mardi 21 mai 2013

Sveltes poèmes, premier fascicule


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vous pouvez le copier , tout ou partie, signé Jacques Gruber

uniquement pour votre usage personnel




Jacques Gruber






SVELTES
POÈMES

premier fascicule


Ψ  poétique, spirituel, intellectuel  Ψ



à l'heure d'internet











page 1


LISTE des RECUEILS que j'ai publiés sur Internet :

Un Signe dans la Vie
Le Matin vient déjà
Sveltes poèmes
Une existence poétique actuelle
(deux fascicules)
ÉTOILES sur un fond noir
Mes Théâtres
Les Bons sentiments
Retour sur images



Jacques Gruber, l'un des principaux poètes français méconnus d'au­jourd'hui. J'autorise toute personne bien intentionnée à pu­blier mes poèmes, sous réserve qu'elle n'y introduise ni retouche ni chan­gement et à condition qu'elle mentionne mon nom pour cha­cun d'eux.

Jacques Gruber, 94450 Limeil-Brévannes, le 25 janvier 2016

Jacques Gruber, one of the main french unknown poets of to day. I authorise any well intentioned person to publish my poems, without any alteration or change and under the stipulation that they mention my name for each of them.
Jacques Gruber, 94450 Limeil-Brévannes, France.




LISTE des textes

premier fascicule :
Pourquoi ce titre ?,  p. 3
Où allons-nous ?, p. 4
Quand on naît, p. 6
« Bon voyage, Monsieur Dumollet », p. 8
Poésie à vivre, p. 9
Migrants, p. 11
Asia Bibi, p. 12
Asia Bibi, bis, p. 14
Distribution des prix, p. 15
Diadèmes et couronnes, p. 16
J’ai eu une vision, p. 17
Le passé présent, p. 19
Nativité 2011, p. 21
Europe, p. 23
O when the saints…, p. 25
Allégorie assisienne, p. 27
A la manière de Raymond Devos, p. 29
Compter les étoiles, p. 31
Les forêts de bouleaux, p. 33
La mémoire des déportés, p. 36
deuxième fascicule :
Notre Destin, p. 37
Fascination, p. 39
Bien compté, p. 41
Le rêveur impénitent, p. 43
Jeux de mots, p. ­45
Pochade, p. 47
Réponse (posthume) à Jacques Prévert, p. 48
Désenchantements, p. 49
Que signifie, p. 51
Hommage, p. 52
 « Le soupir de la création », p. 53
Que fait là, l’arbre ?, p. 55
À visage découvert, p. 57
Les six âges de la vie, p. 59
Le silence des sphères, p. 61
L’Accueil, p. 65
Nous ne nous résignerons pas, p. 66
La Nef des fous, p. 68
Aveux, p. 71
Le mur de papier peint, p. 77
Le jet d’eau, p. 79
La partie de football, p. 81
N’écoute pas ce que dit le pasteur, p. 83
La ballade des photos, p. 85
Rien que des impressions, p. 87
Glaciations, p. 88
La Pivoine, p. 90
Jeux sur rimes et assonances, p. 91
La lumière qui naît de la nuit, p. 92
troisième fascicule :
Le Puisatier, p. 93
Mythologie personnelle (le temps et le vent), p. 96
Noces d’or,  p. 100
La chasse est ouverte, p. 102
La nature, nous et l’œuvre d’art (le divorce de l’art et de la beauté), p. 105
Si c’était vrai, p. 107
En toute décence, p 110
Affaire de régime, régimes d’affaires p. 112
Rêver vrai, p. 114
Les yeux bleus, p. 116
Excusez-moi, p. 118
La camp de l’Hospitalet, p. 123
Semaine sainte 2013, p. 125
Convalescence et rétablissement, p. 131
Syrie 2013, p. 134
Sur un quatrain de Khayyâm, p. 135
Mots, que de maux, p. 136















page 3




Pourquoi ce titre ?




Le parti
d’écrire
des vers libres
centrés
a pour effet
  d’inscrire,
au cépage
de chaque strophe,
une ligne anthropomorphe
à la façon
dont les calligrammes
d’Apollinaire,
apposaient le poinçon
d’engrammes
hors de l’ordinaire
sur ses pages.






Jacques Gruber









page 4







Où allons-nous ?


Sveltes poèmes
conservent
leur jeunesse.


Sveltes, mais non légers,
ils ne servent
pas notre paresse.


 Sveltes et exercés,
ils desservent
toute destination
avec force et adresse.


Sveltes et proportionnés,
ils observent
une règle de justesse.


Sveltes et prochains,
ils réservent
beaucoup de tendresse.


Sveltes et prompts,
ils préservent
de toute vieillesse.


Sveltes, mais chargés de sens,
page 5

leur verve
tient ses promesses.

Sveltes et souples
ils vont seuls ou par couples.

Jacques Gruber

décembre 2010

































page 6

Quand on naît


Quand on naît,
on ne sait
ce qui nous arrive,
et cela peut durer
toute la vie.

C’est pourquoi,
devant leur dérive,
les nourrissons
ne sont pas sages
et nous dérangent.
 Ils protestent
à pleine voix,
usant du même langage
quelle que soit leur nation,
c’est leur Geste
à travers les langes,
depuis l’aube des âges.


J’eus aimé
produire l’effet
d’un ego épiphanique :
Everest indigo
sur fond de cendres ;
j’eus aimé
avoir l’aplomb du séquoia d’Amérique,
l’être-là de la salamandre
de Chine,
dans son eau glaciale.


J’aurais rêvé
d’être conçu sur le modèle
du serpent de nuit
dont la pupille est verticale,
ou de la machine
qui tourne sur elle
 sans fatigue apparente.
page 7

J’eus souhaité
recevoir un nom tel que Belphégor,
oiseau de paradis,
mante religieuse,
plante médicinale,
cheval vapeur,
bouche d’or,
pierre de touche,
Jean sans peur.


J’aurais souhaité
posséder l’allure
du Toucan
muni d’un bec
en embout ;
donner l’impression
du chant,
des roseaux,
semblable au bruit de la miche 
que l’on rompt ;
prendre l’aspect
 du  panda (noir et blanc
comme l’Amish)
dans son bambou
d’altitude,
en hiver.


J’eus, j’aurais,
souhaité l’attitude
univers.


Jacques Gruber
avril 2011






page 8


« Bon voyage, Monsieur Dumollet »

-sous le signe d’Alberto Giacometti-


Où a-t-il perdu ses mollets,
l’homme qui s’adonne
à la marche à pied ?

Sans ses mollets, 
pourra-t-il aller 
au-delà des son marchepied ?

Est-ce par avarice
ou suite à des varices ?

Il lui faudra un strapontin
s’il entreprend un voyage transpontin.

Et de quel œil verrait-il la beauté
si, par cas, on lui aplatissait l’âme
à coups de marteau,
qu’il lui vienne un visage en lame de couteau,
et qu’il soit borgne des deux côtés ?

Il cherche sa respiration,
il n’a pas eu sa ration.

Je crois plutôt qu’il sort
d’un camp de la mort.

Mais : où il va ?
Qui dira ?
Ça ?


Jacques Gruber

décembre 2011


page 9



Poésie à vivre



Les anémones aux aguets
précèdent
les jacinthes violettes,
puis le muguet cède
aux vertes fougères,
près de chez moi,
dans l’enceinte
saisonnière
des bois.



Les mêmes cycles,
qui nous ramènent le tapis
des anémones
sans feinte
et les bicyclettes,
seront suivis
de la jacinthe
en personne.
Nous offrirons les clochettes
du muguet 
empoisonné
avec des éloges
bien politiques.
Quand,
renaissant
de ses vestiges,
par paquets,
la fougère dressera
ses tiges,
elle ménagera
de vraies loges
pour nos pique-niques.


page 10

Ailleurs, l’ironie
veut
qu’aux stades
des rois et des sultans
qui font insulte au temps,
l’utopie,
qui s’en moque,
pour si peu,
boucle les cyclades
de nos époques,
mais ne vaut pas mieux.




Ainsi, les jours s’ajoutent aux jours
chaque fois que les stores
de nos paupières
se relèvent.
Mais qui donc nous restaure,
dans la lumière
de retour
qui se lève ?


Jacques Gruber
25 mai 2011



page 11
Migrants

Ceux qui naissent
avec une cuillère
en plastique
dans la bouche
connaissent
une éthique
de misère
tant le sort les douche.


Femmes, hommes, enfants,
ornements
et intelligence
du monde,
ils se sont embarqués,
à la seconde,
pour l’eldorado,
emplis d’un espoir sans exigence,
entassés
dans des rafiots.


Pour tout lot de science,
ils savaient
leurs cigarettes
sur le bout
des doigts ;
pillés
par les passeurs sans conscience,
ils avaient
leurs silhouettes
de contre-emploi.

Mais ils se tenaient
debout.

Et ils n’en ont pas terminé.

Jacques Gruber

pour les réfugiés de Lampedusa au printemps 2011
page 12
ASIA BIBI

Au Village d’Ittan Wali, dans le Penjab, il y avait sur la margelle du puits, un gobelet à l’aide duquel les travailleuses, tour à tour, venaient se désaltérer. Après qu’Asia, jeune épouse et mère habitant ce village, a bu, ses com­pagnes l’ont accusée de souiller le gobelet pour la raison qu’elle est chré­tienne. Elle a répondu : « Le Pro­phète n’a pas dit ça ». C’était le 14 juin 2009.
Ces seuls mots lui valent d’être con­damnée à mort pour blasphème. Elle croupit en prison, privée de la clarté du jour, sans sanitaires, sans soins, dans l’attente d’un hypothétique procès en seconde instance.
Anne-Isabelle Tollet a publié son témoignage dans le livre intitulé « Blasphème », histoire d’Asia Bibi, aux éditions Oh.
J’ai reçu un poème qui lui est dédié. Je vous le transmets afin que nous n’oubliions pas cette sœur dans la foi ni son témoignage. A la suite, vous trouverez un texte de lettre en sa faveur à adresser à M. le Président de la République du Pakistan.



Asia Bibi

Asia, ton prénom est
aussi vaste qu’un continent
et ton nom : Bibi,
c’est ton intimité,
ton présent,
sans alibi.

Asia,
comme le cinquième de la planète,
et bibi,
comme soi-même :
pour avoir dit 
le mot de « Prophète »,
où est le blasphème ?

À cause de cela,
tu gis sur un lit d’immondices,
dans la puanteur
d’un trou sans interstice
dans l’attente d’être pendue
alors que tu es portée par les médias,
maintenue
par le flot des prières qui monte
des cinq parties du monde.
page 13
Toi dont le nom convoque
à la fois notre planète
et le plus propre de chacun de nous-mêmes,
où est le blasphème
à évoquer le Prophète 
à notre époque ?

On t’a tout pris
pour un gobelet
d’eau :
époux, enfants, abri,
pour te jeter
dans le corridor
d’un cachot,
infect, infertile,
quand aux yeux de tous
tu as déjà rejoint,
au-delà de la mort,
mieux qu’un paradis,
la nuée des témoins
de ton Évangile.

Simple croyante au Pays des pures,
l’épreuve, qui emprunte
l’eau-forte de la vindicte vive
montant d’un fond de misères,
grave sur le cuivre vivant de ta peau
l’empreinte
de l’espoir en notre planète
sans lisières,
mais addictive
à tant de fléaux.

Qui es-tu pour faire injure,
alors que le Prophète
lui-même
n’a crainte
d’aucun blasphème.

Jacques Gruber
11 juin 2011


page 14

Asia Bibi bis

Elle porte sur son sein
la croix du Nazaréen.

Elle apporte aux siens
l’amour du Nazaréen.

Elle est le témoin,
traité comme un rebut,
pris pour servir d’agios.
Elle supporte
la marque du Nazaréen
tracée à salut
sur notre porte,
avec le sang de l’Agneau.

Qui est-elle, sinon le signe présent
du Nazaréen vivant.

Jacques Gruber

20 juin 2011





page 15



Distribution des prix

Étoiles du ciel,
médailles des oubliés,
vous brillez sur nos fronts.

Feuilles et fleurs,
décorations des sans-grades
plantez-vous dans nos chevelures.

Papillons et libellules,
illustrations pour des insectes
que nous sommes,
venez vous poser
sur nos poitrines.

Rubans bleus de nos rivières,
qui sont aussi verts
et même jaunes,
distinctions des sans-mérites,
accrochez vos reflets
 à nos boutonnières.

Jacques Gruber

11 / 11 / 11, onze heures












page 16
Diadèmes et Couronnes



Ceints de leurs diadèmes,
nos Césars
fanfaronnent.
Pour moi,
quand je passerai du Marché
au Monde,
sans devenir jamais roi,
je recevrai ma vie,
(serait-elle de bohème)
comme une couronne.

C’est pourquoi :
je ne serai consolé
si tous ne sont pas consolés ;

je ne serai guéri
si tous ne sont pas guéris ;

je ne serai apaisé
si tous ne sont pas en paix ;

je ne serai compris
si tous et cetera
 ne sont pas réunis ;

je ne serai pas sauvé
tant que restera
un seul paumé.

Jacques Gruber

3 décembre 2011







page 17

J’AI   EU  UNE   VISION

pour nos amis africains

Beau pays d’Afrique
où le Nord et le Sud s’accordent
au rythme des tambours
et du vuvuzela.


Pays bien-aimé
où l’homme et la femme,
l’orphelin
et la veuve,
le village, la ville et le fleuve,
l’épouse et l’ancien,
vivent dans le respect
comme l’homme et l’animal,
les humains et les plantes.


Continent
qui te caches
entre les larges bras
de tes océans,
hors des eaux glauques ;
terre que l’on voudrait joyeuse,
ta robe de magnificat
englobe dans ton armorial
le moonwalk
du Sifaka
malgache
tout autant
que la traîne soyeuse
du colobe équatorial.



Tes forêts aux puissantes odeurs,
sont emplies de l’écho
des tam-tams,
ton désert aux multiples décors
page 18

rayonne d’énergie,
et ton sol qui résonne
sous les talons des danseurs
ou du piétinement des troupeaux
contient des trésors
qui donnent de l’allergie
aux hippopotames.


Sombre pays de Cham
au sourire éclatant,
établi
sur une parole
non mensongère ;
loin de tes enchanteurs,
au charme envoûtant,
tes filles et tes fils
chantent tes senteurs,
non plus au son
de la kalachnikov
mais accompagnés
du balafon
et du djembé.


Jacques Gruber

décembre 2011














page 19


Le   passé   présent


Les commencements,
la Création, la Libération
 la Nativité
n’ont lieu qu’une seule fois.


Le buisson ardent,
le baptême au Jourdain,
ne reviendront pas.


La Pâque d’Égypte
et celle de la chambre haute
sont du passé.


Mais ce sont des passés solides
on peut s’appuyer sur eux
pour avancer.


D’autres passés
sont révolus
et nous les portons à bout de bras.



Il y en a
qui donnent des ailes
et des traditions qui nous coupent
les jambes.
Fais attention
à toi !
Laisse au vestiaire
de l’histoire
ton internet,
aussi dérisoire
qu’un bestiaire.
page 20



Il est des discours
par centaines,
tant que Démosthène
en avale ses cailloux,
alors qu’un seul Écrit
relève nos genoux.


Le passé présent
de la Parole
est l’arche universicole
qui assure
notre marche.

Jacques Gruber

décembre 2011



page 21



NATIVITÉ 2011
Ésaïe 40, 4 ;Marc 1, 3


Chemin de la justice,
je te cherche.
Je ne vois que des montagnes
qui creusent de profondes vallées
et des vallées que surplombent
d’orgueilleuses montagnes.
Éternelle vérité
de la raison.


Au sommet de la montagne,
on cherche un dieu,
mais on trouve des milliardaires ;
au fond de la vallée,
on espère un cours d’eau,
et c’est une procession d’esclaves.
pitoyable et impitoyable vérité
historique.


Qui abaissera la montagne
et exhaussera la vallée ?
Qui nous créera le chemin uni de la justice ?
« En vérité, en vérité,
je vous le dis » :
ce que ni les montagnes ni les vallées ne peuvent,
le Seigneur l’a fait.


Il s’est vidé
de toute suffisance,
il s’est mis à l’école
de l’obéissance,
tel un serviteur.
Il a ramené le cœur des pères vers les enfants
et l’amour des enfants vers leurs parents.
page 22


Il a effacé notre erreur
sans faire de nous des obligés,
mais dans une gratitude

défiant toute échelle.
Il va permettre que vivent en plénitude,
le lion et le chevreau.
Réalité
toujours actuelle
de la Parole.

Jacques Gruber

25 décembre 2011



























page 23


EUROPE




Méfie-toi des taureaux,
surtout s’ils sont
beaux,
vêtus d’une tenue blanche.
Méfie-toi de bureaux,
surtout si ce sont des agences
de notation.




Bon et bel objet de prestance,
dénué de valeur,
sinon celle qu’on lui donne,
les voleurs,
 tel Zeus-la Finance,
te rançonnent.





Devenue Mère,
avant même d’exister
(malgré le recours
au forceps de la Dette),
tu es déjà sans appas.
Tes nombreux enfants,
devenus grands,
préfèrent
mordre
à d’autres appâts,
quitte au désordre.



page 24

Ne te laisses pas emporter
une fois de plus
par un dieu
pris de jalousie
en un lieu
qui lui a plu,
vers une pérennité 
que tu n’auras pas choisie.


Jacques Gruber

sommet européen de Bruxelles, décembre 2011





























page 25

O when the saints …



Les dieux sont passés,
vois tomber les étoiles
de l’art, du sport, de la politique,
des religions.
Aujourd'hui, les saints
vont en prison.



Les cieux sont passés,
il n’y a plus de saisons.
Ce n’est pas la lune, mais notre terre
qui se change en sang.
En ces temps,
les saints ne sont plus portés
en procession,
mais sur des civières.



Les héros sont passés,
ne regarde pas le soleil,
c’est un bellâtre froid, d’hiver.
Il éblouit, nous écœure
et provoque des accidents.
En cette heure
les saints sont pareils
à des passants
du RER.



Les saintes auréolées
hantent les églises-musées.
Saints et saintes catalogués
ont droit au calendrier.
Or, les étoiles tombent des nues,
la terre baigne dans le sang,
page 26

le soleil bout.
Et pourtant,
les saints se tiennent
debout,
les mains nues,
quoi qu’il advienne.


Ils ne sont pas là,
par hasard
pour qui sait
porter le regard
dans l’au-delà
(de ses préjugés).

Jacques Gruber

14 décembre 2011
























page 27


Allégorie assisienne



Nous croyons que les fleurs
nous suivent du regard,
mais elles cherchent la lumière ;
nous imaginons qu’elles se complaisent avec nous 
alors qu’elles pompent le sol et l’air ;
nous pensons qu’elles embaument
notre atmosphère
quand elles s’épanouissent
en vue d’être fécondées,
nous comptons les profits
que nous tirerons de leur culture
et elles satisfont leur appétit
de notre sépulture.



Parce que chaque fleur
porte un fruit,
mais toutes
ne donneront pas le leur
lorsque survient le gel.



Parce que chaque fruit
enclôt sa semence,
mais, toutes
germeront-elles
quand les rivières inondent 
ou que frappe la sécheresse ?



Parce que chaque semence
donne une fleur,
mais toutes
s’épanouiront-elles
page 28

si le vent les arrache
ou que nous les mettons à sac ?


La présence, les ovules et les spermes,
le parfum, l’utilité,
la durée d’un passage,
le froid, les eaux, la tempête, la chaleur,
les corolles qui s’ouvrent et se ferment,
le saccage :
en tout cela, elles sont nos sœurs.
Il leur arrive même de s’entre-tuer.



Sœurs plantes,
chevelures de la terre,
qui ne pouvaient ni fuir
ni vous plaindre,
opprimées  par l’asphalte et le béton,
comme, dans notre monde arbitraire,
les plus malingres, 
vous être prêtes à ressurgir
d’un bond.


Votre parfum stimule nos envies,
vous attachez nos regards.
Malgré votre sans-gène
et nos manques d’égards,
nous nous plaisons
à ce qu’il semble.
Vous êtes notre santé
et notre oxygène,
à notre terme, ensemble,
mêlés,
nous irons former le terreau de la vie.
Tout cela n’est-il pas « bon » ?

Jacques Gruber

décembre 2011
page 29

A la manière de Raymond Devos


Le tonnement,
l’étonnement,
le détonement.


Le tonnement roule,
l’étonnement croule,
le détonement écroule.


Le tonnement roule
d’un bout à l’autre du ciel ;
l’étonnement croule
devant les effets  artificiels ;
le détonement nous écroule
suite à nos faux-pas existentiels.


Quand tonne l’orage,
je m’étonne
que la terre
ne s’écroule
de ce tonnement.


Si, en société,
 on s’étonne
que le tonnerre roule,
cela détone
et l’on croule
de rire.


Qui s’étonne
que l’on ne puisse dire
que le ciel s’enroule
lorsqu’il tonne,
puisqu’alors on n’entend
plus rien.
page 30

Le tonnement
roule
dans le ciel immense,
avec un écho militaire ;
en proie
à l’étonnement
la société
croule
sous les applaudissements ;
du détonement involontaire,
toute l’assistance,
en joie,
s’écroule.
à satiété.

La nature tonne,
le monde s’étonne,
le mal-pensant détone.
Qui sait ce que notre matin
 nous mitonne,
suivant l’air qu’entonne
ou chantonne
chaque lendemain.




Jacques Gruber

décembre 2011



page 31


Compter les étoiles

Les étoiles percent l’obscurité.
Sont elles trois,
sont-elles sept,
pour des gens à l’étroit
ou pour des ascètes ?
Abram en a vu un nombre excroissant.
Pour les mages
une seule suffisait,
mais les communistes, ,
s’en sont accaparés
 sans ambage.
La boussole ne connaît
que la polaire
et d’autres lui préfèrent
le croissant.


Les étoiles peuplent l’univers.
Sont-elles sept,
sont-elles trois ?
Elles constellent
la manche des généraux
(seraient-elles étoiles de mer
pour les amiraux ?)
La Pléiade en compte sept,
mais il y en a plus dans la constellation
et plus encore sur le drapeau
des Etats qui font union.

Les astrophysiciens
pèsent les étoiles du ciel.
Sont-ils trois,
sont-ils sept ?
Ils vont par sets, je crois
(à moins que j’aie tort).
Pour eux, ce sont autant de soleils
plus ou moins anciens
qui dispensent la vie et la mort.
Dans leur roman,
page 32

ils tombent, comme
des pommes,
ils deviennent des naines rouges
puis des trous noirs,
Le Rouge et le noir , en somme.

Les étoiles de la danse,
du sport ou de la politique
doivent avoir les moelles bien denses
pour tourner sans devenir excentriques,
à la une, à la deux, à la trois.

Dans l’espace interstellaire
qui décrit un monde neuf,
sont-elles
trois,
sont-elles
sept,
sont-elles
neuf ?
Cela m’amuse
de les compter comme des muses :
liberté, clarté, amitié ;
plaisir, souvenir, avenir ;
croissance, confiance, espérance
en ce monde sublunaire.


Jacques Gruber



 1er janvier 2012










page 33



Les forêts de bouleaux

à la mémoire des déportés
des « camps » et des « goulags »,
aux victimes de la banalité du mal

Combien sont-elles douces
les forêts de bouleaux,
où l’on se promène.
Chacune son sien,
chacun son chien.
D’où vient qu’elles sont devenues
des géhennes ?
Les chiens
n’y sont pour rien,
c’est nous qui les rameutons.

Emplies de jeunes pousses
les forêts de bouleaux,
où nous retrouvons nos racines
dans la mousse.
Chacun sa sienne,
chacune sa chienne.
D’où vient que l’on y crie famine ?
Les chiennes
n’y sont pour rien,
c’est nous qui les dressons.

Peuplées d’animaux,
les forêts de bouleaux,
où l’on se plait tant et plus.
Chacune son sien,
chacun son chien.
D’où vient que l’on y meurt du typhus ?
Les chiens
n’y sont pour rien,
c’est nous qui les excitons.


page 34
Havres de paix,
les forêts de bouleaux,
nous offrent leurs ombres sûres.
Chacun sa sienne,
chacune sa chienne.
D’où viennent leurs morsures ?
Les chiennes
n’y sont pour rien,
c’est nous qui les affamons.

Vaporeuses
forêts de bouleaux,
où le gibier se traque.
Chacune son sien,
chacun son chien.
D’où sortent ces matraques ?
Les chiens
n’y sont pour rien,
c’est nous qui les sifflons.


Bouleaux dans la brise
qui portez au loin
la surprise
des parfums
auxquels aspire
tout notre corps.
Chacun sa sienne,
chacune sa chienne.
D’où vient que l’on y respire
une odeur de gaz et de mort ?
Les arbres et les vents
en sont innocents,
c’est nous qui les polluons.


Peuples de bouleaux,
mouvants et bruissants,
qui entourez ces camps
ennemis,
vous ne vous êtes pas arrachés
de votre terre,
pour décrier
page 35
tout haut
ce sinistre catalogue,
afin de faire taire
ces aboiements
qui n’étaient pas émis
que par des dogues.

Pourtant, nous y retournerons
dans les forêts de bouleaux,
emplies des traces infimes
de tant de présences,
rien que pour écouter en silence
le vent dans les cimes.

Avec l’espoir
que plus personne ne risque d’y périr,
nous y reviendrons
pour la photo-souvenir :
chacun enlaçant sa sienne,
chacune jouant avec sa petite chienne.

Jacques Gruber


janvier 2012
 

















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La mémoire des déportés

Décorer
les armes
du ruban
des mérites,
redresser les torts, 
est bien peu perturbant.


Verser
avec piété
des larmes
de stalactites
sur les morts
n’engage pas la vérité.


Discriminations,
persécutions,
génocides :
que l’on fauche
de droite ou de gauche ;
que l’étoile rouge
se lève à l’Est,
ou les croix noires bougent
à l’Ouest ;
sachons rester lucides.


Les mains rouges de sang,
les mains noires de cendre,
ont enfilé des gants.
Si nous ne bougeons pas
elles nous feront descendre,
au plus bas.
Le seul surpassement,
la seule ivresse,
qu’elles connaissent,
est le trépas.
Jacques Gruber

janvier 2012

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