentes ou dans les baraques.
Pas un hi-han, pas un cri de mouette,
rien que le hiement des soupentes
et l’oreille de la chouette en éveil.

La nuit les a fait taire pour un moment,
la mère
tenue par la soupe à cuire et les poissons à vider,
difficile à aider,
soupçonneuse
dans son amour ;
les frères et les sœurs,
lacés dans leur sommeil
comme des sandales de plage,
vides de rêveries, engagés dans leur être
exactement
ou, peut-être, l’un ou l’autre
rêvant.

Loin du père qui, roulant sa bosse au plus bas
de la carte,
regarde, du haut de sa cabine,
la vie de ses enfants du même œil  que la route :
ouverte et digne de confiance.
Je sais qu’il n’a cure
d’arriver au marché-gare
que pour être de retour,
qu’il balaie les arbres sur son passage,
jonchant le sol de larges zébrures,
à grands coups de phares.


Moi, je passe des nuits
de bringue
dans les boîtes
à danser, boire et draguer
pour me retrouver,
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nu, au bain de minuit.
Avec le jour,
un sommeil
sur lequel pèse
le plein soleil,
me terrasse, tel quel,
à côté de mes fringues
et je m’assoupis
sur l’arène, jusqu’à midi.

La tuerie du silence me blesse
avec son arme primitive,
comme un silex.
Pas un navire aux environs qui broute les flots
et beugle par intervalles.
Pas un aviron qui frappe l’eau de sa pelle aveugle.
Rien alentour pour atténuer le cri
qui, dans mon cauchemar, se forme
et monte
au milieu d’une gerbe d’appels.
Quelque chose d’éternel
est entré en moi.

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La plage

Couché dans ma flaque,
réveillé en sursaut
par un éblouissement,
la plage m’a tapé dans l’œil,
paravent bariolé,
couleur terre de Sienne,
qui se rabat sur moi,
comme un contrevent
qui claque.

Il y avait là les repas de famille
dans l’oasis des toiles à rayures,
- chacun la sienne- .
Heure où garçons et filles
se régalent, à part et sans paroles
alors que la smala s’entasse pour la sieste
à l’ombre chiche des parasols.
Heure des jeux et des bains
où, hébété par un sommeil inventé pour les autres,
pour toute patenôtre,
le manteau des cris et des courses
retombe sur moi.
























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La journée


Lourd d’émotions que je démêle
encore mal,
j’ai dû passer la journée entière
en butte à la vulgarité d’une parentèle
prodigue d’objurgations,
sourde à tout ce qui sort de l’ordinaire.
Il m’a fallu le courage
d’aller et de venir
sous l’œil perçant du cousinage,
marqué d’un signe indicible,
qui n’est déjà plus
que ma part de souvenir.

Je veux défier à la boxe,
corps à corps,
ce héros de forfaiture
qui se déhanche
lors des solstices et des équinoxes
et nous revêt, qu’on le veuille
ou pas, d’un justaucorps
couleur de terrres noires.
J’irai, ce soir,
sous les feuilles,
je le jure
par ma mère,
effacer mon hâle
en me frottant avec la poudre blanche
du sable
pour m’accorder à la couleur pâle
de la table,
sous la nappe
de ce dimanche.













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Le retour

Les ombres se sont allongées,
donnant le signal
de faire le compte des marmots
et du nombre
des pelles et des seaux.
Je resterai seul avec l’entrevue
de ma mort,
pauvre zygomard
que cette grosse chienne frisée
de Méditerranée
rapporte sur ses côtes
où le homard
se laisse capturer.

Ma jeunesse était comme un chemin,
j’avançais vers un point de l’horizon,
mais je vois bien que ma vie
est comme la cuvette domestique
qui n’a qu’un seul et même bord, d’où qu’on la regarde.
Mes pieds ne touchaient plus terre
et me voici retombé au milieu des casseroles,
le lumignon qui éclaire
mes paperoles
éveille un pâle reflet d’aluminium,
saurais-je
leur confier ce qui m’assiège ?

J’ai dû rôder
entre chien et loup,
semblable à ces animaux qu’on tient en respect loin du camp.
Je suis voué au secret du coup
que j’ai reçu,
mais c’est quand même plus beau
que de voir,
dans le jour pâlissant,
la tribu
des badauds,
former une palissade curieuse autour de mon corps.

Après que la nuit a laissé tomber sur nous son paletot,
jusqu’à l’heure où passe en clignotant
le courrier des Antilles,
les lentilles,
qui roulent sur la prunelle du phare,
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tenaient les paquebots
à distance
et me laissaient découvrir
ma chance.                                                                                



Août Saïder

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POÉMATIQUE

Du fait que je ne sépare plus entièrement la prose et la poésie, je préfère le terme de « poématique » pour la réflexion sur l’art de la création littéraire. Je réserve le mot de « poétique », comme substantif, pour la réflexion sur la poésie au sens strict, dans son opposition à la prose.

         Les artistes sont impropres à théoriser leur art, ils manquent de recul, leurs théorisations sont, le plus souvent, des justifications à postériori, par­fois d’inhabiles apologétiques. Ils sont trop créateurs pour pouvoir s’obser­ver dans leur créativité. Celle-ci a besoin de nuit, de retraite, de solitude, sinon, c’est du cabotinage. Dans les lignes qui suivent, je rassemble, sans prétention didactique, à la fois des remarques sur ce que j’ai écrit et des analyse à postériori de mon geste créatif.

La versification libre ne s’oppose pas au classique comme ce qui serait mo­derne. On peut parler d’un classicisme du vers libre, pourtant, je préférerais parler de « mètre irrégulier » plutôt que de vers libre.

Les assonances remontent à l’origine des rimes, ce sont des rimes prises à la source. L’usage des assonances n’implique pas le refus de la rime. Au contraire, rimes et assonances, en diverses proportions, parti­cipent au rythme. Les assonances, les rimes, mais aussi les allitérations, les redou­ble­ments, les répétitions, les parallélismes, se balancent.
Contrairement à la rime, l’assonance n’est pas assignée à la fin d’un vers, diverses assonances croisées peuvent moduler plusieurs phrases poé­tiques successives (« Sym-b-oles, tim-b-ales, b-anques / c- ym-b- ales,  sal- tim-b-anques …» ; « Et des voiles sur le lac / les senteurs de la rue / la rumeur des étoiles / et toi, et toi, et toi », où rimes et assonances se partagent les éléments rythmiques).
Il ne faut pas abuser des assonances (« Le valet voleur qui volait des vélos », Charles Trenet ; la phrase me semble déjà meilleure si l’on remplace « valet voleur qui volait », par « valet volant qui volait »). Rem­pla­cer une asso­nance facile par un mot qui l’évoque sans la dire (une assonance sémantique), crée un effet d’appro­fon­dis­sement (non pas « le bruant bruyant », mais le « bruant tapageur », le mot « tapageur » évoque ce qui est « bruyant »). De même : « Cet aïeul du squelette des oiseaux / plus alerte que les vents chanteurs / les frais vents matinaux », de préfé­rence à « Squelette des oiseaux chanteurs / plus alerte que les ents matinaux ». Dans la prose, on peut associer la « soierie » à la « soirée », mais il est

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plus poétique de séparer, par le sens, ces deux mots assonants : « la soierie du ciel, ouvre la soirée ».
Dans l’assonance, le rôle de la vocalisation est primordial.
La voyelle « a » est la plus éclatante. Il arrive que l’ensemble d’un vers ou d’un groupe de vers soit formé de syllabes assourdies en « an », « en », « in », « on », « un », la présence d’une syllabe en « a » redonne de la couleur. Il ne suffit pas d’un « a » qui passe inaperçu, comme le verbe « avoir » aux deuxième et troisième personnes du présent de l’indicatif ou le « a » de « basse », « habit », « las », mais d’un « a » qui se trouve être mis en valeur dans le mot même qui le porte : « regard », « catalpa », « paravent », « ac­ca­pare », « bataclan ».
Par la force des choses, le son « é » se rencontre trop souvent en français, ce son banalisé affaiblit les sonorités, il faut essayer d’en réduire la fréquence. Je ne dirai pas la même chose des sons « è » ou « ê ». Le « e » muet n’est plus prononcé, comme, au besoin, dans la versification classique (« Ma mère Jézabel, à mes yeux s’est montrée / Comme au jour de sa mort pompeusement parée », Jean Racine, Athalie). Comme dans la prose, il n’est guère plus qu’une apostrophe, devant un mot qui commence par une voyelle ; devant une consonne, il crée une légère suspension.
Le « i » a quelque chose d’acide ou d’astringent qui atténue son éclat. Il est mouillé dans les diphtongues (« ia », « ie », « io », « iu »), avec un « l » redoublé ou un « h » (« godille », « gentilhomme »), il s’allonge quand un « e » s’intercale (« meilleur », « abeille »).  La prononciation de l’ « y » ne diffère pas de celle de l’ « i », bien qu’il renvoie à l’upsilon grec. Il marque sa différence sur le plan sémantique où il désigne de lieu (« y « être »). Avec le « a » ou le « o », le « i » forme une consonne claire (« air », « miroir ») qui peut s’assourdir en s’allongeant par l’ajout d’un accent circonflexe (reste d’un « s » : « aîtres », « maître », paraître »).
Le « o » bref (« bol », « code », « col », « colle », « dol », « folle », « lobby », « molle », « noble », « robe », « sobre », « sol », etc.) est aussi lumineux (« crocodile », « cocorico », « colo­quinte »), mais leur éclat est moindre que celui du « a ». Les « ô » longs (« allô », « beau », « camelot », « dos », « eau », « falot », « halo », « lot », « Rhône », « sot », etc.) sont assourdis. Les mot commençant par « oe » se prononcent en principe « é » (« oedipien », une brève), devant une consonne ; avec une voyelle, il se prononce « eu » et forme une diphtongue mouillée : « œil ». Rappelons-nous que le « ─on » correspond à un ancien génitif français (Guy, guiton, Gasq, gascon).
Les « u » sont, en général, brefs (« dur », « hurlu­berlu », « mur », et même « mûre », « pur », « sûr », etc.) ; les « ou » qui se prolongent (« amour », « toujours »)  donnent des sonorités étouffées. L’effet des sons
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sourds s’avère nécessaire pour la modulation (comme on le voit dans ces mots mêmes que je viens d’écrire « des sons sourds » où, dans deux mots de sonorité voisine, se suivent et se pondèrent le clair et l’obscur. Les mots (souvent longs) en « ent », en « ion » ne sont pas beaux, pourtant j’ai souvent usé des adverbes en « ment » qui renforcent le dire, mais c’est peut-être dommage.
Les consonnes sont regroupées selon leurs sonorités en occlusives, constrictives ou fricatrices, affriquées, nasales, latérales et vibrantes ; ou, du point de vue de l’organe qui les forme, en labiales, dentales, alvéolaires, palatales, vélaires, uvulaires, pharyngales et glottales. C’est tout dire. Le choix des mots où elles se trouvent permet d’obtenir toutes sortes d’effets excellents pour le verbe (« Qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes », Jean Racine, Phèdre). La graphie des mots, elle aussi, joue un rôle non négligeable dans l’évocation poét­i­que : « Si on enlevait le « o » à paon, je ne le verrais plus faire la roue », disait Leconte de Lisle.

Le rythme peut être défini par la mesure du souffle humain (le « verset » claudélien), mais cette façon de faire reste assez individuelle. Pour ma part, j’observe que le rythme s’obtient par la mise en œuvre de différentes possi­bi­li­tés : les sons (comme vu précédemment), la coupure des mètres, la ponctuation.
Obtenu par la coupure irrégulière des mètres, le rythme provient de ce que le mot qui termine la ligne, tout comme celui qui commence la ligne suivante, est mis en valeur, accentué, souligné. La ponctuation (qui con­serve surtout un rôle dans la logique du discours, pour le sens) ne permet pas cela. En créant du rythme, la coupure sauvage rompt la suite gram­maticale, mais non la logique. Tout comme le hiatus, la parenthèse, l’inver­sion, l’enjambement. Cocteau usait de la rupture des phrases en poésie (voir Anges), dans ses Calligrammes, Apollinaire justifiait la syncope par l’effet visuel obtenu.
Le décrochement (en italiques) avec la mise en surplomb qui le précède (en soulignement), sont propres à la transmission de l’émotion qu’ex­priment les mots (quand deux décrochements se suivent, le premier est, en même temps, mis en surplomb –italiques soulignés-) :

Et je murmure en moulant
et je mouds
en marmonnant,
(est-ce bien une action ?), je fais un métier
de gâcheur,
je mouds des chansons, il n’y a plus
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de chansons et je me grise
de prières,
il n’y a plus que des obscénités et cette poésie
de klaxon,
comme un ivrogne qui s’extériorise.                                           (p. 6)

Le rythme peut être large et calme, chantant, mais aussi haletant, voire cahoteux (mais pas chaotique).
La parenthèse ne fait pas double emploi avec la virgule ou le point-virgule, elle connote un aparté néanmoins essentiel et, finalement, mis en exergue : « Heureux deux amis qui s’aiment assez pour (savoir) se taire ensemble », Charles Péguy, Victor-Marie comte Hu­go).
Le rythme poétique doit être sensible dés la lecture, il est cependant fait pour être dit à voix haute. Pour cela, il ne faut pas abuser des coupures sauvages, éviter un rythme suffo­cant (sauf au cas, sans doute unique, où l’on voudrait produire spécialement cet effet).
Sans parler de La Fontaine, Victor Hugo brise le vers classique (en particulier dans son théâtre), tout en conservant le cadre formel de l’alex­an­drin, ainsi, dans ces vers de « Plein ciel » où, outre la rime, je relève une série d’assonances : 
                                                              « Il est vivant,
Il va, descend, remonte ; il fait ce qu’il veut faire ;
Il approche, il prend forme, il vient, c’est une sphère. »

En mètres irréguliers nous obtenons ceci :

Il est vivant,
il va,
descend,
remonte ;
il fait ce qu’il veut
faire ;
il approche, il prend
forme, il vient,
c’est une sphère.

Et en prose (poétique) : Il est vivant, il va, descend, remonte ; il fait ce qu’il veut faire ; il approche, il prend forme, il vient, c’est une sphère.



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Dans la citation qui suit, les assonances et les rimes sont marquées par diverses typographies, les chiffres entre parenthèse indiquent le nombre de syllabes :

:
« Symboles, (1)
timbales,  (1)
magasins, musées, banques (7)
cymbales (1)
à la une des magazines, (7)
s’amusaient des saltimbanques, (7)
voici Jason (4), portant sa toison d’or (6), = 10
mais c’est d’oiseaux (4) bien autrement jaseurs (6), = 10
sous le regard (4) des réverbères ahuris (8 : 2x4) = 12
que je parle (3)
et de bien autre laine (6),
aussi (2),
ce beau profil de Seine (6)
à Paris. » (3)                                                                  ( p. 21)

Que d’émoi, de désordre, (6)
c’est le fruit grimpant (6)
de la jeunesse (4)
auquel nous voudrions (6)
pouvoir encore mordre (6)
 avec adresse. (4)                                                             
                                                                                               (p. 54)

À côté du rythme syncopé, dû au mètre irrégulier, les oreilles fran­çaises peuvent aussi retrouver des rythmes con­nus (en particulier ceux de trois et de quatre pieds qui sont à la base de l’alexandrin). Le poème conserve une forme architecturale, mais sans obligation de symétries. La poésie française moderne n’est pas une table rase du passé, elle relève des héritages classique, romantique, parnassien, symboliste, surréaliste.

Les assonances et les rythmes, harmonisés avec la ponctuation, ser­vent à transmettre une émotion tout en restant au service d’une pensée ex­pli­cite au service d’un discours accessible à tous, contrairement à la poé­sie abstraite.

Le bonheur poétique vient de l’inspiration qui forme des assem­blages de sons, de rythmes, d’images, de pensée. Elle nous fait don d’un 


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rythme qui chante en nous et du travail sur les mots ordonnés à la fois sur le plan de l’expression d’une pensée que sur ceux des sonoriés et des rythmes. L’accord construit de la forme et du fond est, ici, plutôt le don d’une harmonie. 




Le vers libre ne doit pas nous conduire à mépriser la règle d'une alternance entre sonorités féminines et sonorités masculines. Des poèmes qui ne comporteraient que de assonances ou des rimes masculines ou, à l'inverse, féminines, ne seraient que des plâtras. 

Du fait que je ne sépare pas entièrement la prose et la poésie, j’opte pour une poésie qui a du sens. Il est difficile de répondre à la question : Qu’est-ce qui est donné en premier ? Le rythme, le son, le sens ? Il me semble qu’on ne peut pas les séparer. La signification est une coloration donnée au courant poétique fait de sonorités et d’un rythme. Des sonorités et des rythmes sans aucun sens, la poésie pure (ou abstraite) peut, certes, être hautement appréciable, mais l’existence d’un contenu de pensée rat­tache le poème à notre condition : nous sommes (et nous nous sommes) dotés de moyens de communication, mais nous sommes surtout doués de langage.



Août Saïder




















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TABLE  DES  MATI ÈRES

Palais des beaux arts, p. 3
Meunier, tu dors, p. 4
Le Réveil des oracles, p. 7
De defectu fidei, p. 8
Le Patriarche récent, p. 10
L’Invention du pendule, p. 12
L’Abeille et la vitre, p. 13
Obsessions, p. 15
Paris, p. 16
Mélanges d’histoire ancienne, p. 17
Dernières impressions sur le Déluge, p. 18
Académie des Inscriptions, p. 19
Le Ciel et la terre, p. 20
─ le cinquième jour, le lever du jour (les animaux),  p. 21
─ le sixième jour, la matinée (création de l’être humain), p. 24
─ le septième jour, midi (le repos), p. 27
─ le premier jour, l’après-midi (la lumière et les ténèbres), p. 29
─ le second jour, la seconde partie de l’après-midi (le ciel et les eaux), p. 31
─ le troisième jour, le soir (la terre, les minéraux, les végétaux), p. 33
─ le quatrième jour, la nuit (les luminaires), p. 35

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Ronde enfantine, p. 36
La Nouvelle légende de Saint Nicolas, p. 37
Vincennes, p. 38
L’Estaque, p. 39
Chantiers navals à la Ciotat, p. 40
La Chambre de l’été, p. 41
Souvenirs fantasmés de la plage de Pampelonne, p. 43
─ la nuit qui précède, p. 44
─ un cauchemar d’insolation, p. 46
─ la plage, p. 47
─ la journée, p. 48
─ le retour, p. 49

POÉMATIQUE, p. 51

Table des matières p. 57




     Du même auteur : « La Représentation de Dorothée Sölle, Revue d’histoire et de philosophie religieuse, Strasbourg, 66ème année, 1986, n° 2 et 3 ;
Entendre la Parole. Le témoignage intérieur du Saint Esprit, Paris, Édi­tions du Cerf, 2003,
« Vous serez mes témoins ». Pour un temps de confusion et de mutations, Paris, Éditions du Cerf, 2009.

autres blogs :

cevenneproche.blogspot.com (dessins);
alpestivale. blogspot.com (dessins) ;
sartresansechec.blogspot.com (philosophie) ;
vous-serez-temoins.blogspot.com (théologie) ;
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biblentoutemps.blogspot.com (mé­ditations) ;
tradition-ou-parole.blogspot.com (religions) ;
poesie-parole (poésie) ;
existence-et-sens (essai) ;
public-gruber (publications de l’auteur).


































































































































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