lundi 20 mai 2013

Le Matin vient déjà



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Jacques  Gruber



« LE  MATIN

VIENT  DÉJÀ »


et autres poèmes de circonstance


du rideau de fer à la chute du mur de Berlin






LISTE des RECUEILS que j'ai publiés sur Internet :

Un Signe dans la Vie
Le Matin vient déjà
Sveltes poèmes
Une existence poétique actuelle
(deux fascicules)
ÉTOILES sur un fond noir
Mes Théâtres
Les Bons sentiments
Retour sur images




Jacques Gruber, l'un des principaux poètes français méconnus d'au­jourd'hui. J'autorise toute personne bien intentionnée à pu­blier mes poèmes, sous réserve qu'elle n'y introduise ni retouche ni chan­gement et à condition qu'elle mentionne mon nom pour cha­cun d'eux.

Jacques Gruber, 94450 Limeil-Brévannes, le 25 janvier 2016

Jacques Gruber, one of the main french unknown poets of to day. I authorise any well intentioned person to publish my poems, without any alteration or change and under the stipulation that they mention my name for each of them.
Jacques Gruber, 94450 Limeil-Brévannes, France.

















TABLE  DES  MATIÈRES


Liminaire page 2


« LE  MATIN  VIENT »
page 3

Soir et Matin  p. 4
Commencements et recommencements  p. 6
Une histoire bien connue  p. 7
À bon entendeur, le salut  p. 8
Les murs de séparation  p. 9
Soulatge en Cévennes  p. 12
Chemins  p. 13
Rien n’est écrit d’avance  p. 14
Portes  p. 15
Places  p. 16
Jeu de rimes  p. 17
À tout problème son secours  p. 18
Vivre aujourd'hui et demain  p. 19
Histoire de feu  p. 20
Passion  p. 22
En avant les cœurs purs  p. 23
Mondanités  p. 25
L’école du christianisme  p. 26
Les gros mots p. 28
Présence  p. 29


TEXTES  DE  CIRCONSTANCE
p. 31

Le sarcophage ukrainien  p. 33
Pour une naissance p. 35
Pour une cousine qui avait perdu son La Fontaine p. 36
L’an 2000  p. 37
Année 2001  p. 38
En un clin d’œil p. 39
Le tournant du siècle  p. 40
Deux enfants découvrent une limace p. 42
Assonances sur un prénom p. 43
La Crise p. 44
Le lilas blanc  p. 45
Vieillesse p. 48
Chacun pour soi p. 50
Méditation p. 52
Vol AF 147 p. 54
Été p. 57
Arbres je vous aime p. 59
Mémorial du monde p. 61
La Ballade du pendu p. 66
Les Sagouins et les blaireaux p. 68
Catachroniques p. 70
Intelligentsias, que d’avanies en votre nom p. 72
Le Mistigri p. 79
Il n’est pas toujours temps p. 81
Arts poétiques p. 83


Table des matières  p. 90
















page 2

                               
LIMINAIRE


Les vingt premiers poèmes forment un ensemble  daté d’avril 2009,  ceux qui suivent sont des textes de circonstance dont la plupart sont plus anciens.

J’utilise le vers libre assonancé (ou bien j’écris une prose cadencée). Les poèmes qui suivent peuvent être transcrits en prose sans modification et inversement. C’est le thème du poème intitulé « Arts poétiques » qui ferme le recueil.

La poésie est l’émotion qui accompagne la rencontre heureuse entre un sens, des sons, un rythme. Des significations, des sonorités, des ca­dences. Il serait présomp­tu­eux de prétendre qu’une telle coïncidence est un don du Ciel, elle présente cependant quelque chose de gratuit et de gra­cieux.






« LE  MATIN


VIENT »








page 4

Soir et Matin
(Ésaïe 21,12)


Soirs, soirs, soirs,
n’y aurait-il que des soirs ?



Et cependant 
les soirs m’enchantent,
fuligineux,
noirs de suie
ou éclatants,
tout autant
que les automnes lumineux
jusque sous la pluie.



Ce que je redoute, c’est la question
qu’ils font entendre :
Pouvons-nous attendre
encore un autre jour,
un nouveau printemps sur terre ?
Et plus encore
que l’on fasse taire
ces interrogations !



Alors même que la lueur
du ciel nocturne fonce,
nous parvient
la Voix
du guetteur
qui annonce,
en toute langue qui soit :  
« Le matin vient ».



page 5

Parole non de vent
mais de fait,
par laquelle parvient
dès à présent,
au bénéfice
de tout ce qui devient : 
la nouvelle vie, l’autre cité
la meilleure justice.



L’Esprit du Jour de Pentecôte
nous rend présent
le Fils du Matin de Pâques
et le Fils de ce Matin sans faute
nous envoie l’Esprit du Jour
qui défie tout almanach.




Libres
du circuit
des soirs et des matins,
des matins et des soirs,
recevons le don de vivre
cet aujourd'hui
propice
pour tenir notre rôle
existentiel
du jour au matin
et du matin au jour
comme sous un ciel
de solstice
aux pôles.



Jacques Gruber



page 6


Commencements et recommencements



Le couple sans honte
qui a écouté
le Serpent surgi du Jardin
paradisiaque
où tout remonte
a été piqué
par son discours astucieux :
« Vous serez comme des dieux 
qui ne se refusent
rien ».



Se découvrant nus, sans excuse,
privés d’esprit comme d’espoir
dans le square aphrodisiaque
de toutes les rencontres
humaines et non-humaines
que pouvaient-ils dire contre
la Voix du Seigneur
parcourant son domaine
 dans la brise du soir ?



Telle est ma propre vérité,
mon risque de liberté,
mon chagrin,
quand je me tiens à ta Porte,
jusqu’à ce que ta propre main
l’efface
et me transporte
dans le règne de ta grâce.


Jacques Gruber

page 7

Une histoire bien connue 


Les fils élus
du peuple singulier,
confiants dans les nombres impairs,
qui comptent leurs années
depuis la fondation du monde,
ont-ils traversé
la mer et le désert
pour le seul gain de leur Terre ?
Près du Ciel
coulent le lait et le miel ;
en proie aux conquérant en armes
coulent le sang  et les larmes.


Ont-ils été supplantés
par l’Église pyramidale
que rien ne surclasse
en gloire,
faisant main basse sur l’histoire,
exerçant sa mainmise sacramentale
selon le tout, à tout venant,
à moins qu’elle ne soit buissonnante,
expansive, surabondante,
semant ses dons à tout vent ?



Le sel chrétien qui a perdu sa saveur
a-t-il été foulé aux pieds
par les hommes des Lumières
porteurs
d’un avenir radieux
au-delà de toute foi,
pour n’enfanter, hormis les sciences,
 que les chimères
d’un monde sans Dieu
qui n’a de confiance
qu’en soi ?
Jacques Gruber
page 8
À bon entendeur, le salut
(Romains 10,17)
L’esprit installe
en moi
le monde qui m’entoure
et c’est une re-création.

J’habite l’univers
mais, par l’esprit,
l’univers vient habiter en moi.

Nous nous installons chez nous
ou nulle part
et, selon sa promesse,
après le départ
d’Abram,
suite à l’attente
de tant d’hommes et de femmes,
le Saint venu du désert dresse
sa tente
au milieu de nous.

Le fils de Marie ouvre un chemin,
l’Esprit nous conduit dessus.
Il apporte son Règne
et l’Esprit le transporte en nous.

L’esprit installe
en moi
le monde,
j’habite l’univers
et par l’esprit,
l’univers vient habiter en moi,
le Fils du Père
ouvre un chemin dans le monde
et par l’Esprit
son Règne
règne dans mon esprit.


Jacques Gruber



page 9

Les murs de séparation

(Ép 2, 13-14)
Muraille de Chine,
murs de Belfast,
Mur de Berlin,
trente-huitième parallèle,
frontière Mexique-Etats-Unis,
Mur en Terre Promise,
mise en lieu sûr,
inutiles barrières,
paragrêle contre une menace pénétrante,
merlins aux poings des durs,
caste des purs,
divine trouvaille.

Mon Atlas est tailladé
par les traits
épais,
des frontières
 ma Cité a édifié des murs de béton,
qui la réduisent en tronçons,
ma famille entière
au gré des modes qui nous séduisent,
 est divisée.
Mon cœur est partagé.

Les vérités
se dressent
telles des forteresses
dans leurs enceintes.
Je suis perdu dans un labyrinthe
de projets.

Muraille de Chine,
divine trouvaille,
murs de Belfast,
 caste des purs,
Mur de Berlin,


page 10

merlins aux poings des durs,
trente-huitième parallèle,
paragrêle contre une menace pénétrante,
frontière Mexique-États-Unis,
inutiles barrières,
Mur en Terre promise,
mise en lieu sûr.


Des passions politiques s’affrontent
hors de chez moi
jusqu’à en appeler à la volonté divine
et  mes propres ambiguïtés
me mettent en émoi,
me font une guerre intestine.


Des créatures
sans limites,
seraient privées de tout comportement.
Limitation
n’est pas emmurement
et le cœur est simple.
   

 Divine trouvaille,
Muraille de Chine ;
caste des purs,
 murs de Belfast ;
merlins aux poings des durs,
Mur de Berlin ;
paragrêle contre une menace pénétrante,
trente-huitième parallèle ;
inutiles barrières,
frontière Mexique-Etats-Unis
mise en lieu sûr,
Mur en Terre Promise.


page 11

Le génie qui nous pousse
à nous cloisonner
en compartiments
ne s’incarne pas,
il s’esquive, nous trompe
et rit de nous voir au saccage.

Celui qui se tient debout
au centre du retable,
a ouvert la brèche
d’un coup
qui me touche.
Avec le Verbe qui sort
de sa bouche,
j’ose,
je me fraye
un passage viable
en dépit des flammèches
qui m’effraient
mais ne me causent
plus de tort.


Trouvailles de machines,
pur, bel et bon faste,
Merlin ensorcelé de murmures,
parallèles de pensées pénétrantes,
États sis sur d’utiles frontières,
lieux sûrs promis à tous.





Jacques Gruber







page 12

Soulatges en Cévennes

pour Cécile
Avec l’âge
les paysages
avec bonheur
habités
autrefois
nous habitent  à leur tour
 et ils sont
plusieurs
à la fois.

Là,
à deux,
nous fûmes heureux
cet été.
Pourquoi
ailleurs
pour  plusieurs
n’eût-ce pas
été
le cas
?

Là,
réunis
pour le repas messianique,
ce jour,
pourquoi plusieurs,
ailleurs,
toujours
n’y sont-ils
pas
?

Cela est,
mais c’est hors de la vue, 
pour le marcheur
 qui porte l’arche
sans se retourner.
Jacques Gruber

page 13

Chemins



Les Séraphins
coupaient d’un trait de lumière
la route d’Eden 
aussi longtemps
que le Témoin sans équivoque
n’ouvre les chemins terrestres
qui ne dévient
du Royaume
sans éclipse
qui vient.



Le Chemin,
qui est la  Vérité et la Vie,
renverse les barrières
sur la route du Règne qui devient,
tout le temps
que ses témoins
l’invoquent
sous le signe quatre fois équestre
de l’Apocalypse.


Jacques Gruber



page 14

Rien n’est écrit d’avance


On a beau être
tiré à quatre épingles
comme un pingouin,
propre juqu’au bout des ongles,
excellent, habile, plein de rêves
au-delà de tout besoin,
on n’est qu’un paralytique
tant que personne ne nous relève.



Le monde a beau se soigner
de ses peurs
de ses antipathies,
de ses injures
de ses vanités,
il va dans le mur
tant que personne ne dévie
sa visée.




Il est beau
de voir le soleil se lever
sans notre secours,
et se relever
par grâce
tous ceux qui sont tombés
en disgrâce.




Jacques Gruber



page 15

Portes

Portes, je vous en veux
depuis qu’un monde suspicieux
s’est emparé
des poignées et des clés.

Je m’emporte
contre vous,
 portes fermées
qui refusent
de s’ouvrir
quand je les tire, je les pousse.

J’ai raison
contre elles
mais elles ont leur force
pour elles
et contre moi.
J’enrage de les enfoncer
et c’est moi qui me défonce.

Je tape,
je frappe à coups de poings,
je me blesse,
je m’enlise,
je me déçois,
je me ridiculise.

Jusqu’à ce que je demande asile,
car cette Porte répond à la voix.
 l’Ami qui nous entend
est au-dedans
et nous l’ouvre de l’intérieur.
Poignées et clés
sont superflues.


Portes je vous appelle de mes vœux !

Jacques Gruber


page 16

Places


J’ai pris le soleil pour cible
et j’ai perdu tous mes traits,
je suis descendu au plus bas
et récolté la glace
du mépris,
la Parole m’a mis
à ma vraie place.


Là, j’ai connu que
la mémoire du Juste
est une présence toujours actuelle.
que
faire mémoire du juste
du saint,
du témoin,
qui n’ont rien de suprême,
ne nous rend pas divins,
mais nous rend à la vie,
nous réconcilie
avec nous-mêmes,
nous réaccorde avec l’humain.


Jacques Gruber













page 17

Jeu de rimes


À quoi rime
le crime
sinon avec une victime.


Où prime
la frime
on choit dans l’abîme.


Qui est-ce que l’on opprime
pour une maigre prime
sinon celui qui trime ?   
.

Une parole infime
permet que se sublime
l’infirme.



Qui s’affirme
et s’imprime
parfois n’est qu’un mime.



Qui ranime
la foule anonyme
sinon un espoir unanime ?


C’est sur la cime
du mont sanctissime
que sont partagés
le vin de la coupe et le pain azyme
du peuple racheté
Jacques Gruber

page 18

À tout problème, son recours

Dans l’obscurité
l’écholocation
suffit.

Pour l’origine et la fin
de l’homme et de l’univers,
nous sommes abonnés
 à la spéculation. 

Pour les profondeurs
de l’humain,
le sofa freudien
peut faire l’affaire.

Pour les mystères
en vogue
qui se rameutent,
nous avons le trouvère
le mystagogue,
l’ange herméneute,
et leur fascinant murmure.

Au milieu des apories
qui m’emmurent
où rien n’avance,
pas même en théorie,
il y a, par chance,
la pensée qui résonne,
la raison qui me fortifie
si tant est que nous n’ayons plus d’espérance
qu’en l’ironie
et que tous nous abandonnent
en ce Gethsémani.

Il reste du moins le retour au poème,
axé sur l’essentiel,
la polyphonie biblique même
qui unit terre et ciel.

Jacques Gruber

page 19

Vivre aujourd'hui  et demain



Les paradis,
il nous faut désormais
les créer,
les enfers,
eux,
viennent d’eux-mêmes.


Il faut s’aguerrir
si nous avons envie
de rester en vie.


Heureux les filles et les fils
dont le sort,
pareil à celui d’Ulysse,
n’aura pas donné en partage
de faire naufrage
au port.


Paix soit
à ceux
qui éprouvent la vérité
de la foi
alors qu’ils sont les hôtes
de l’épreuve.
Qui, sans être malchanceux,
 est tombé
et se  voit
relevé
du sein même de la faute
qui l’abreuve.


Jacques Gruber


page 20

Histoires de feu


L’orage a apporté aux humains,
le feu qui cuit
éclaire, réchauffe, forge
et détruit.


Prométhée l’a dérobé
à des dieux
de seconde main,
tantôt bienfaisants
tantôt tragiques,
trop humains,
dispensant fortune
ou infortune
aux vivants,
depuis leur Siège olympique.


Pour Moïse, sur l’Horev,
la montagne de Dieu,
il brûlait
sans se consumer,
comme en rêve.
C’est lui qui écrivit
de ses lettres ardentes,
au milieu d’un grand bruit,
les Tables établissant
la Loi
de la vie pérégrinante.


Israël, sous la Tente
du rendez-vous,
l’a attendu 
comme le Messie
qui sauve son peuple et le purifie
en dépit de tout. 


page 21


Le Saint de Dieu a apporté sur la terre
le feu qui met en marche
qui rallume le regard,
incendie les cœurs,
forge la paix.

L’orage a donné le feu aux humains,
déjà, ils ont ravivé
le feu du ciel
qui s’était éteint,
qu’en  feront-ils
demain ?


Jacques Gruber



page 22

Passion


L’Élu
l’est pour la justice,
mais le juste n’est que la moitié du Saint
qui est justice et miséricorde.

Son Témoin,
issu du peuple-témoin,
qui a connu le martyre
selon les Écritures
est saint, juste et bon
comme le commandement.

Hors les murs
de Jérusalem
coule désormais le fleuve faste
où se retrempent les justes,
les saints,
les témoins
qui ont  bu à la coupe enthousiaste
de l’Esprit.

Le fleuve qui porte jusqu’à nous
la Jérusalem
nouvelle
où nous n’aurons plus besoin de Temple
puisque le Seigneur
lui-même
comme bien il semble
se tiendra au milieu d’elle.



Jacques Gruber




page 23


« En avant les cœurs purs ! »
(Matthieu  5,8)

pour Alice


Notre cœur est un hublot
donnant sur l’essentiel.
Encombré par notre ego,
souillé par les dépôts
laissés par nos carburants,
par nos fumées
(seraient-elle d’encens)
il ne laisse pas voir
le Vivant.




Le sentiment océanique
dont le flot nous entraîne
et nous envahit
ne laisse pas prévoir
au sein des mers
la Terre
dont elles portent l’espoir.



Nous chérissons les inutilités :
elles sont notre miroir.
Plutôt l’opacité,
qui nous masque les récifs,
au motif
qu’elle vient de nous,
qu’elle atteste notre pouvoir.




page 24

Alors, bienvenue
à la transparence
qui laisse pénétrer
la promesse,
au cœur de l’existence ;
joie à chaque  coup de sonde
qui annonce la proche venue
de la jeunesse
du monde.






Jacques Gruber


























page 25
Mondanités

N’aimons pas le monde.
Ne le haïssons pas non plus.


Plutôt que de le refaire
trouvons comment l’aimer.


Comment le construire
avec ce qu’il possède de meilleur.


La Parole qui repose
sur lui
le déclare « bon ».
Tout être, toute chose
de mille façons,
sont intelligibles,
et sensibles.


Même si nous savons
qu’il n’y pas d’innocent,
depuis le nourrisson
qui tète
le sein de sa mère
jusqu'au héros triomphant,
au saint que l’on vénère.


Tous ceux,
qui ordonnent,
nos divers mondes,
qui les coordonnent,
ici-bas,
œuvrent  pour rien
s’il n’y a pas
la même Parole, en fin,
qui les couronne
eux tous. 
Jacques Gruber
page 26

L’école du christianisme

Je ne sais pas ce que Dieu projetait
quand il a prononcé
la Première Parole,
mais je conçois qu’il pensait
puisqu’il parlait
alors qu’il n’y avait encore
rien d’analogue,
ni cieux ni coteaux,
ni  fou ni sage,
pour l’écouter
tant
qu’il n’avait pas créé
 un être de dialogue
ce roseau 
à son image
pensant et parlant.

Je ne sais pas
si nous sommes
capables de Dieu ;
je constate qu’il a mis
sa Parole
à portée de nos vies désordonnées,
qu’il nous rend aptes
à la mettre en acte,
suivant toujours au plus proche
de ses ordonnées,
l’approche
de cette parabole. 

Je ne sais pas si le fini
est capable
de l’infini.
Il est le Saint
et je vérifie
que son Verbe
devenant être humain,
fragile comme l’herbe,
mais incorporant le suc intégral
du remède qu’elle apporte,
page 27

nous sanctifie,
en détail et au principal,
sans porter au divin aucune personne
vivante ou morte
ni sacraliser ce que l’on craint,
qui nous séduit ou nous étonne.


Je sais
que je ne sais pas,
n’étant ni fou ni sage,
mais voué
au paraître,
mordant à son appât.
Pourtant j’apprécie
d’être
doué
de visage,
de pensée, de langage
et rendu apte à la Vie.


Jacques Gruber



















page 28

Les gros mots


Mots abstraits
que vous nous faites de mal !


N’est-il pas plus simple
et plus vrai
de dire
Emmanuel et Ressuscité
au lieu d’Incarnation ;
Sauveur et Seigneur
plutôt que
« Deux natures consubstantielles » ?



Qu’est-ce que les ufologues
de la Trinité apportent de plus
à ceux qui vivent
en même temps,
sans confusion
Dieu au milieu de nous
en nous,
et le Saint sans aucun analogue ?



La vérité concrète
de la Transcendance, c’est :
 « Léve-toi et marche »,
« Ta foi t’a sauvé »,
« Va en paix »
et aussi  :
« En avant, tous ensemble,
 dans la justice et par l’amour »,
« Le Règne est déjà-là et pas-encore ».


Jacques Gruber


page 29

Présence



Au Désert, tout Israël avait rendez-vous,
à la Tente.



À Jérusalem
il avait une convocation
devant le Seigneur
dans son Temple
une fois l’an et pour le meilleur.



Au temps de l’Exil
la Gloire du Seigneur
en personne
s’est rendue sur les bords du fleuve
à Babylone
auprès des déportés
plongés
dans l’épreuve.



Dans la Grande Dispersion
la Résidence,
quittant sa colline de Sion,
fait acte de présence
chaque fois que le Rouleau est déroulé
avec tout l’honneur
dû,
la Torah psalmodiée
la Geste et les Commandements du Seigneur
rappelés.



page 30

Lors de la divergence, contre toute attente,
entre ceux qui peuvent témoigner
de l’Unique
issu de la Solitude, au Désert,
le Verbe
a planté sa modeste tente
dans le monde désertique
de nos langues, nations,
âges, sexes ou conditions.


L’annonce de son Évangile,
le baptême au triple Nom,
la communion au même pain
la coupe d’alliance,
l’entraide et la charité qui libèrent,
rendent actuelle
son absence
 présente
à nos histoires
pour tout le temps intérimaire
de l’Histoire.



TEXTES

DE

CIRCONSTANCE





page 33

Le sarcophage ukrainien


« Science sans conscience
n’est que ruine de l’âme. »
Rabelais

Politique sans éthique
n’est que ruine des peuples.



Pouvoir sans espoir
n’est que ruines dans l’histoire.



Avoir sans devoir
n’est que sa propre ruine.



Matins sans desseins
ne sont que ruine de la vie.



Confort sans effort
n’est que ruine des nations.



École où l’on bricole
n’est que ruine de l’homme.



Fêtes malhonnêtes
ne sont que déchéance
physique,
morale
et psychique.
page 34

Esprit avec mépris
n’est que ruine du monde.


Loi sans foi
n’est que ruine de l’Église.


« Science sans conscience
n’est que ruine de l’âme »
à en croire
Pantagruel.
Le sarcophage
de cruel présage
coulé à Tchernobyl,
(lequel réclame
une perpétuelle vigile)
nous en fait mémoire.



26 avril 1986, catastrophe de Tchernobyl





Jacques Gruber















page 35

Pour une naissance


Fille de Minos et de Pasiphaé, Ariane
était devenue fille de Science et de Technique.
Désormais, pour nous, elle sera fille d’ Hélène et de Patrick.
*
Inventrice, par amour, du Fil qui porte son nom,
elle nous guide aujourd'hui, par science, à travers les labyrinthes du cosmos.
*
Ici, nous savons par quel amour, par quelle science, au carrefour des univers
hors du soir qui pleut
et ne s’épuise pourtant pas,
elle est venue au jour
et puise en sa lumière l’or, le bleu et l’éclat
du noir.
*
Pour quel Amour, pour quelle Sagesse
voit-elle –est-elle- ce jour ?.
Pour l’heure, elle est sage et pas sage,
aimée en tout cas d’un amour sans passage.


Paris 9 octobre 1987




Jacques Gruber




page 36




Pour une cousine qui avait perdu son La Fontaine

(et à qui on en a offert un autre, avec les illustrations de Gustave Doré)


FABLIAU

Tita a lieu d’être affligée,
Son La Fontaine a disparu.
Avec les fables envolées
Un peu du réel s’est perdu.

Ç’eût été une bien triste moralité
Si, par chance
- N’allons pas jusqu’à une veine de pendue ! -,
Des oreilles entendues
N’avaient traîné
Par là.
Les circonstances,
Comme qui dirait : « l’occasion, l’herbe tendre »,
Tout conspira
Si bien
Que, le temps d’attendre ,
Et croisant de surcroît Gustave Doré
En chemin,
Le livre devenu introuvable
Reprit sa place de chevet
Parmi d’autres bibles comparables
- Mais peut-être pas du même  tonneau -.

La Fontaine, nous boirons encore de ton eau
De fable.

Paris  1998


Jacques Gruber



page 37


L’AN 2000

        pour Cécile

En l’an deux mille
nous visiterons l’univers,
à l’endroit et à l’envers,
dans des fusées à piles.

Nous tiendrons les deux bouts
de la pelote universelle,
évitant partout
que rien ne s’empile
ou que tout s’emmèle.

Le troisième millénaire
sera magique et unanime,
des abîmes
jusqu’aux sphères.

En l’an deux mille,
dans une atmosphère
qui dope,
nous aurons du sex-appeal,
nous serons l’hyperanthrope.

Limeil 1er janvier 2000


Jacques Gruber



page 38

Année 2001

Il y eut un soir,
il y eut un matin,
ce fut deux-mille un.

Les astrologues nous bercent d’espoirs,
d’où leur vogue.
Mais, dans l’immédiat
les informations
font entendre
une autre chanson
et les médias
ne sont pas tendres.

Pourtant,
au déni
de toute raison
et de toute arrogance
en temps et hors de temps
une voix timide
en nous
dit
qu’en dépit
de tout
ce que le monde écope
l’échelle de Jacob
tient bon
et l’espérance
est solide.



Villecresnes, soirée du 31 décembre 2000
chez Michel et Catherine de M.



Jacques Gruber



page 39






En un clin d’oeil
1 Co 15, 52



Néon
xylène
ou sodium
risque zéro
qui détonne




Toulouse explosion de l’usine AZF , 21 septembre 2001


Jacques Gruber


















page 40

Le tournant du siècle


Occident
sombrant dans la médiocrité,
Orient
voué aux traditions,
la terreur et la peur à l’Ouest
la peur et la terreur à l’Est.
Pour qui sonne ce glas ?



Le feu
qui prend son vol à l’Est
est-ce le soleil qui se lève ?
Le soleil qui se couche à L’Ouest
est-ce sans relève ?
Pour qui détonne ce fracas ?



Mission au Couchant,
soumission au Levant.
Si les termes
étaient intervertis ?
Ce doute germe
dans les esprits
francs ou sans aveu :
si c’était avec les deux,
que consonne ce dégât ?



Va-t-on échanger
le Croissant
contre la Croix
si le fossé
entre la loi et la foi
va s’accroissant ?
L’axe du monde
va-t-il changer ?


Jacques Gruber

page 41

Ne se trouve-t-il personne
qui nous pardonne
en  ce coûteux combat ?

11 septembre 2001



Jacques Gruber



page 42



Deux enfants découvrent une limace




Une loche
qui s’approche,
qui s’accroche
à l’aristoloche ….
rien ne cloche,
mais lui donner une taloche
n’est pas une anicroche
c’est moche.



En forêt
26-27 août 2006

Jacques Gruber





page 43

Assonances sur un prénom





La fontaine n’a tant
d’eau
que parce qu’il a plu
à flots.
Elle n’attend
pas
-puisqu’ainsi lui a plu –
pour offrir
(même s’il n’a temps)
et sans tarir,
son cadeau,
au passant.

Limeil  2007

Jacques Gruber



page 44

La Crise


«  Quand les gens diront : ‘ Quelle paix quelle sécurité ! ’
 c’est alors que, soudain, la ruine fondra sur eux »
(1 The  5, 4)

Elle est venue
de l’intérieur,
de la course éffrénée
au profit.
C’est pourquoi on ne l’a pas vue
venir en cette fin d’année
et elle en a bien ri.


Elle a fait irruption
en plein milieu du cocktail,
sans façon,
et nous a coupé les ailes.
Pourtant, elle remontait
de loin,
de nos égouts,
depuis que nous n’avions
plus aucun dégoût
de nous salir les mains.


Elle a fait remonter
au jour
des bas-fonds de cupidité
et de mauvais tours.
Mondialisation d’un diabète
de gens qui se sont trop sucrés,
elle s’est abattue
sans crier gare
comme un coup de massue
sur toute la planète,
un beau matin,
dans une odeur de cigare
éteint.

page 45
Comme un Calamar
tenace
elle nous étreint,
nous enlace
nous étouffe peu à peu
dans son mitard
calamiteux.


Remontée
de nos tréfonds
c’est du dedans
qu’elle sera surmontée.
Sous l’assaut
de la masse des petits,
au risque de leurs soubresauts.
Mais avant tout de l’intérieur de chacun,
(sans drogue ni psychiatres)
puisqu’au moins,
nous avons en nous
autre chose
que des appétits.
Or,
c’est à coup
de règlements procéduriers,
avec des emplâtres,
du dehors,
que l’on nous propose,
d’y remédier.


Limeil, 2009

crise financière, économique, sociale qui a éclaté en 2008



Jacques Gruber


page 46
Le lilas blanc

pour Philippe


Le Clément et Miséricordieux
exerce la clémence
et fait miséricorde.
alors que nous exerçons la violence
et la terreur ;
faisant fi de cet exemple,
nous usons de la vengeance
et de la corde.
Ensemble,
sur toutes les flaques de sang
nous irons planter un lilas blanc.


Clémence et Miséricorde
vous pansez les blessures,
tant de nos propres corps
que de l’amour propre.
Votre message,
sous tous ses aspects,
guérit du ressentiment.
Il suscite l’admiration de tous,
quel que soit leur étage.
À personne il ne fait injure,
mais force le respect.
Aussi bien, sur toutes les flaques de sang
nous irons planter un lilas blanc.


Le Glaive appelle au combat,
la Terre dit :
« C’est à moi ».
La clémence
oppose le pardon
au mépris,
la miséricorde
parle du cœur.
Leur leçon
est le signe avant-coureur
page 47

du Paradis.
Aussi bien, sur toutes les flaques de sang
nous irons planter un lilas blanc.


Clémence
pour les pensées mauvaises,
les paroles blessantes, l’insolence,
pour celui qui provoque
les méprises et les malaises
réciproques.
Miséricorde
pour les hommes et les femmes
les peuples et les nations
pour les bêtes, les arbres et même les astres,
car tout être vivant pèche,
quand même la Loi l’en empêche
et le succès frôle le désastre.
C’est pourquoi, sur toutes les flaques de sang,
nous irons planter un lilas blanc.



Clémence et Miséricorde,
votre demeure prophétique
n’est pas celle de la guerre qui soûle
ni celle de la paix où l’on s’appesantit,
elle se dit
Dar al Souhl :
Maison éthique
de réconciliation.
Vos voix ouvrent une voie de salut,
c’est pourquoi, aucun de nous ne tremble,
et, sur chaque flaque de sang,
nous irons ensemble
planter un lilas blanc.



20 avril 2009, discours de M. Ahmadinejad, Président de la République islamique d’Iran à la tribune de la Conférence contre le racisme, Durban II, Palais des Nations de Genève

Jacques Gruber
page 48


Vieillesse


En ce jour,
en ce lieu,
 dans la saison
 où les fougères
sortent
de la terre
préhistorique
leurs
délicates
crosses
vertes,


je parcours
des yeux
une vision
étrangère :
escorte
de septénaires
apocalyptiques
et je prends date
de la fosse
ouverte.


Pour ce détour
périlleux
de déraison
où l’octogénaire
transporte
ses chimères
fantasmatiques
immédiates,
je m’adosse
à l’inerte.


page 49

Au retour
au mieux
des passions
éphémères
je n’apporte
que misères
faméliques
qui éclatent
en notes fausses
et pure perte.

Pourtant, à mon tour
de mon mieux
j’accours
vers la Maison
familière
d’où sortent
mes repères
asymptotiques
et me hâte
vers les noces
qui s’apprêtent.


En ce jour
en ce lieu
dans la saison
où les fougères
déroulent
leurs septénaires
anecdotiques
la foule
précoce
des noces
printanières
est toute prête.


Jacques Gruber,  20 mai 2009



page 50

Chacun pour soi



La solitude de l’araignée
qu’elle remixe
dans sa toile
nous voile
ses idées fixes.


La démesure
 du Führer
dans son bunker
se dépense
pour un millénaire
de puissance
qui dégénère
en insulte
et fureur.


Le génie malin
du « petit père »
en son Kremlin
nous calcule
une pilule
bien amère.


Sur son docte
Siège,
le Saint Père
en son Vatican
violet,
noir, rouge or et blanc,
nous concocte
une bulle
à reflets ;
lettre patente
dont on espère



page 51

qu’elle évite les pièges
et récapitule
les attentes.


L’ambiance
partagée
du Président
en son Élysée
crée
plus de défiance
amusée
que d’espérance.

La cachette
du dieu
dans son Temple
fait ample
recette
pour le meilleur
pérenne
de ceux qui prennent
exemple
des suiveurs.

La solitude
du citoyen
lambda
qui déchante
dans la Foule
(un Alpha et Ôméga 
bien restreint)
prélude
au banquet
républicain
où parfois l’on se soûle
pour anticiper
des lendemains
qui chantent.

Jacques Gruber,  23 mai 2009

page 52


Méditation




Nous sommes des mendiants,
des mendiants bien habillés,
mais des mendiants ;
serions-nous même
nimbés
d’un diadème.



Nous avons besoin de Ta bénédiction
jour après jour
de la nourriture
quotidienne
que Tu nous dispenses,
de Ta Parole
que tu nous renouvelles
chaque jour.



Nous sommes des mendiants
qui disent merci :
merci pour la bénédiction
reçue sans mesure
avant même que nous nous en avisions ;
merci pour la nourriture
dispensée en abondance,
bien plus qu’une obole
et sans que nous le méritions ;
merci pour la Parole
de la merci
qui devance
toutes nos intuitions.

page 53

Nous sommes des mendiants riches,
riches d’une bénédiction
qui profite à toutes les existences ;
riches de biens sans monopole
qui se multiplient
lorsque nous partageons 
nos cinq pains et nos deux poissons ;
riches d’une Parole
qui n’est chiche
en aucune circonstance
pour tous ceux qui s’y fient.



Nous sommes des mendiants
mieux habillés,
au jour le jour,
que les lys des champs.




Et si,
malgré cela,
à ton avis,
ta prière
intéressée
n’est exaucée
ni deci
 ni delà,
aide tes sœurs 
et tes frères
à réaliser
les leurs.



à l’occasion d’un mariage, Boissy-Saint-Léger, 23 mai 2009


Jacques Gruber
page 54


Vol AF 447


Il est beau de voir
un avion
qui prend son vol,
s’élevant
de sa base,
comme en extase,
plein ciel,
face au soleil
levant,
tendu vers sa destination.
Un charter pour Le Caire,
un cargo pour Rio,
a plane to Bribane,
un zinc pour Zurich,
un autre osera Paris.
Pourtant, qui peut savoir
sur quel paradis,
se posera cet envol ?



On est plein d’espoir
quand on prend son vol
à l’heure inscrite
par les montres.
On est nourri d’histoires
à raconter.
Pourtant qui sait
vers quelles rencontres
non écrites
nous irons,
où aboutira cet envol
ni ce que diront
les boîtes noires ?



page 55

Dans un transport
qui doit plus au capital
qu’à l’Esprit
un et divers,
on s’affranchit
des pesanteurs
de l’univers,
tout autant peut être
que du bien et du mal.
D’un seul essor,
ravis, sous la poussée des réacteurs,
 mettant toute confiance dans le numérique,
on s’élance à travers la fenêtre
grand ouverte
des vertes Amériques.
Or la Voleuse
nous ravit
cette envolée.




Que s’est-il passé ?
Quel impair ?
Les oiseaux
qui, eux aussi, ont des ailes
le diront-ils ?
Ou ne battent-ils l’air
que  par excès de zèle ?
Les animaux
qui pullulent dans les eaux
nous montreront-ils
le chemin ?
Ou ne sont-ils
que des batteurs d’écume ?
Les orages, les pluies, le destin,
le givre, les vents
qui frappent à coups redoublés
sur l’enclume
de l’océan
nous ont écrasés.
page 56



Est-ce une condamnation divine,
un hasard,
une vengeance ?
Et si cette totale absence,
corps et machine,
au lieu d’un écran noir
était en fait
une transparence
qui nous permet de voir
tout autre chose, par-delà,
et toute chose autrement ici-bas ?



 (écrit dans les quatre premiers jours pendant lesquels l’Airbus 330, Rio-Paris, d’Air-France, a disparu, corps et biens, au-dessus de l’Atlantique, le lundi de Pentecôte 1er juin 2009 sans qu’aucune trace, aucun corps, aucune épave aient encore été repérés)

Jacques Gruber





















page 57

ÉTÉ


La ligne des arbres
met un pagne
au bleu du ciel
bedonnant
qu’accompagne
en plein soleil.
le tapis brillant
 des prés et des eaux.



Les baigneurs
qui singent
les jeux des dauphins
transmarins.
s’ingénient
à suivre
à la nage
dans le miroitement
de l’eau
l’éclat qui cuivre
déjà leur peau
sans ménagement.



Nos corps
cloués entre sol et air
par les liens inaperçus
 d’une aspiration
solaire,
tels des débris
épars, inactifs,
à la béate respiration,
sont devenus,
à l’instar d’un Gulliver,
le parcours électif
 des fourmis.
page 58


Le vent de chaleur qui lévite
le pesant corps
des nuages
et donne aux feuillages
un désir de colibri
s’est assoupi.
Quand on dort
le temps passe vite.


Jacques Gruber

Lac de L’Uby, juin 2009







page 59
Arbres, je vous aime

La forêt expire
dans la tempête
rageante
qui ne doit rien à Shakespeare.
Qui sait même si quelque ogresse
multinationale,
régente du saccage,
derrière ses lunettes noires,
ne s’engraisse
de ce déboire
au passage,
au déni des nids et des gîtes
des oiseaux et des bêtes
qui s’y agitent ?
Mésanges et bouvreuils
fans de leur château,
l’écureuil qui se gratte où ça le démange,
faux anges de renardeaux,
faons qui ouvrent l’œil,
quatre pattes
toutes ailes,
la forêt n’est plus à elles.

Sanctuaire
d’anciens enchantements
où notre bande réveille un chant
de Brocéliande ombreuse
qui ment et ne ment pas,
suspendant nos oreilles à nos pas
sur le tapis des armillaires,
refuge aux amours nombreuses
de nos étés ;
feux humides automnaux,
odorants et mordorés,
grands corps transfuges décharnés
que le printemps recolore
chaque fois;
chênes vénérables, cent  fois dix-cors
dressant leurs bois,
érables sycomores,
page 60

populations de peupliers,
châtaigniers aux mains caressantes
veines
de l’orme,
robe de soie des charmes,
que l’on nous dérobe,
bosquets pentus de hêtres
bruissants
 qui jamais ne dorment ;
premier monde agité
des êtres
fructifiants,
peuple sans haine
et sans armes
que je contemple atterré.


On profitera
de l’événement
pour commercer des essences
et pour ouvrir, au prorata
de l’excédents,
une autoroute dédiée
à nos scarabées
de tôle abreuvés
d’essence.


Je n’aime pas le son
des tronçonneuses
du matin au soir
au cœur des bois;
ni les lèvres trompeuses
ni la langue de bois
qui habillent
la seule raison
du gain et de l’avoir
pour vendre leurs billes.


29 juin 2009: suite à une actualité répétitive de tempêtes et de déboisements de forêt
Jacques Gruber



page 61

Mémorial du monde


Quand perce  le jour rieur,
quand verse le soir souriant,
tout me paraît encore neuf.
Comment expliquer  cela
sinon qu’il y a
des Levants et de Couchants
intérieurs.


Je me love
en mes derniers instants
de sommeil,
 m’éveille, m’avive, me lève, me lave,
m’habille,
me fais beau,
pour hanter l’Est
d’Eden
qui m’ouvre sa table,
dans la peau (sinon le costume) de l’Adam,
isssu d’une bille
d’argile (non de bitume),
mais capable
d’entendre
la Voix qui dit le Oui et l’Amen.



Et je range mes affaires,
j’étanche ma soif,
non pour la traversée
ininterrompue
des enfants du Désert,
mais en vue des heures vécues
dans les zones désertifiées
de l’Occident,
affairé d’Avoir,
assoiffé de Savoir.

page 62

Parvenu à mon midi,
voyageur qu’obnubile
chaque être beau,
je dérive,
plein d’un appétit
nubile,
de la rive
antarctique
laissée aux bêlements
des jeunes otaries en troupeau
vers la noire beauté
du Cantique,
le plus bel élément
de ce monde créé.
Alors même que je redoute
le mois d’août
meurtrier,
− ses fleurs trop en chair,
et ses pèlerins attirés
par des cagnottes
de mythe
dans des surenchères
vieillotes −
en mon zénith,
j’ai la présomption
de boire
à la régalade
la boisson
royale
de la maturité
dans son entière
gloire
afin d’effacer
la vie fade
jusqu’à la dernière
décimale.





page 63

Quand la moitié contemplative du ciel,
drapée dans ses voiles nocturnes,
interrompt sa quête
et sombre dans le sommeil,
où veillent
 le Yin et le Yang,
la moitié active de la terre,
où tout s’entreprend
et tout se vaut,
accoste à sa rive diurne,
fière
de son Big-bang,
pour partir à la conquête
d’ horizons nouveaux.





L’Occident qui vit
au défi
de l’histoire réelle
sera-t-il supplanté
par les civilisations éternelles?
Quel avenir
pour nous
si les uns
sont sous le coup
du repentir
tandis que leurs voisins
réclament l’arriéré
d’un amour propre blessé,
qui se double d’une guerre
d’imaginaires ?
Alors qu’en vérité,
le Nord de la faute et du rachat,
des massacres et des renaissances ;
le Sud de la ferveur et du combat,
des privations et des magnificences,
sont « pesés, comptés, divisés ».

page 64

Le monde qui grappille,
le monde qui gaspille,
le monde qui pille,
n’écoutent qu’eux-mêmes
et se font peur.
J’aime
qu’une parole venue d’ailleurs
pleine de vie et d’effet
ouvre les cœurs
et apporte la paix.



Et quand le jour et la nuit
s’inversent,
que les fils du Levant
hommes des sables et du pétrole,
conteurs d’histoires,
rêvent
de gloire
contre celui qui leur nuit,
moi, rejeton du Couchant,
homme du fer et de l’école
qui enseigne le monde entier,
je me relève
pour troquer
la Cité électrice des Lumières
contre des enseignes de néant
qui me versent
l’électricité
de leurs alcools de misère
et de néon.


Pour les uns, le sirli
qui niche dans le méteil,
  prend son vol irradiant
contre le soleil
au sol inabouti
que ses pulsions ressassent.
Pour les autres, l’oiseau
page 65

de Minerve,
radiant
le jour en verve,
tire le rideau
du soir
dont le trou noir
nous engloutit
dans sa masse.


Suis-je encore là,
hôte de mon habitacle charnel,
à moi-même pareil,
ou suis-je déjà veuf
de tout au monde ?


Comment expliquer  cela
sinon que tout est refait de neuf
par le Miracle factuel
qui, entre temps,
me sonde
en mon centre vivant.


À mon couchant,
sur le rebord abyssal,
(serait-ce la fin ?),
alors que la nuit s’épaissit,
que je m’enfonce
(moi, connaisseur ès destins)
au fond viscéral
de l’aven
d’Hadès,
retentit
la Voix du Relevant
qui  prononce
le Oui 
et l’Amen.

Jacques Gruber, Limeil mars 2010
page 66

La ballade du pendu


Ils ont pendu le cadavre de Dieu
dans le cabinet de Barbe-Bleue ;


rangé le croire
au magasin des accessoires ;


mis les inspirés
au banc des accusés ;


rangé les grands récits
au rayon des livres interdits ;


relégué l’espoir et même le hasard
au placard ;


épinglé les miracles
à la porte des débacles ;


envoyé les règles et les leçons
au pilon des contrefaçons ;


cloué à l’enfer du pilori
nos ilots de paradis ;


poussé les démons et les anges
au back-room de tous les mélanges.


Suiveurs des hérauts
prophétiques,
ils ont glosé du salut
page 67

dans la maison du pendu,
se gardant bien haut
de prendre aucun risque.


envoi :

Princes des esprits forts,
créatifs, capables de la liberté, 
 bravant le sort,
vous poussez
au naufrage
une série
 d’imitateurs
sans talent, sans génie,
mais tentés par le voyage
dans l’au-delà des valeurs.


Et vous vous en tenez quittes.





Jacques Gruber,  Limeil, mai 2010

 après une relecture des Mots de Jean-Paul Sartre








page 68

Les Sagouins et les blaireaux


Les années se suivent, se ressemblent et empirent.
Les Sagouins spéculent,
polluent,
démoralisent,
persécutent,
asservissent,
réinventent leur empire.
Délaissant la machette ou le hachoir,
ils ont fait placer,
proche de leur cerveau de reptile,
un dentier
en mâchoires
de crocodile.


Les années se suivent, se ressemblent et dégénèrent.
Les blaireaux, en mauvaise odeur,
 font les frais
des déficits
(de la bourse, des aliments, de l’air et de l’eau),
des faillites,
de l’impéritie,
des idéologies,
des expérimentations à grand attrait,
de la terreur
et des guerres.


Les années se suivent, se ressemblent et se dégradent.
L’inerte a des réactions imprévues :
poles et sexes qui s’inversent,
secousses telluriques
sans parade,
éruptions inattendues,
climats à la renverse,
montagnes qui glissent,
bizarreries cliniques.
Alors même que les animaux nous en avertissent.

page 69



Et si les Sagouins,
même mis au vert,
ici encore,
avaient ouvert
la boîte de Pandore ?



blaireaux : terme péjoratif pour de petites gens imbues d’elles-mêmes.

Jacques Gruber,  Limeil, mai 2010


crise financière, économique et sociale, tremblement de terre en Haïti, explosions dans les mines de charbons en Chine, marée noire de la BP au large de la Louisiane, les chemises rouges de Thaïlande, etc.


























page 70

Catachroniques



Le serpent thaumaturgique,
depuis longtemps, a mué
que ses adorateurs
vénèrent toujours son exuvie.




Le rejeton dynastique,
aux yeux de tous, est devenu fou
que, malgré cela, ses foules
n’en réclament encore
et encore
ses apparitions.




Le maître académique,
depuis belle lurette, n’a plus rien à dire
qu’en dépit de cela, ses disciples
ne cessent, pour autant,
de recueillir
ses propos rémanents.




L’artiste emblématique,
au dire des connaisseurs, a perdu tout talent
que ses admirateurs
n’en demeurent pas moins accaparés
par le monument
 qu’il s’est édifié. 



page 71

Le héros patriotique,
aux dires des gens,
est cent fois compromis
que cela n’empêche ses partisans
d’encenser l’aura
qui reste de lui.


Pourquoi l’insecte antédiluvien
pris dans l’ambre d’une résine,
lui seul qui n’est plus rien
dans la nature,
dégage-t-il derrière nos vitrines
le charme permanent,
d’une valeur sûre ?  


Jacques Gruber, Limeil, mai 2010


page 72

Intelligentsias, que d’avanies en votre nom

« Ce que je sais, c’est que ne sais pas », Socrate,

Nous sommes bien contents
si l’esprit contestataire,
nous libère
de l’étroit isthme
 des oppressions.
En retour de quoi
toi et moi, moi et toi ,
sommes devenus les pions
du nihilisme,
nouvelle étroitesse
qui  se paie comptant.

Nous « savons »,
mais pourquoi nous soumettre  
au simple constat
que cela existe ?
Qu’il se situe
à Hue
ou à Dia,
l’analyste
qui n’agit pas
ne change rien au fait :
se mettre ou se démettre.

On ne demande pas la lune,
mais :
 de deux choses l’une :
 « Qu’on le veuille ou pas ; 
 C’est comme ça ».
« C’est à prendre ou à laisser ».
« Étant donné non et oui,
jour et nuit,
un cas ou l’autre cas,
plutôt que le ridicule
de se taire,
nos universitaires
ont trouvé la formule :
 On peut dire cela. »

page 73

À chaque pas
nous nous prenons
dans les chausse-trapes
des contradictions :
« Tiens-toi droit
et regarde où tu mets tes pieds ! ».


Nous savons
sans pouvoir décider
qui aura raison.
À l’heure où le feu du volcan
affronte l’océan
dans un heurt explosif,
à mille degrés
qui préjugerait
du naïf œil bleu du lagon
qu’ouvrira demain
l’improbable récif
corallien ?

Nous savons analyser nos destins,
de face, de profil et de dos,
pourquoi n’apprenons-nous pas
à en sortir par le haut ? :
« Animés d’une passion dionysiaque
pour la vie,
les déboires d’après boire
nous les bûmes ;
les tabagies,
nous y fûmes ;
tour à tour,
dans chacune
des demeures
du Zodiaque.
Á l’avenir,
sinon que je meure
par l’infortune
de mes amours,
 quand j’aurai le vaccin,
je n’aurai plus besoin
de me retenir ».
page 74
Délivrés de toute culpabilité,
nous le sommes;
au risque de la bonne conscience
et des nouveaux justiciers.

À travers son prisme iridescent,
l’intelligence
réfracte
la  totalité
et lutte par ses actes
contre toutes les pestes,
mais l’ironie raille
les trains ou les vélos qui déraillent.
Nous avons  beau jeu de dénoncer
les ombres
que projette l’immanence
des Organisations.
Pour devenir utiles
au plus grand nombre,
les idées, même modestes,
doivent prendre un corps social.
Il est facile,
mais d’un douteux  aloi,
de crier « haro » sur les Eglises,
les Partis, les Institutions
d’où vient tout le mal
lorsqu’on reste
sur son quant-à-soi.

Nous savons que tout se vaut,
que le rejeton mâle
nourrit un dessein
de mort du Père,
qu’il est périlleux de s’affranchir
du sein
de sa mère,
mais qu’il ne faut pas s’attendrir
ni en faire un scandale.
La maturité est à ce prix.
Sans que l’on nous dise ce que valent de tels tuyaux
(et, peut-être,  voulons-nous ignorer cet avis).
« Papa drague, maman boit,
je me drogue, moi ! »
page 75

Nous avons été tirés de l’ignorance,
mais pas de la suffisance.

Nous savons. Les vérités crèvent les yeux
au point de nous aveugler
sur nous, sur les autres, sur les risques courus.
Les Lumières nous ont éclairés
sur ce que nous sommes devenus,
ou nous ont rendus
chassieux.
« C’est la faute de la société »,
« C’est sa nature, sa déraison ».
« C’était une pulsion ».
« Ce n’était pas moi,
j’ai obéi à une voix ».



Nous savons presser les fruits pour en tirer le jus
au point d’en avoir des coliques.
Au lieu d’un antidote,
des étals de camelote
se sont étendus
 sur les scènes bucoliques :
hommages
à la laideur, jusqu’au sordide,
étalages
de rebuts,
de déchets, de nécroses,
faveur octroyée aux ratages,
et personne d’assez courageux
(ou candide)
qui ose
faire l’aveu :
« Le roi est nu » ;
« Tu es poubelle
et tu retourneras à la poubelle ».
Une fois rompu le charme
et le tourment
de l’inspiration
nous en restons
au détournement :
page 76

« Lève-toi de ton grabat
prend ton arme
et tire dans le tas. »
 « Aime
ton démon
comme toi-même. »
« Réveille
l’animal qui sommeille
en toi. »*

Nous  nous voulons affranchis des tabous
au risque de faire passer en actes
les fantasmes
les plus fous. 

Nous savons mener les débats,
pourquoi tant nous complaire
dans le spectacle de nos ébats ?
« Mirabeaux demandent mirabelles ».
« Faunesse cherche faune(s) ou levrette(s) ».
« Fauve réclame fauvette(s)
ou loup, bon et beau ».
« Bonobo
échange tous partenaires ».

Nous savons démonter et remonter
les ressorts de tous les existants,
les clés sont faciles à utiliser.
Sans spécifier pour autant
qu’elles ouvrent sur un trou
si nous n’avons, par devers nous,
rien de vivant.
À quoi bon connaître le Sésame
si notre visage mou
proclame
l’insignifiant ?
À quoi rime de posséder le Chiboleth
qui donne accès aux essences
quand nous cultivons le non-sens
d’un « jérimaleth » ?


page 77

Nous avons acquis l’indépendance,
au risque de la corruption.

« L’homme est la mesure
de toute chose »,
mais ,
pour peu qu’il vive en groupe
et plus encore se propose
de prendre la tête de la troupe,
sa nature
est d’être hypermétrope,
d’ avoir les yeux
plus gros que son volumineux
 estomac,
jusqu‘à devenir comme un dieu
misanthrope.
Il est intelligent
pour éliminer les élites,
sous le poids de la masse,
afin de laisser sa place
à l’entrelacs
des profits
illicites
dont il se remplit
les poches,
tout comme
 à faire de nous des cloches
en vue de son te deum.




Si l’Intelligence pouvait parler
que dirait-elle ? :
« J’étais sœur jumelle
des arts,
comme, pour la plupart,
 s’en souviennent encore les savants.
Par une surdose de négation,
je suis devenue un principe dissolvant,
un vent qui dessèche le sol des nations.

page 78

(Pour un chameau notoire
qui ne serait pas au rendez-vous
des archéologues,
nous jetons par-dessus bord
de nos petites pirogues
les témoignages
de prime abord
qui, depuis des âges,
font naître en nous,
au déni de la Real-politique,
le sens prophétique
de l’histoire.)**

Mes maîtres,
qui sont les vôtres,
n’ont pas les moyens de me faire
renaître,
moins encore de m’obliger à me taire :
mon appel s’adresse à d’autres. »





À propos des productions des genres les plus divers qui nous sont présentées, à maintes occasions, au titre de la culture occidentale d’aujourd'hui, comme représentatives de l’esprit du temps et dignes de la considération. de tous.

* Évangile selon Marc 2, 9 ; 12, 31 ; Épître aux Romains 8, 4-27, Première aux Corinthiens 2,9.
** L’existence de chameaux dans la zone géographique concernée par le Livre de l’Exode n’étant attestée qu’à partir du 7ème siècle avant l’ère courante, les textes relatifs à la présence du peuple Hébreu en Égypte et à sa sortie de la servi­tude (au xiiième millénaire avant notre ère) sont mis en doute parce qu’ils en font mention. Le destin des historiens serait-il de ruiner en nous le sens de l’his­toire ?


Jacques Gruber,  Limeil, mai 2010








page 79
Le Mistigri
pour Jeanne

Le soleil, père tranquille,
descend,
doré comme une Place Stanislas,
mais c’est pour finir en fiente,
hélas,
à moitié gris,
dans les bidonvilles
indécents
de nos métropoles géantes
qui s’échangent ce mistigri.


Tels les bons apôtres,
nous sommes, de tête et de cœur,
du parti
des réfugiés, persécutés
dans leur patrie,
mais nous préférons les voir ailleurs,
chez les autres.
Et je te passe le mistigri.


Les merles bleus du Yellowstone
ne sont jamais si beaux
que sur un fond jaune
en automne,
alors que la forêt,
où l’été se plaît,
leur impose un rideau
vert de gris.
Et je te repasse le mistigri.


La planète bleue
n’est jamais si belle
que sur son fond de chance
gratuite et naturelle.
Il faut que sa déchéance
lui vienne de ses propres hôtes.
Et je t’en repasse la faute.
page 80



L’enfance,
si humble fût-elle,
avait une saveur âcre de naissance,
alors que le vie, même enviable,
qui s’achève
répand l’arrière-goût aigri
du mauvais rêve
non viable.
Et je te repasse ce mistigri.



Chat botté
de nos courtes histoires,
le mistigri originel
qui ne fait que des poires
en mentant sans appel,
s’est inséré
de toute façon
dans notre jeu.
Nous ne nous en débarrassons
jamais,
faute de mieux,
nous nous le repassons.



Jacques Gruber,  Limeil, mai 2010



page 81

Il n’est pas toujours temps

pour Paulette

« Tel qu’en lui-même enfin, l’éternité le change »
Mallarmé, Tombeau d’Edgar Poe

Les morts
sont en dehors
du temps,
au-delà des mérites.
À quoi sert de les y ramener
en dressant, par piété,
un monument
qui s’effrite ?

Les morts
sont en dehors
du temps,
ne restons pas à leur chevet.
Au regard de notre inachèvement,
ils sont devenus,
des humains
enfin
achevés.

Les morts
sont en dehors
du temps,
comme Jonas
dans le ventre du poisson.
Qu’ils aient été des nuls ou des as,
nous les aimons
intarrissablement.

Les morts,
nos parents,
sont en dehors
du temps,
leur mise entre parenthèses
nous signifie
la vérité de la vie
qui nous met mal à l’aise.
page 82

En dehors
du temps,
rien ne nous accroche.
Pourtant,
toute somme
faite,
les morts,
dans leur absence
qui n’a rien d’un somme,
nous sont bien plus proches
que l’on ne pense.
Même lorsqu’on les fête.

En dehors
du temps
hors toute demeure
(ce qui est la condition des morts),
l’existence,
 dans son long cours,
entraîne mon moïse
jusqu’à ce que je meure
à mon tour
de toute évidence,
et pourtant
 sans exclure la surprise.

Dans cette salle d’attente
où tant de souvenirs
se pressent,
ne sois pas si sévère
envers ta jeunesse.
Avec tous ceux, amis ou passants,
qui ne m’ont pas quitté,
je vois  venir
avec la plus grande curiosité
le moment
que la mort m’attente.

 Jacques Gruber,   Limeil, 30 mai 2010



page 83

Arts poétiques


Suivant le décorum
réglé par la pleine lune,
la nuit des coraux,
dans son somptueux décor
qui ne doit rien aux hommes,
lâche, au sein des eaux,
le nuage d’or
de sa poésie silencieuse
dans la clarté opportune
des raies lumineuses
que tracent les autres créatures
du récif
à la mesure
de l’excessif.


La pluie enfuie,
un fleuve d’effluves
diluviens
advient
dans le trop plein
de l’air tropical
en fête
ce matin,
poésie non ouïe
faite
des puissantes senteurs
du fond primordial
d’un monde
en fleur.


Les cris et rumeurs
sortant de la gorge profonde
de la forêt
hors d’âge
d’où montent sans arrêt,
les plaisirs et les peurs,
l’aspiration sauvage,
page 84

profuse, diffuse, confuse,
volens nolens,
de la plante, du moustique,
de l’oiseau,
du singe et de l’homo
sapiens
nous disent un poème
qui reste mystique
au vu de nos lexèmes.


Viennent les mélopées
de la savane et de la brousse,
rythmées
par les tambours,
appelant à la guerre
ou à l’amour,
disant, sans phrases,
l’extase,
la prière,
ou la frousse.


Adieu visions
psychédéliques
hallucinantes,
épuisantes,
qui croient voir Dieu en face
sous l’effet du peyotl.
La drogue qui nous duplique,
fait de nous des larves de la race
mutante
capable de (pro)créations,
qu’est l’axolotl.


Bonsoir, chants d’amours
divines et humaines,
foraines
 ou recluses,
auxquelles le haschich
donne accès.
page 85
Herbe des poètes et des sages,
elle ouvre nos écluses
et donne cours, à l’excès,
aux voyeurs embarqués
auxquels un fort bakchich
sera réclamé
pour le passage.


Salut à vous, Paumes de David
respirant sur un rythme parallèle,
Tôrâh, Parole, Écrits
portés sur l’aile
de l’Esprit.
Verbe créateur
qui donne Vie,
textes prophétiques,
inspirant nos histoires
et nos paroles,
jusqu’aux phylactères bibliques
vigiles
des jours rebelles
qui nous sont comptés.
Et toi, quadruple Bonne nouvelle
de l’histoire et de la parabole
qui décuple notre espérance.
 Évangiles
de l’Alliance
dont l’édifice entier
se soutient
par ces deux poutres maîtresses
que sont les pains
et les poissons
multipliés
et l’indépassable
Passion,
répondant de nos détresses
et de notre joie,
dans le pain et le vin de sa table,
qui nous ouvrent la Voie.



page 86


En avant, épopées légendaires,
dont la démesure,
depuis Homère,
nous apprend comment lire
l’histoire mêlée à la nature
dans un délire
d’amours et de haines,
de triomphes et de peines
de mémoire et d’aventure.



Bienvenue, chansons
et refrains,
danses populaires
ballées sur l’aire
ou sous les pins
au son
de la balalaïka ou du crincrin ; 
cadences du country
qui repassent à l’envi
la nostalgie
qu’exsude l’étendue
de la prairie
qui stridule à perte de vue ;
chants révolutionnaires
nés du pavé,
patriotiques et vengeurs,
engagés
pour les lendemains
meilleurs
d’un siècle humanitaire.


Tous ces rus
coulent de source.
Ils ont bu
le lait de leur invention
à la rivière galactique
qui roule les constellations
des peuples
page 87

pareilles à l’Ourse
de l’étoile arctique.
Ils ont délié
de toute gangue
étrangère
hostile
les mots et le style
des langues
vernaculaires.

À votre tour, poésies érudites,
gnomiques, allégoriques,
comptines de marmots,
pour lesquelles
tout profite
à faire sens,
en fonction des échelles
qui attribuent leur cens
aux expressions et aux mots.
Et vous aussi, odes élastiques,
sonnets, fables,
distiques
sentencieux
et strophes plus affables,
qui mêlez vos jeux.


Hymnes et cantiques
de Noël ou de Carême,
et encore : poèmes
soumis aux mètres classiques,
couronnés par nos caciques
forts en thème,
avançant sur les dactyles
de leurs iambes,
ou sur leurs pieds quasi tactiles
que la rime enjambe.
Métronomes
de la cadence,
gardiens de l’assonance,
école où l’on apprend
à gérer de façon économe
page 88

les rythmes et les rimes.
Nous vous devons autant
de respect et d’estime
qu’aux plus beaux monuments
que l’on imprime.




Place à vous, mages
aux rythmes hermétiques.
Vos écritures,
inscrites
dans l’au-delà de la logique,
semblables au Phaéton solaire,
se font  les interprètes
de toutes nos gageures,
dites et non  dites.
Vos images
infiguratives,
peu scolaires,
au-delà du mal et du bien
du laid et du beau,
offrent un berceau
pour une intention secrète,
rétive
au sens trop commun.




Bonjour, Monsieur Jourdain
qui pensiez avoir appris 
que tout ce qui est vers n’est pas prose
et tout ce qui n’est pas prose est vers.
Aujourd’hui,
la guerre des deux roses
a pris fin.
On a désenchanté les vers,
libéré de ses craintes
la poésie en toc ;
on a désenclavé la prose
page 89

du bloc
de ses contraintes.
Il n’y a plus ni endroit
ni envers,
(à faire perdre son latin
au bon Saint Eloi),
vers ou prose, prose et vers
se sont rejoints
dans le style,
ni confondus ni séparés,
à l’instar des conjonctions astrales,
heureuses ou désastreuses.
Roman et nouvelle, élégie ou idylle,
tout est  poïésie
dans la manière, écrite ou orale,
dont c’est dit,
pour autant que s’ingénie
là notre esprit.




Jacques Gruber, Limeil, juin 2010





page 90

TABLE  DES  MATIÈRES


Liminaire page 2


« LE  MATIN  VIENT »
page 3

Soir et Matin  p. 4
Commencements et recommencements  p. 6
Une histoire bien connue  p. 7
À bon entendeur, le salut  p. 8
Les murs de séparation  p. 9
Soulatge en Cévennes  p. 12
Chemins  p. 13
Rien n’est écrit d’avance  p. 14
Portes  p. 15
Places  p. 16
Jeu de rimes  p. 17
À tout problème son secours  p. 18
Vivre aujourd'hui et demain  p. 19
Histoire de feu  p. 20
Passion  p. 22
En avant les cœurs purs  p. 23
Mondanités  p. 25
L’école du christianisme  p. 26
Les gros mots p. 28
Présence  p. 29



TEXTES  DE  CIRCONSTANCE
p. 31

Le sarcophage ukrainien  p. 33
Pour une naissance p. 35
Pour une cousine qui avait perdu son La Fontaine p. 36
L’an 2000  p. 37
Année 2001  p. 38
En un clin d’œil p. 39
Le tournant du siècle  p. 40

Deux enfants découvrent une limace p. 42
Assonances sur un prénom p. 43Le sarcophage ukrainien  p. 33
Pour une naissance p. 35
Pour une cousine qui avait perdu son La Fontaine p. 36
L’an 2000  p. 37
Année 2001  p. 38
En un clin d’œil p. 39
Le tournant du siècle  p. 40
La Crise p. 44
Le lilas blanc  p. 45
Vieillesse p. 48
Chacun pour soi p. 50
Méditation p. 52
page 91

Vol AF 147 p. 54
Été p. 57
Arbres je vous aime p. 59
Mémorial du monde p. 61
La Ballade du pendu p. 66
Les Sagouins et les blaireaux p. 68
Catachroniques p. 70
Intelligentsias, que d’avanies en votre nom p. 72
Le Mistigri p. 79
Il n’est pas toujours temps p. 81
Arts poétiques p. 83


Table des matières  p. 90



            Du même auteur : « La Représentation de Dorothée Sölle, Revue d’histoire et de philosophie religieuse, Strasbourg, 66ème année, 1986, n° 2 et 3 ;
Entendre la Parole. Le témoignage intérieur du Saint Esprit, Paris, Édi­tions du Cerf, 2003,
« Vous serez mes témoins ». Pour un temps de confusion et de mutations, Paris, Éditions du Cerf, 2009.

autres blogs :

cevenneproche.blogspot.com (dessins);
alpestivale. blogspot.com (dessins) ;
sartresansechec.blogspot.com (philosophie) ;
vous-serez-temoins.blogspot.com (théologie) ;
theologie-deconstruction.blogspot.com (théologie),
biblentoutemps.blogspot.com (mé­ditations) ;
tradition-ou-parole.blogspot.com (religions) ;
poesie-parole (poésie) ;
existence-et-sens (essai) ;
public-gruber (publications de l’auteur).

















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