LES
GRANDS
CARACTÈRES
page 3
IL ME DIT :
ÉCRIS EN GRANDS
CARACTERES POUR CEUX QUI
LISENT
ET NE RETIENNENT RIEN
DANS LEUR ZONE GRISE.
LE PASSAGE
À L'ÉCRITURE EST TOUJOURS UNE
NOIRCEUR,
page 4
MALHERBE, BOILEAU L'ONT DIT.
UN POÈME
A LA PUISSANCE
DES IMAGES, IL FAIT
ENTENDRE DES SONORITÉS, CE
N'EST PAS UN
MODE D'EMPLOI ;
UNE PAGE
DE TEXTE INTUITIF, MÊME SOUS
LA
page 5
FORME D'UN
RAISONNEMENT, SE LIT D'UN
SEUL TENANT, LA
PENSÉE SE REGARDE
COMME UN PAYSAGE, À PARTIR DU
MOT PRINCIPAL, DE LA
PHRASE ESSENTIELLE, DU DÉTAIL
IMPORTANT, DE LA FAḈON DE
page 6
S'EXPRIMER, DE
LA MANIÈRE DE
DIRE ;
CE N'EST
PAS UN ROMAN
OÙ PRIMENT LE
STYLE, L'INTRIGUE, L'ACTION
ET LES SENTIMENTS ;
CE N'EST PAS
UNE PUBLICITÉ QUI N'OUVRE
page 7
QUE SA
PETITE FENÊTRE INTÉRESSÉE.
page 8
Il me dit :
‟La plus belle image au monde
de notre
humanité
qui soit,
c'est celle
d'une mère,
sans couronne,
sans étoiles, avec simplicité
portant son
enfant contre soi,
dans sa beauté
ordinaire.”
page 9
À l'encontre du
grand récit
du monde,
écrit ou non
écrit
qui se fonde
sur la
brutalité.
‟Et laissons
ceux qui
implorent,
en bande
organisée,
à la belle
saison,
page
10
des poupées
miraculeuses
vêtues d'habits
somptueux
qu'un nimbe
exalte encore
jusqu'aux cieux
au-delà de nos
nébuleuses.”
page
11
Dis à mon père
décédé cinq mois avant le débarquement.
que la guerre
est finie,
que la
libération
est venue,
que les combats,
exploitant nos dernières
inventions,
nos armées en
déroute,
page
12
l'occupation,
les écoutes,
les
dénonciations,
toute nos hontes
sont bues.
Dis-lui de ma
part :
‟Tu peux encore
et malgré cette
croix,
être fier du
pays tricolore
de ton choix,
page
13
être chic,
riche,
sans être un
aparatchik
et sans triche,
retrouver tes
amours familiaux
malgré les
vides,
Paris,
ta ville, sous
le dôme des Invalides
page
14
le cœur et
l'esprit,
des heures
chaleureuses,
tes intérêts,
les tâches
sérieuses ;
dans le cabinet
noir
tes clichés
des parties
familiales joyeuses,
sont encore
humides
de leur vivant
espoir.”
page
15
Dis à ma mère :
‟J'ai lu
les poèmes
copiés par toi,
sans commentaire
superflu,
avec un soin
extrême,
dans l'album de cuir
usé par l'emploi,
rouge sang,
page
16
fermé par une
agrafe.”
Ce sont des nymphéas
qu'on ne cueille
pas,
fermés sur le secret
sentiment
de celle qui en est
la calligraphe.
Je veux inscrire,
les vers qu'à mon
tour, j'admire
pour que vous les
trouviez,
réunis avec les
tiens, ô ma mère,
page
17
entre les mêmes
feuillets
du recueil plus que
centenaire.”
page
18
Il y eut une
première rencontre heureuse :
une genèse cosmique intelligible,
car la lumière fusa
sur les choses,
en avance de l'esprit
qui dispose.
Il y eut une seconde rencontre heureuse : quand un
page
19
bouclier d'atmosphère nous
enveloppa ;
ce fut la genèse intelligible
de ce globe.
Il y eut une troisième rencontre heureuse, loin du regard,
semblant dérisoire :
l'apparition de la membrane formant
un lobe,
page
20
se dédoublant, multipliant,
mais non au hasard,
pour la divine surprise
du tardigrade transparent,
qui s'organise
en vue d'un jour suivant ;
ce fut la biogenèse
intelligible.
Il y eut une quatrième rencontre heureuse, sans à-coup,
page
21
après que les premiers
poissons
respirant l'air
libre
fussent sortis de la mer
pour vivre
et construire leurs
habitations ;
nous sommes sortis des ondes,
il y a des milliards de règnes
page
22
où la nature eût exigé que tu
pondes,
mais tu tenais des musaraignes
;
puis ce fut la station debout
;
les hominidés avec leurs histoires.
Il
y eut une sixième rencontre heureuse, quand l'intention préhistorique
de notre action
page
23
nous a permis de prendre une
distance avec nos impressions :
ce fut une naissance,
la pensée et l'invention des
langages.
Il y eut une septième rencontre heureuse dans le sillage
intelligible des saisons : le
croissant fertile ;
ce fut le début de l'Histoire,
page
24
marche en avant sans répit
de l'humain tiré de l'argile
et mû par l'esprit.
Là tout est bon,
dédié à la valeur,
non par chance
mais au diapason
de l'intelligence,
aboutissement
page
25
admirable, digne de nos
bibles,
inachevé dans le temps.
Que de bonheur
auquel nous sommes éligibles !
page
26
Je demandais à mon esprit :
‟Qui
sont ces gens en tenue blanche ?”
Il me
répondit :
‟Ce
sont les champions de la dernière manche
des
progrès humains
pour
la survie.”
Et je
lui disais :
page
27
‟Pourquoi
n'ont-il pas d'ustensiles
entre
les mains ?”
Il me
répondait :
‟Parce
que c'est plus difficile
de
lutter contre la nouvelle barbarie.”
page
28
J'ai demandé :
‟Qui
sont ces milliers d'enfants
vivant
sous la tente
à même
un désert tremblant
dans
l'attente
d'un
avenir livré à l'imaginaire ?”
Il m'a
été rétorqué :
‟Ne le
prends pas à la légère :
C'est
la multitude sans répit
des
fils de la revanche,
page
29
il n'y
aura pas
feuille
sur branche
qui
soit épargnée
partout
où passera
cette
armée.”
page
30
Je contemple
ta
figure sur l'oreiller,
timbre
d'entière rareté,
et je
t'aime ensemble. (duel grec)
Le
sourire que tu m'as donné
m'accompagne
dans
l'adversité :
la
pénurie et la hargne.
Tu ne
le vois pas,
mais
je pleure
page
31
sachant
que tu paniqueras
si la
malveillance t'effleure.
Souriant
ou inquiet,
ton
visage,
attire
les amitiés
de
tous parages.
Le
privilège
de ton
amour
m'allège
page
32
des
soucis ;
dès
que tu mes souris
je me
garde du piège
qui
est en moi
et du
mauvais tour
qui
m'assiège
dans
la basse-cour
des
monstres froids.
page
33
Les arbres sont ébouriffés
par un
vent fort,
et je
me demande :
‟D'où
vient que je sois oublié
par
les miens
tenu
dans les ténèbres du dehors
où
s'agite la propagande
des
païens ?”
page
34
Je
suis le seul dieu jaloux
de mes
écritures.
Les brillants cailloux
qu'un
éclair capture
peuvent-ils
faire peur,
porter
outrage,
créer
une stupeur
dont
on prendrait ombrage,
jusqu'à
me tourner le dos
me
tenir hors de leur cercle,
page
35
me
couvrir d'un couvercle ?
Je
sens combien les arbres sont bousculés,
au
risque d'un vent qui répande
tout
leur feuillage
sur
les chemins de bestiaux.
Et je
me demande :
‟Ne
finiront-ils pas déracinés ?”
page
36
‟Sache
qu'il n'est pas bon
de prendre une posture d'apache
ou, sinon,
d'exprimer des pensées qui n'ont
subi aucune lessive,
par nos intelligentsias
quand on n'est pas une autorité
assise
à qui l'on passe un mot au-delà
page
37
de ce que l'on peut attendre,
qu'on ne sait pas faire sa cour
ni bien se vendre
sur le marché qui a cours.”
quand on ne hante,
au moment
où le ténor chante,
le commun logement.
quand on ne hante,
au moment
où le ténor chante,
le commun logement.
page
38
J'étais un parisien
à Lyon
et Marseille ;
autres
capitales
qui me
furent amicales,
des
plages, assidu paroissien,
l'esprit
à merveille.
Je fus parisien
en
Cévennes
où je
pris épouse,
page
38
pâtre
pour les jeunes, berger des anciens,
sûr de
moi et léger de flouse,
je me
guidais par mes antennes.
Parisien
en
Alès, un tantinet pharisien,
porteur
de la Parole qui m'illumine
en
pleine crise de la Mine ;
ensuite
en Gardonnenque,
page
39
non
loin des berges
du
Gardon,
à la
saison des asperges.
ou de
melons,
me
battant contre sept clochers jusqu'à ce que je les convainque, avec les mots
des champs et des vergers.
Pour finir, parisien
dans
le Val-de-Marne
page
40
peuplé
d'Africains,
au
service de la Parole qui s'incarne.
Peuples de France,
le
parisien que je suis
vous
aime tels que vous êtes,
dans
un esprit
de
fête
et
d'espérance.
page
41
‟Tu lis trop”
me
disait un maître que j'admire.
Mais
les livres sont gros
et que
faire, sinon les lire ?
‟On ne
les déchiffre pas, on en presse le jus,
entre
les lignes”.
Aujourd'hui
que le temps a passé,
où je
repense
page
42
aux
textes que j'ai visités,
d'une
lecture jamais insensée,
ne
retenant des pages que leur contenu,
par-dessus
les phrases et les signes,
sans en ignorer aucun
néanmoins,
à cette heure, en récompense,
je
saisis les tenants
page
43
de ma
propre pensée
mieux
que des écus,
mais,
tout comme eux, sonnants.
page
44
En classe, je rêve.
‟C'est
un dactyle”,
dit le
professeur,
‟Une
longue et deux brèves”.
Comme le morse
aux éclaireurs.
Cela
suffit pour que le rêve s'amorce :
Syllabe ?
Rime avec crabe !
page
45
J'évoque
ce que je reçois
de mon
sens tactile,
je
compte mentalement sur mes doigts.
‟C'est
une image digitale.
Pourquoi
souriez-vous ?”
‟A vos paroles savantes,
Monsieur.”
Digitale, grande plante
page
46
violette,
qui pousse sous nos cieux,
hampes de clochettes,
qui peuplent les sentiers pour me plaire,
mais elle soigne aussi ma tante,
malade du cœur,
et nous épargne ensuite
les grandes douleurs,
dont parle Baudelaire.
page
47
Je la
visite
de nouveau,
lors de mes escapades,
quand je cherche un mot
dans la flore des lexèmes
où chante l'oiseau de jade
qui ne possède pas autant de pieds
qu'un poème.
Je
rêve,
page
48
dans
la salle où je m'assieds,
élève
moyen,
et sage,
attentif
d'une
certaine manière,
rêveur,
mais pas dans un nuage
inventif
de la
promenade
où je
retiens
page
49
et je
m'évade
de
toutes les lisières.
‟À quoi pense-tu ? ”
Je
rêve
à
partir du connu,
dont
je ne prélève
rien
d'actif,
le
donné et l'imaginaire,
l'exact
et l'intuitif,
sans
me laisser distraire.
J'imagine
page
50
en une
cuisine
de
raison,
mère
d'invention.
page
51
LES
GRANDS
CARACTÈRES
page 3
IL ME DIT :
ÉCRIS EN GRANDS
CARACTERES POUR CEUX QUI
LISENT
ET NE RETIENNENT RIEN
DANS LEUR ZONE GRISE.
LE PASSAGE
À L'ÉCRITURE EST TOUJOURS UNE
NOIRCEUR,
page 4
MALHERBE, BOILEAU L'ONT DIT.
UN POÈME
A LA PUISSANCE
DES IMAGES, IL FAIT
ENTENDRE DES SONORITÉS, CE
N'EST PAS UN
MODE D'EMPLOI ;
UNE PAGE
DE TEXTE INTUITIF, MÊME SOUS
LA
page 5
FORME D'UN
RAISONNEMENT, SE LIT D'UN
SEUL TENANT, LA
PENSÉE SE REGARDE
COMME UN PAYSAGE, À PARTIR DU
MOT PRINCIPAL, DE LA
PHRASE ESSENTIELLE, DU DÉTAIL
IMPORTANT, DE LA FAḈON DE
page 6
S'EXPRIMER, DE
LA MANIÈRE DE
DIRE ;
CE N'EST
PAS UN ROMAN
OÙ PRIMENT LE
STYLE, L'INTRIGUE, L'ACTION
ET LES SENTIMENTS ;
CE N'EST PAS
UNE PUBLICITÉ QUI N'OUVRE
page 7
QUE SA
PETITE FENÊTRE INTÉRESSÉE.
page 8
Il me dit :
‟La plus belle image au monde
de notre
humanité
qui soit,
c'est celle
d'une mère,
sans couronne,
sans étoiles, avec simplicité
portant son
enfant contre soi,
dans sa beauté
ordinaire.”
page 9
À l'encontre du
grand récit
du monde,
écrit ou non
écrit
qui se fonde
sur la
brutalité.
‟Et laissons
ceux qui
implorent,
en bande
organisée,
à la belle
saison,
page
10
des poupées
miraculeuses
vêtues d'habits
somptueux
qu'un nimbe
exalte encore
jusqu'aux cieux
au-delà de nos
nébuleuses.”
page
11
Dis à mon père
décédé cinq mois avant le débarquement.
que la guerre
est finie,
que la
libération
est venue,
que les combats,
exploitant nos dernières
inventions,
nos armées en
déroute,
page
12
l'occupation,
les écoutes,
les
dénonciations,
toute nos hontes
sont bues.
Dis-lui de ma
part :
‟Tu peux encore
et malgré cette
croix,
être fier du
pays tricolore
de ton choix,
page
13
être chic,
riche,
sans être un
aparatchik
et sans triche,
retrouver tes
amours familiaux
malgré les
vides,
Paris,
ta ville, sous
le dôme des Invalides
page
14
le cœur et
l'esprit,
des heures
chaleureuses,
tes intérêts,
les tâches
sérieuses ;
dans le cabinet
noir
tes clichés
des parties
familiales joyeuses,
sont encore
humides
de leur vivant
espoir.”
page
15
Dis à ma mère :
‟J'ai lu
les poèmes
copiés par toi,
sans commentaire
superflu,
avec un soin
extrême,
dans l'album de cuir
usé par l'emploi,
rouge sang,
page
16
fermé par une
agrafe.”
Ce sont des nymphéas
qu'on ne cueille
pas,
fermés sur le secret
sentiment
de celle qui en est
la calligraphe.
Je veux inscrire,
les vers qu'à mon
tour, j'admire
pour que vous les
trouviez,
réunis avec les
tiens, ô ma mère,
page
17
entre les mêmes
feuillets
du recueil plus que
centenaire.”
page
18
Il y eut une
première rencontre heureuse :
une genèse cosmique intelligible,
car la lumière fusa
sur les choses,
en avance de l'esprit
qui dispose.
Il y eut une seconde rencontre heureuse : quand un
page
19
bouclier d'atmosphère nous
enveloppa ;
ce fut la genèse intelligible
de ce globe.
Il y eut une troisième rencontre heureuse, loin du regard,
semblant dérisoire :
l'apparition de la membrane formant
un lobe,
page
20
se dédoublant, multipliant,
mais non au hasard,
pour la divine surprise
du tardigrade transparent,
qui s'organise
en vue d'un jour suivant ;
ce fut la biogenèse
intelligible.
Il y eut une quatrième rencontre heureuse, sans à-coup,
page
21
après que les premiers
poissons
respirant l'air
libre
fussent sortis de la mer
pour vivre
et construire leurs
habitations ;
nous sommes sortis des ondes,
il y a des milliards de règnes
page
22
où la nature eût exigé que tu
pondes,
mais tu tenais des musaraignes
;
puis ce fut la station debout
;
les hominidés avec leurs histoires.
Il
y eut une sixième rencontre heureuse, quand l'intention préhistorique
de notre action
page
23
nous a permis de prendre une
distance avec nos impressions :
ce fut une naissance,
la pensée et l'invention des
langages.
Il y eut une septième rencontre heureuse dans le sillage
intelligible des saisons : le
croissant fertile ;
ce fut le début de l'Histoire,
page
24
marche en avant sans répit
de l'humain tiré de l'argile
et mû par l'esprit.
Là tout est bon,
dédié à la valeur,
non par chance
mais au diapason
de l'intelligence,
aboutissement
page
25
admirable, digne de nos
bibles,
inachevé dans le temps.
Que de bonheur
auquel nous sommes éligibles !
page
26
Je demandais à mon esprit :
‟Qui
sont ces gens en tenue blanche ?”
Il me
répondit :
‟Ce
sont les champions de la dernière manche
des
progrès humains
pour
la survie.”
Et je
lui disais :
page
27
‟Pourquoi
n'ont-il pas d'ustensiles
entre
les mains ?”
Il me
répondait :
‟Parce
que c'est plus difficile
de
lutter contre la nouvelle barbarie.”
page
28
J'ai demandé :
‟Qui
sont ces milliers d'enfants
vivant
sous la tente
à même
un désert tremblant
dans
l'attente
d'un
avenir livré à l'imaginaire ?”
Il m'a
été rétorqué :
‟Ne le
prends pas à la légère :
C'est
la multitude sans répit
des
fils de la revanche,
page
29
il n'y
aura pas
feuille
sur branche
qui
soit épargnée
partout
où passera
cette
armée.”
page
30
Je contemple
ta
figure sur l'oreiller,
timbre
d'entière rareté,
et je
t'aime ensemble. (duel grec)
Le
sourire que tu m'as donné
m'accompagne
dans
l'adversité :
la
pénurie et la hargne.
Tu ne
le vois pas,
mais
je pleure
page
31
sachant
que tu paniqueras
si la
malveillance t'effleure.
Souriant
ou inquiet,
ton
visage,
attire
les amitiés
de
tous parages.
Le
privilège
de ton
amour
m'allège
page
32
des
soucis ;
dès
que tu mes souris
je me
garde du piège
qui
est en moi
et du
mauvais tour
qui
m'assiège
dans
la basse-cour
des
monstres froids.
page
33
Les arbres sont ébouriffés
par un
vent fort,
et je
me demande :
‟D'où
vient que je sois oublié
par
les miens
tenu
dans les ténèbres du dehors
où
s'agite la propagande
des
païens ?”
page
34
Je
suis le seul dieu jaloux
de mes
écritures.
Les brillants cailloux
qu'un
éclair capture
peuvent-ils
faire peur,
porter
outrage,
créer
une stupeur
dont
on prendrait ombrage,
jusqu'à
me tourner le dos
me
tenir hors de leur cercle,
page
35
me
couvrir d'un couvercle ?
Je
sens combien les arbres sont bousculés,
au
risque d'un vent qui répande
tout
leur feuillage
sur
les chemins de bestiaux.
Et je
me demande :
‟Ne
finiront-ils pas déracinés ?”
page
36
‟Sache
qu'il n'est pas bon
de prendre une posture d'apache
ou, sinon,
d'exprimer des pensées qui n'ont
subi aucune lessive,
par nos intelligentsias
quand on n'est pas une autorité
assise
à qui l'on passe un mot au-delà
page
37
de ce que l'on peut attendre,
qu'on ne sait pas faire sa cour
ni bien se vendre
sur le marché qui a cours.”
page
38
J'étais un parisien
à Lyon
et Marseille ;
autres
capitales
qui me
furent amicales,
des
plages, assidu paroissien,
l'esprit
à merveille.
Je fus parisien
en
Cévennes
où je
pris épouse,
page
38
pâtre
pour les jeunes, berger des anciens,
sûr de
moi et léger de flouse,
je me
guidais par mes antennes.
Parisien
en
Alès, un tantinet pharisien,
porteur
de la Parole qui m'illumine
en
pleine crise de la Mine ;
ensuite
en Gardonnenque,
page
39
non
loin des berges
du
Gardon,
à la
saison des asperges.
ou de
melons,
me
battant contre sept clochers jusqu'à ce que je les convainque, avec les mots
des champs et des vergers.
Pour finir, parisien
dans
le Val-de-Marne
page
40
peuplé
d'Africains,
au
service de la Parole qui s'incarne.
Peuples de France,
le
parisien que je suis
vous
aime tels que vous êtes,
dans
un esprit
de
fête
et
d'espérance.
page
41
‟Tu lis trop”
me
disait un maître que j'admire.
Mais
les livres sont gros
et que
faire, sinon les lire ?
‟On ne
les déchiffre pas, on en presse le jus,
entre
les lignes”.
Aujourd'hui
que le temps a passé,
où je
repense
page
42
aux
textes que j'ai visités,
d'une
lecture jamais insensée,
ne
retenant des pages que leur contenu,
par-dessus
les phrases et les signes,
sans en ignorer aucun
néanmoins,
à cette heure, en récompense,
je
saisis les tenants
page
43
de ma
propre pensée
mieux
que des écus,
mais,
tout comme eux, sonnants.
page
44
En classe, je rêve.
‟C'est
un dactyle”,
dit le
professeur,
‟Une
longue et deux brèves”.
Comme le morse
aux éclaireurs.
Cela
suffit pour que le rêve s'amorce :
Syllabe ?
Rime avec crabe !
page
45
J'évoque
ce que je reçois
de mon
sens tactile,
je
compte mentalement sur mes doigts.
‟C'est
une image digitale.
Pourquoi
souriez-vous ?”
‟A vos paroles savantes,
Monsieur.”
Digitale, grande plante
page
46
violette,
qui pousse sous nos cieux,
hampes de clochettes,
qui peuplent les sentiers pour me plaire,
mais elle soigne aussi ma tante,
malade du cœur,
et nous épargne ensuite
les grandes douleurs,
dont parle Baudelaire.
page
47
Je la
visite
de nouveau,
lors de mes escapades,
quand je cherche un mot
dans la flore des lexèmes
où chante l'oiseau de jade
qui ne possède pas autant de pieds
qu'un poème.
Je
rêve,
page
48
dans
la salle où je m'assieds,
élève
moyen,
et sage,
attentif
d'une
certaine manière,
rêveur,
mais pas dans un nuage
inventif
de la
promenade
où je
retiens
page
49
et je
m'évade
de
toutes les lisières.
‟À quoi pense-tu ? ”
Je
rêve
à
partir du connu,
dont
je ne prélève
rien
d'actif,
le
donné et l'imaginaire,
l'exact
et l'intuitif,
sans
me laisser distraire.
J'imagine
page
50
en une
cuisine
de
raison,
mère
d'invention.
page
51
LES
GRANDS
CARACTÈRES
page 3
IL ME DIT :
ÉCRIS EN GRANDS
CARACTERES POUR CEUX QUI
LISENT
ET NE RETIENNENT RIEN
DANS LEUR ZONE GRISE.
LE PASSAGE
À L'ÉCRITURE EST TOUJOURS UNE
NOIRCEUR,
page 4
MALHERBE, BOILEAU L'ONT DIT.
UN POÈME
A LA PUISSANCE
DES IMAGES, IL FAIT
ENTENDRE DES SONORITÉS, CE
N'EST PAS UN
MODE D'EMPLOI ;
UNE PAGE
DE TEXTE INTUITIF, MÊME SOUS
LA
page 5
FORME D'UN
RAISONNEMENT, SE LIT D'UN
SEUL TENANT, LA
PENSÉE SE REGARDE
COMME UN PAYSAGE, À PARTIR DU
MOT PRINCIPAL, DE LA
PHRASE ESSENTIELLE, DU DÉTAIL
IMPORTANT, DE LA FAḈON DE
page 6
S'EXPRIMER, DE
LA MANIÈRE DE
DIRE ;
CE N'EST
PAS UN ROMAN
OÙ PRIMENT LE
STYLE, L'INTRIGUE, L'ACTION
ET LES SENTIMENTS ;
CE N'EST PAS
UNE PUBLICITÉ QUI N'OUVRE
page 7
QUE SA
PETITE FENÊTRE INTÉRESSÉE.
page 8
Il me dit :
‟La plus belle image au monde
de notre
humanité
qui soit,
c'est celle
d'une mère,
sans couronne,
sans étoiles, avec simplicité
portant son
enfant contre soi,
dans sa beauté
ordinaire.”
page 9
À l'encontre du
grand récit
du monde,
écrit ou non
écrit
qui se fonde
sur la
brutalité.
‟Et laissons
ceux qui
implorent,
en bande
organisée,
à la belle
saison,
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des poupées
miraculeuses
vêtues d'habits
somptueux
qu'un nimbe
exalte encore
jusqu'aux cieux
au-delà de nos
nébuleuses.”
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Dis à mon père
décédé cinq mois avant le débarquement.
que la guerre
est finie,
que la
libération
est venue,
que les combats,
exploitant nos dernières
inventions,
nos armées en
déroute,
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l'occupation,
les écoutes,
les
dénonciations,
toute nos hontes
sont bues.
Dis-lui de ma
part :
‟Tu peux encore
et malgré cette
croix,
être fier du
pays tricolore
de ton choix,
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être chic,
riche,
sans être un
aparatchik
et sans triche,
retrouver tes
amours familiaux
malgré les
vides,
Paris,
ta ville, sous
le dôme des Invalides
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le cœur et
l'esprit,
des heures
chaleureuses,
tes intérêts,
les tâches
sérieuses ;
dans le cabinet
noir
tes clichés
des parties
familiales joyeuses,
sont encore
humides
de leur vivant
espoir.”
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Dis à ma mère :
‟J'ai lu
les poèmes
copiés par toi,
sans commentaire
superflu,
avec un soin
extrême,
dans l'album de cuir
usé par l'emploi,
rouge sang,
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fermé par une
agrafe.”
Ce sont des nymphéas
qu'on ne cueille
pas,
fermés sur le secret
sentiment
de celle qui en est
la calligraphe.
Je veux inscrire,
les vers qu'à mon
tour, j'admire
pour que vous les
trouviez,
réunis avec les
tiens, ô ma mère,
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entre les mêmes
feuillets
du recueil plus que
centenaire.”
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18
Il y eut une
première rencontre heureuse :
une genèse cosmique intelligible,
car la lumière fusa
sur les choses,
en avance de l'esprit
qui dispose.
Il y eut une seconde rencontre heureuse : quand un
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bouclier d'atmosphère nous
enveloppa ;
ce fut la genèse intelligible
de ce globe.
Il y eut une troisième rencontre heureuse, loin du regard,
semblant dérisoire :
l'apparition de la membrane formant
un lobe,
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se dédoublant, multipliant,
mais non au hasard,
pour la divine surprise
du tardigrade transparent,
qui s'organise
en vue d'un jour suivant ;
ce fut la biogenèse
intelligible.
Il y eut une quatrième rencontre heureuse, sans à-coup,
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après que les premiers
poissons
respirant l'air
libre
fussent sortis de la mer
pour vivre
et construire leurs
habitations ;
nous sommes sortis des ondes,
il y a des milliards de règnes
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où la nature eût exigé que tu
pondes,
mais tu tenais des musaraignes
;
puis ce fut la station debout
;
les hominidés avec leurs histoires.
Il
y eut une sixième rencontre heureuse, quand l'intention préhistorique
de notre action
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nous a permis de prendre une
distance avec nos impressions :
ce fut une naissance,
la pensée et l'invention des
langages.
Il y eut une septième rencontre heureuse dans le sillage
intelligible des saisons : le
croissant fertile ;
ce fut le début de l'Histoire,
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marche en avant sans répit
de l'humain tiré de l'argile
et mû par l'esprit.
Là tout est bon,
dédié à la valeur,
non par chance
mais au diapason
de l'intelligence,
aboutissement
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admirable, digne de nos
bibles,
inachevé dans le temps.
Que de bonheur
auquel nous sommes éligibles !
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Je demandais à mon esprit :
‟Qui
sont ces gens en tenue blanche ?”
Il me
répondit :
‟Ce
sont les champions de la dernière manche
des
progrès humains
pour
la survie.”
Et je
lui disais :
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27
‟Pourquoi
n'ont-il pas d'ustensiles
entre
les mains ?”
Il me
répondait :
‟Parce
que c'est plus difficile
de
lutter contre la nouvelle barbarie.”
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J'ai demandé :
‟Qui
sont ces milliers d'enfants
vivant
sous la tente
à même
un désert tremblant
dans
l'attente
d'un
avenir livré à l'imaginaire ?”
Il m'a
été rétorqué :
‟Ne le
prends pas à la légère :
C'est
la multitude sans répit
des
fils de la revanche,
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il n'y
aura pas
feuille
sur branche
qui
soit épargnée
partout
où passera
cette
armée.”
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30
Je contemple
ta
figure sur l'oreiller,
timbre
d'entière rareté,
et je
t'aime ensemble. (duel grec)
Le
sourire que tu m'as donné
m'accompagne
dans
l'adversité :
la
pénurie et la hargne.
Tu ne
le vois pas,
mais
je pleure
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sachant
que tu paniqueras
si la
malveillance t'effleure.
Souriant
ou inquiet,
ton
visage,
attire
les amitiés
de
tous parages.
Le
privilège
de ton
amour
m'allège
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des
soucis ;
dès
que tu mes souris
je me
garde du piège
qui
est en moi
et du
mauvais tour
qui
m'assiège
dans
la basse-cour
des
monstres froids.
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33
Les arbres sont ébouriffés
par un
vent fort,
et je
me demande :
‟D'où
vient que je sois oublié
par
les miens
tenu
dans les ténèbres du dehors
où
s'agite la propagande
des
païens ?”
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34
Je
suis le seul dieu jaloux
de mes
écritures.
Les brillants cailloux
qu'un
éclair capture
peuvent-ils
faire peur,
porter
outrage,
créer
une stupeur
dont
on prendrait ombrage,
jusqu'à
me tourner le dos
me
tenir hors de leur cercle,
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35
me
couvrir d'un couvercle ?
Je
sens combien les arbres sont bousculés,
au
risque d'un vent qui répande
tout
leur feuillage
sur
les chemins de bestiaux.
Et je
me demande :
‟Ne
finiront-ils pas déracinés ?”
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‟Sache
qu'il n'est pas bon
de prendre une posture d'apache
ou, sinon,
d'exprimer des pensées qui n'ont
subi aucune lessive,
par nos intelligentsias
quand on n'est pas une autorité
assise
à qui l'on passe un mot au-delà
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37
de ce que l'on peut attendre,
qu'on ne sait pas faire sa cour
ni bien se vendre
sur le marché qui a cours.”
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38
J'étais un parisien
à Lyon
et Marseille ;
autres
capitales
qui me
furent amicales,
des
plages, assidu paroissien,
l'esprit
à merveille.
Je fus parisien
en
Cévennes
où je
pris épouse,
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38
pâtre
pour les jeunes, berger des anciens,
sûr de
moi et léger de flouse,
je me
guidais par mes antennes.
Parisien
en
Alès, un tantinet pharisien,
porteur
de la Parole qui m'illumine
en
pleine crise de la Mine ;
ensuite
en Gardonnenque,
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non
loin des berges
du
Gardon,
à la
saison des asperges.
ou de
melons,
me
battant contre sept clochers jusqu'à ce que je les convainque, avec les mots
des champs et des vergers.
Pour finir, parisien
dans
le Val-de-Marne
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40
peuplé
d'Africains,
au
service de la Parole qui s'incarne.
Peuples de France,
le
parisien que je suis
vous
aime tels que vous êtes,
dans
un esprit
de
fête
et
d'espérance.
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41
‟Tu lis trop”
me
disait un maître que j'admire.
Mais
les livres sont gros
et que
faire, sinon les lire ?
‟On ne
les déchiffre pas, on en presse le jus,
entre
les lignes”.
Aujourd'hui
que le temps a passé,
où je
repense
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42
aux
textes que j'ai visités,
d'une
lecture jamais insensée,
ne
retenant des pages que leur contenu,
par-dessus
les phrases et les signes,
sans en ignorer aucun
néanmoins,
à cette heure, en récompense,
je
saisis les tenants
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43
de ma
propre pensée
mieux
que des écus,
mais,
tout comme eux, sonnants.
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44
En classe, je rêve.
‟C'est
un dactyle”,
dit le
professeur,
‟Une
longue et deux brèves”.
Comme le morse
aux éclaireurs.
Cela
suffit pour que le rêve s'amorce :
Syllabe ?
Rime avec crabe !
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J'évoque
ce que je reçois
de mon
sens tactile,
je
compte mentalement sur mes doigts.
‟C'est
une image digitale.
Pourquoi
souriez-vous ?”
‟A vos paroles savantes,
Monsieur.”
Digitale, grande plante
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46
violette,
qui pousse sous nos cieux,
hampes de clochettes,
qui peuplent les sentiers pour me plaire,
mais elle soigne aussi ma tante,
malade du cœur,
et nous épargne ensuite
les grandes douleurs,
dont parle Baudelaire.
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47
Je la
visite
de nouveau,
lors de mes escapades,
quand je cherche un mot
dans la flore des lexèmes
où chante l'oiseau de jade
qui ne possède pas autant de pieds
qu'un poème.
Je
rêve,
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48
dans
la salle où je m'assieds,
élève
moyen,
et sage,
attentif
d'une
certaine manière,
rêveur,
mais pas dans un nuage
inventif
de la
promenade
où je
retiens
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49
et je
m'évade
de
toutes les lisières.
‟À quoi pense-tu ? ”
Je
rêve
à
partir du connu,
dont
je ne prélève
rien
d'actif,
le
donné et l'imaginaire,
l'exact
et l'intuitif,
sans
me laisser distraire.
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