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il sera clos le 15 juillet 2018
vous pouvez le copier , tout ou partie, signé Jacques Gruber
uniquement pour votre usage personnel
Jacques Gruber
SVELTES
POÈMES
premier fascicule
Ψ poétique, spirituel, intellectuel Ψ
à l'heure d'internet
page 1
LISTE des RECUEILS que j'ai publiés sur Internet :
Un Signe dans la Vie
Le Matin vient déjà
Sveltes poèmes
Une existence poétique actuelle
(deux fascicules)
ÉTOILES sur un fond noir
Mes Théâtres
Les Bons sentiments
Retour sur images
Retour sur images
Jacques Gruber, l'un des principaux poètes français
méconnus d'aujourd'hui. J'autorise toute personne bien intentionnée à publier
mes poèmes, sous réserve qu'elle n'y introduise ni retouche ni changement et à
condition qu'elle mentionne mon nom pour chacun d'eux.
Jacques Gruber, 94450 Limeil-Brévannes, le 25 janvier 2016
Jacques Gruber, one
of the main french unknown poets of to day. I authorise any well intentioned
person to publish my poems, without any alteration or change and under the stipulation
that they mention my name for each of them.
Jacques Gruber, 94450
Limeil-Brévannes, France.
LISTE des textes
Pourquoi ce titre ?, p. 3
Où allons-nous ?, p. 4
Quand on naît, p. 6
« Bon
voyage, Monsieur Dumollet », p. 8
Poésie à vivre, p. 9
Migrants, p. 11
Asia Bibi, p.
12
Asia Bibi, bis,
p. 14
Distribution des prix, p. 15
Diadèmes et couronnes, p. 16
J’ai eu une vision, p. 17
Le passé présent, p. 19
Nativité 2011, p. 21
Europe, p. 23
O when the
saints…, p. 25
Allégorie assisienne, p. 27
A la manière de Raymond Devos, p. 29
Compter les étoiles, p. 31
Les
forêts de bouleaux, p. 33
La
mémoire des déportés, p. 36
deuxième fascicule :
Notre Destin, p. 37
Notre Destin, p. 37
Fascination, p. 39
Bien compté, p. 41
Le rêveur impénitent, p. 43
Jeux de mots, p. 45
Pochade, p. 47
Réponse (posthume) à Jacques Prévert, p. 48
Désenchantements, p. 49
Que signifie, p. 51
Hommage, p. 52
« Le
soupir de la création », p. 53
Que fait là, l’arbre ?, p. 55
À visage découvert, p. 57
Les six âges de la vie, p. 59
Le silence des sphères, p. 61
L’Accueil, p. 65
Nous ne nous résignerons pas, p. 66
La Nef des fous, p. 68
Aveux, p. 71
Le mur de papier peint, p. 77
Le jet d’eau, p. 79
La partie de football, p. 81
N’écoute pas ce que dit le pasteur, p. 83
La ballade des photos, p. 85
Rien que des impressions, p. 87
Glaciations, p. 88
La Pivoine, p. 90
Jeux sur rimes et assonances, p. 91
La lumière qui naît de la nuit, p. 92
troisième fascicule :
Le Puisatier, p. 93
Le Puisatier, p. 93
Mythologie personnelle (le temps et le vent), p.
96
Noces d’or,
p. 100
La chasse est ouverte, p. 102
La
nature, nous et l’œuvre d’art (le divorce de l’art et de la beauté), p. 105
Si c’était vrai, p. 107
En toute décence, p 110
Affaire de régime, régimes d’affaires p. 112
Rêver vrai, p. 114
Les yeux bleus, p. 116
Excusez-moi, p. 118
La camp de l’Hospitalet, p. 123
Semaine sainte 2013, p. 125
Convalescence et rétablissement, p. 131
Syrie 2013, p. 134
Sur un quatrain de Khayyâm, p. 135
Mots, que de maux, p. 136
page 3
Pourquoi
ce titre ?
Le parti
d’écrire
des vers
libres
centrés
a pour
effet
d’inscrire,
au cépage
de chaque
strophe,
une ligne
anthropomorphe
à la façon
dont les
calligrammes
d’Apollinaire,
apposaient le poinçon
d’engrammes
hors de
l’ordinaire
sur ses
pages.
Jacques Gruber
page 4
Où
allons-nous ?
Sveltes
poèmes
conservent
leur jeunesse.
Sveltes,
mais non légers,
ils ne servent
pas notre paresse.
Sveltes et exercés,
ils desservent
toute destination
avec force et adresse.
Sveltes et
proportionnés,
ils observent
une règle de justesse.
Sveltes et
prochains,
ils réservent
beaucoup de tendresse.
Sveltes et
prompts,
ils préservent
de toute vieillesse.
Sveltes,
mais chargés de sens,
page 5
leur verve
tient ses promesses.
Sveltes et
souples
ils vont
seuls ou par couples.
Jacques Gruber
décembre 2010
page 6
Quand on
naît
Quand on
naît,
on ne sait
ce qui nous arrive,
et cela peut durer
toute la vie.
C’est
pourquoi,
devant leur dérive,
les nourrissons
ne sont pas sages
et nous dérangent.
Ils protestent
à pleine voix,
usant du même langage
quelle que soit leur
nation,
c’est leur Geste
à travers les langes,
depuis l’aube des
âges.
J’eus aimé
produire l’effet
d’un ego épiphanique :
Everest indigo
sur fond de cendres ;
j’eus aimé
avoir l’aplomb du
séquoia d’Amérique,
l’être-là de la salamandre
de Chine,
dans son eau glaciale.
J’aurais rêvé
d’être conçu sur le
modèle
du serpent de nuit
dont la pupille est
verticale,
ou de la machine
qui tourne sur elle
sans fatigue apparente.
page 7
J’eus souhaité
recevoir un nom tel
que Belphégor,
oiseau de paradis,
mante religieuse,
plante médicinale,
cheval vapeur,
bouche d’or,
pierre de touche,
Jean sans peur.
J’aurais souhaité
posséder l’allure
du Toucan
muni d’un bec
en embout ;
donner l’impression
du chant,
des roseaux,
semblable au bruit de
la miche
que l’on rompt ;
prendre l’aspect
du
panda (noir et blanc
comme l’Amish)
dans son bambou
d’altitude,
en hiver.
J’eus, j’aurais,
souhaité l’attitude
univers.
Jacques Gruber
avril 2011
page 8
« Bon voyage,
Monsieur Dumollet »
-sous le signe
d’Alberto Giacometti-
Où a-t-il perdu ses mollets,
l’homme qui s’adonne
à la marche à
pied ?
Sans ses mollets,
pourra-t-il
aller
au-delà des son
marchepied ?
Est-ce par avarice
ou suite à des
varices ?
Il lui faudra un strapontin
s’il entreprend un
voyage transpontin.
Et de quel œil verrait-il la
beauté
si, par cas, on lui
aplatissait l’âme
à coups de marteau,
qu’il lui vienne un
visage en lame de couteau,
et qu’il soit borgne
des deux côtés ?
Il cherche sa respiration,
il n’a pas eu sa
ration.
Je crois plutôt qu’il sort
d’un camp de la mort.
Mais : où il va ?
Qui dira ?
Ça ?
Jacques Gruber
décembre 2011
page 9
Poésie à vivre
Les anémones aux aguets
précèdent
les jacinthes
violettes,
puis le muguet cède
aux vertes fougères,
près de chez moi,
dans l’enceinte
saisonnière
des bois.
Les mêmes cycles,
qui nous ramènent le
tapis
des anémones
sans feinte
et les bicyclettes,
seront suivis
de la jacinthe
en personne.
Nous offrirons les
clochettes
du muguet
empoisonné
avec des éloges
bien politiques.
Quand,
renaissant
de ses vestiges,
par paquets,
la fougère dressera
ses tiges,
elle ménagera
de vraies loges
pour nos pique-niques.
page
10
Ailleurs, l’ironie
veut
qu’aux stades
des rois et des
sultans
qui font insulte au
temps,
l’utopie,
qui s’en moque,
pour si peu,
boucle les cyclades
de nos époques,
mais ne vaut pas
mieux.
Ainsi, les jours s’ajoutent aux jours
chaque fois que les
stores
de nos paupières
se relèvent.
Mais qui donc nous
restaure,
dans la lumière
de retour
qui se lève ?
Jacques Gruber
25 mai
2011
page 11
Migrants
Ceux qui naissent
avec une cuillère
en plastique
dans la bouche
connaissent
une éthique
de misère
tant le sort les
douche.
Femmes, hommes, enfants,
ornements
et intelligence
du monde,
ils se sont embarqués,
à la seconde,
pour l’eldorado,
emplis d’un espoir
sans exigence,
entassés
dans des rafiots.
Pour tout lot de science,
ils savaient
leurs cigarettes
sur le bout
des doigts ;
pillés
par les passeurs sans
conscience,
ils avaient
leurs silhouettes
de contre-emploi.
Mais ils se tenaient
debout.
Et ils n’en ont pas terminé.
Jacques Gruber
pour les réfugiés de Lampedusa au printemps 2011
page 12
ASIA BIBI
Au Village d’Ittan Wali, dans le
Penjab, il y avait sur la margelle du puits, un gobelet à l’aide duquel les
travailleuses, tour à tour, venaient se désaltérer. Après qu’Asia, jeune épouse
et mère habitant ce village, a bu, ses compagnes l’ont accusée de souiller le
gobelet pour la raison qu’elle est chrétienne. Elle a répondu : « Le
Prophète n’a pas dit ça ». C’était le 14 juin 2009.
Ces seuls mots lui valent d’être
condamnée à mort pour blasphème. Elle croupit en prison, privée de la clarté
du jour, sans sanitaires, sans soins, dans l’attente d’un hypothétique procès
en seconde instance.
Anne-Isabelle Tollet a publié son
témoignage dans le livre intitulé « Blasphème », histoire d’Asia
Bibi, aux éditions Oh.
J’ai reçu un poème qui lui est
dédié. Je vous le transmets afin que nous n’oubliions pas cette sœur dans la
foi ni son témoignage. A la suite, vous trouverez un texte de lettre en sa
faveur à adresser à M. le Président de la République du Pakistan.
Asia Bibi
Asia, ton prénom est
aussi vaste qu’un
continent
et ton nom :
Bibi,
c’est ton intimité,
ton présent,
sans alibi.
Asia,
comme le cinquième de
la planète,
et bibi,
comme soi-même :
pour avoir dit
le mot
de « Prophète »,
où est le
blasphème ?
À cause
de cela,
tu gis sur un lit
d’immondices,
dans la puanteur
d’un trou sans
interstice
dans l’attente d’être
pendue
alors que tu es portée
par les médias,
maintenue
par le flot des
prières qui monte
des cinq parties du
monde.
page 13
Toi dont le nom convoque
à la fois notre
planète
et le plus propre de
chacun de nous-mêmes,
où est le blasphème
à évoquer le
Prophète
à notre époque ?
On t’a tout pris
pour un gobelet
d’eau :
époux, enfants, abri,
pour te jeter
dans le corridor
d’un cachot,
infect, infertile,
quand aux yeux de tous
tu as déjà rejoint,
au-delà de la mort,
mieux qu’un paradis,
la nuée des témoins
de ton Évangile.
Simple croyante au Pays des pures,
l’épreuve, qui
emprunte
l’eau-forte de la
vindicte vive
montant d’un fond de
misères,
grave sur le cuivre
vivant de ta peau
l’empreinte
de l’espoir en notre
planète
sans lisières,
mais addictive
à tant de fléaux.
Qui es-tu pour faire injure,
alors que le Prophète
lui-même
n’a crainte
d’aucun blasphème.
Jacques Gruber
11 juin 2011
page 14
Asia
Bibi bis
Elle porte sur son sein
la croix du Nazaréen.
Elle apporte aux siens
l’amour du Nazaréen.
Elle est le témoin,
traité comme un rebut,
pris pour servir
d’agios.
Elle supporte
la marque du Nazaréen
tracée à salut
sur notre porte,
avec le sang de
l’Agneau.
Qui est-elle, sinon le signe présent
du Nazaréen vivant.
Jacques Gruber
20 juin 2011
page 15
Distribution
des prix
Étoiles du
ciel,
médailles des oubliés,
vous brillez sur nos
fronts.
Feuilles
et fleurs,
décorations des
sans-grades
plantez-vous dans nos
chevelures.
Papillons
et libellules,
illustrations pour des
insectes
que nous sommes,
venez vous poser
sur nos poitrines.
Rubans
bleus de nos rivières,
qui sont aussi verts
et même jaunes,
distinctions des
sans-mérites,
accrochez vos reflets
à nos boutonnières.
Jacques Gruber
11 / 11 / 11, onze heures
page 16
Diadèmes
et Couronnes
Ceints de
leurs diadèmes,
nos Césars
fanfaronnent.
Pour moi,
quand je passerai du
Marché
au Monde,
sans devenir jamais
roi,
je recevrai ma vie,
(serait-elle de
bohème)
comme une couronne.
C’est
pourquoi :
je ne serai consolé
si tous ne sont pas consolés ;
je ne serai guéri
si tous ne sont pas
guéris ;
je ne serai apaisé
si tous ne sont pas en
paix ;
je ne serai compris
si tous et cetera
ne sont pas réunis ;
je ne serai pas sauvé
tant que restera
un seul paumé.
Jacques Gruber
3 décembre 2011
page 17
J’AI EU
UNE VISION
pour nos amis africains
Beau pays
d’Afrique
où le Nord et le Sud
s’accordent
au rythme des tambours
et du vuvuzela.
Pays
bien-aimé
où l’homme et la
femme,
l’orphelin
et la veuve,
le village, la ville
et le fleuve,
l’épouse et l’ancien,
vivent dans le respect
comme l’homme et
l’animal,
les humains et les
plantes.
Continent
qui te caches
entre les larges bras
de tes océans,
hors des eaux
glauques ;
terre que l’on voudrait
joyeuse,
ta robe de magnificat
englobe dans ton
armorial
le moonwalk
du Sifaka
malgache
tout autant
que la traîne soyeuse
du colobe équatorial.
Tes forêts
aux puissantes odeurs,
sont emplies de l’écho
des tam-tams,
ton désert aux
multiples décors
page 18
rayonne d’énergie,
et ton sol qui résonne
sous les talons des
danseurs
ou du piétinement des
troupeaux
contient des trésors
qui donnent de
l’allergie
aux hippopotames.
Sombre
pays de Cham
au sourire éclatant,
établi
sur une parole
non mensongère ;
loin de tes
enchanteurs,
au charme envoûtant,
tes filles et tes fils
chantent tes senteurs,
non plus au son
de la kalachnikov
mais accompagnés
du balafon
et du djembé.
Jacques Gruber
décembre 2011
page 19
Le passé
présent
Les
commencements,
la Création, la
Libération
la Nativité
n’ont lieu qu’une
seule fois.
Le buisson
ardent,
le baptême au
Jourdain,
ne reviendront pas.
La Pâque
d’Égypte
et celle de la chambre
haute
sont du passé.
Mais ce
sont des passés solides
on peut s’appuyer sur
eux
pour avancer.
D’autres
passés
sont révolus
et nous les portons à
bout de bras.
Il y en a
qui donnent des ailes
et des traditions qui
nous coupent
les jambes.
Fais attention
à toi !
Laisse au vestiaire
de l’histoire
ton internet,
aussi dérisoire
qu’un bestiaire.
page 20
Il est des
discours
par centaines,
tant que Démosthène
en avale ses cailloux,
alors qu’un seul Écrit
relève nos genoux.
Le passé
présent
de la Parole
est l’arche
universicole
qui assure
notre marche.
Jacques Gruber
décembre 2011
page 21
NATIVITÉ
2011
Ésaïe 40, 4 ;Marc 1, 3
Chemin de
la justice,
je te cherche.
Je ne vois que des
montagnes
qui creusent de
profondes vallées
et des vallées que
surplombent
d’orgueilleuses
montagnes.
Éternelle vérité
de la raison.
Au sommet
de la montagne,
on cherche un dieu,
mais on trouve des
milliardaires ;
au fond de la vallée,
on espère un cours
d’eau,
et c’est une
procession d’esclaves.
pitoyable et
impitoyable vérité
historique.
Qui
abaissera la montagne
et exhaussera la vallée ?
Qui nous créera le
chemin uni de la justice ?
« En vérité, en
vérité,
je vous le
dis » :
ce que ni les
montagnes ni les vallées ne peuvent,
le Seigneur l’a fait.
Il s’est
vidé
de toute suffisance,
il s’est mis à l’école
de l’obéissance,
tel un serviteur.
Il a ramené le cœur
des pères vers les enfants
et l’amour des enfants
vers leurs parents.
page 22
Il a effacé notre
erreur
sans faire de nous des
obligés,
mais dans une
gratitude
défiant toute échelle.
Il va permettre que
vivent en plénitude,
le lion et le
chevreau.
Réalité
toujours actuelle
de la Parole.
Jacques Gruber
25 décembre 2011
page 23
EUROPE
Méfie-toi
des taureaux,
surtout s’ils sont
beaux,
vêtus d’une tenue
blanche.
Méfie-toi de bureaux,
surtout si ce sont des
agences
de notation.
Bon et bel
objet de prestance,
dénué de valeur,
sinon celle qu’on lui
donne,
les voleurs,
tel Zeus-la Finance,
te rançonnent.
Devenue Mère,
avant même d’exister
(malgré le recours
au forceps de la
Dette),
tu es déjà sans appas.
Tes nombreux enfants,
devenus grands,
préfèrent
mordre
à d’autres appâts,
quitte au désordre.
page 24
Ne te
laisses pas emporter
une fois de plus
par un dieu
pris de jalousie
en un lieu
qui lui a plu,
vers une
pérennité
que tu n’auras pas
choisie.
Jacques Gruber
sommet européen de Bruxelles,
décembre 2011
page 25
O when
the saints …
Les dieux
sont passés,
vois tomber les
étoiles
de l’art, du sport, de
la politique,
des religions.
Aujourd'hui, les
saints
vont en prison.
Les cieux
sont passés,
il n’y a plus de
saisons.
Ce n’est pas la lune,
mais notre terre
qui se change en sang.
En ces temps,
les saints ne sont
plus portés
en procession,
mais sur des civières.
Les héros
sont passés,
ne regarde pas le
soleil,
c’est un bellâtre
froid, d’hiver.
Il éblouit, nous
écœure
et provoque des
accidents.
En cette heure
les saints sont
pareils
à des passants
du RER.
Les
saintes auréolées
hantent les
églises-musées.
Saints et saintes
catalogués
ont droit au
calendrier.
Or, les étoiles
tombent des nues,
la terre baigne dans
le sang,
page 26
le soleil bout.
Et pourtant,
les saints se tiennent
debout,
les mains nues,
quoi qu’il advienne.
Ils ne
sont pas là,
par hasard
pour qui sait
porter le regard
dans l’au-delà
(de ses préjugés).
Jacques Gruber
14 décembre 2011
page 27
Allégorie
assisienne
Nous
croyons que les fleurs
nous suivent du
regard,
mais elles cherchent
la lumière ;
nous imaginons
qu’elles se complaisent avec nous
alors qu’elles pompent
le sol et l’air ;
nous pensons qu’elles
embaument
notre atmosphère
quand elles
s’épanouissent
en vue d’être
fécondées,
nous comptons les
profits
que nous tirerons de
leur culture
et elles satisfont
leur appétit
de notre sépulture.
Parce que
chaque fleur
porte un fruit,
mais toutes
ne donneront pas le
leur
lorsque survient le
gel.
Parce que
chaque fruit
enclôt sa semence,
mais, toutes
germeront-elles
quand les rivières
inondent
ou que frappe la
sécheresse ?
Parce que chaque
semence
donne une fleur,
mais toutes
s’épanouiront-elles
page 28
si le vent les arrache
ou que nous les
mettons à sac ?
La
présence, les ovules et les spermes,
le parfum, l’utilité,
la durée d’un passage,
le froid, les eaux, la
tempête, la chaleur,
les corolles qui
s’ouvrent et se ferment,
le saccage :
en tout cela, elles
sont nos sœurs.
Il leur arrive même de
s’entre-tuer.
Sœurs plantes,
chevelures de la
terre,
qui ne pouvaient ni
fuir
ni vous plaindre,
opprimées par l’asphalte et le béton,
comme, dans notre
monde arbitraire,
les plus
malingres,
vous être prêtes à
ressurgir
d’un bond.
Votre
parfum stimule nos envies,
vous attachez nos
regards.
Malgré votre sans-gène
et nos manques
d’égards,
nous nous plaisons
à ce qu’il semble.
Vous êtes notre santé
et notre oxygène,
à notre terme,
ensemble,
mêlés,
nous irons former le
terreau de la vie.
Tout cela n’est-il pas
« bon » ?
Jacques Gruber
décembre 2011
page 29
A la
manière de Raymond Devos
Le tonnement,
l’étonnement,
le détonement.
Le tonnement roule,
l’étonnement croule,
le détonement écroule.
Le
tonnement roule
d’un bout à l’autre du
ciel ;
l’étonnement croule
devant les effets artificiels ;
le détonement nous
écroule
suite à nos faux-pas
existentiels.
Quand
tonne l’orage,
je m’étonne
que la terre
ne s’écroule
de ce tonnement.
Si, en société,
on s’étonne
que le tonnerre roule,
cela détone
et l’on croule
de rire.
Qui
s’étonne
que l’on ne puisse
dire
que le ciel s’enroule
lorsqu’il tonne,
puisqu’alors on
n’entend
plus rien.
page 30
Le
tonnement
roule
dans le
ciel immense,
avec un écho militaire
;
en proie
à l’étonnement
la société
croule
sous les
applaudissements ;
du détonement
involontaire,
toute l’assistance,
en joie,
s’écroule.
à satiété.
La nature tonne,
le monde s’étonne,
le mal-pensant détone.
Qui sait ce que notre
matin
nous mitonne,
suivant l’air
qu’entonne
ou chantonne
chaque lendemain.
Jacques Gruber
décembre 2011
page 31
Compter
les étoiles
Les
étoiles percent l’obscurité.
Sont elles trois,
sont-elles sept,
pour des gens à
l’étroit
ou pour des
ascètes ?
Abram en a vu un
nombre excroissant.
Pour les mages
une seule suffisait,
mais les communistes,
,
s’en sont accaparés
sans ambage.
La boussole ne connaît
que la polaire
et d’autres lui préfèrent
le croissant.
Les
étoiles peuplent l’univers.
Sont-elles sept,
sont-elles
trois ?
Elles constellent
la manche des généraux
(seraient-elles
étoiles de mer
pour les
amiraux ?)
La Pléiade en compte
sept,
mais il y en a plus
dans la constellation
et plus encore sur le
drapeau
des Etats qui font
union.
Les
astrophysiciens
pèsent les étoiles du
ciel.
Sont-ils trois,
sont-ils sept ?
Ils vont par sets, je
crois
(à moins que j’aie
tort).
Pour eux, ce sont
autant de soleils
plus ou moins anciens
qui dispensent la vie
et la mort.
Dans leur roman,
page 32
ils tombent, comme
des pommes,
ils deviennent des
naines rouges
puis des trous noirs,
Le Rouge et le noir , en somme.
Les étoiles de la
danse,
du sport ou de la
politique
doivent avoir les
moelles bien denses
pour tourner sans
devenir excentriques,
à la une, à la deux, à
la trois.
Dans l’espace
interstellaire
qui décrit un monde
neuf,
sont-elles
trois,
sont-elles
sept,
sont-elles
neuf ?
Cela m’amuse
de les compter comme
des muses :
liberté, clarté,
amitié ;
plaisir, souvenir,
avenir ;
croissance, confiance,
espérance
en ce monde
sublunaire.
Jacques Gruber
1er
janvier 2012
page 33
Les forêts de bouleaux
à la mémoire des déportés
des « camps » et des
« goulags »,
aux victimes de la banalité du mal
Combien sont-elles
douces
les forêts de
bouleaux,
où l’on se promène.
Chacune son sien,
chacun son chien.
D’où vient qu’elles
sont devenues
des géhennes ?
Les chiens
n’y sont pour rien,
c’est nous qui les
rameutons.
Emplies de jeunes
pousses
les forêts de
bouleaux,
où nous retrouvons nos
racines
dans la mousse.
Chacun sa sienne,
chacune sa chienne.
D’où vient que l’on y
crie famine ?
Les chiennes
n’y sont pour rien,
c’est nous qui les
dressons.
Peuplées d’animaux,
les forêts de bouleaux,
où l’on se plait tant
et plus.
Chacune son sien,
chacun son chien.
D’où vient que l’on y
meurt du typhus ?
Les chiens
n’y sont pour rien,
c’est nous qui les
excitons.
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Havres de paix,
les forêts de
bouleaux,
nous offrent leurs
ombres sûres.
Chacun sa sienne,
chacune sa chienne.
D’où viennent leurs
morsures ?
Les chiennes
n’y sont pour rien,
c’est nous qui les
affamons.
Vaporeuses
forêts de bouleaux,
où le gibier se
traque.
Chacune son sien,
chacun son chien.
D’où sortent ces
matraques ?
Les chiens
n’y sont pour rien,
c’est nous qui les
sifflons.
Bouleaux dans la brise
qui portez au loin
la surprise
des parfums
auxquels aspire
tout notre corps.
Chacun sa sienne,
chacune sa chienne.
D’où vient que l’on y
respire
une odeur de gaz et de
mort ?
Les arbres et les
vents
en sont innocents,
c’est nous qui les
polluons.
Peuples de bouleaux,
mouvants et
bruissants,
qui entourez ces camps
ennemis,
vous ne vous êtes pas
arrachés
de votre terre,
pour décrier
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tout haut
ce sinistre catalogue,
afin de faire taire
ces aboiements
qui n’étaient pas émis
que par des dogues.
Pourtant, nous y
retournerons
dans les forêts de
bouleaux,
emplies des traces
infimes
de tant de présences,
rien que pour écouter
en silence
le vent dans les
cimes.
Avec l’espoir
que plus personne ne
risque d’y périr,
nous y reviendrons
pour la
photo-souvenir :
chacun enlaçant sa
sienne,
chacune jouant avec sa
petite chienne.
Jacques Gruber
janvier 2012
page 36
La
mémoire des déportés
Décorer
les armes
du ruban
des
mérites,
redresser
les torts,
est bien
peu perturbant.
Verser
avec piété
des larmes
de
stalactites
sur les
morts
n’engage
pas la vérité.
Discriminations,
persécutions,
génocides :
que l’on
fauche
de droite
ou de gauche ;
que
l’étoile rouge
se lève à
l’Est,
ou les
croix noires bougent
à
l’Ouest ;
sachons
rester lucides.
Les mains
rouges de sang,
les mains
noires de cendre,
ont enfilé
des gants.
Si nous ne
bougeons pas
elles nous
feront descendre,
au plus
bas.
Le seul
surpassement,
la seule
ivresse,
qu’elles
connaissent,
est le
trépas.
Jacques Gruber
janvier 2012
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