mardi 29 mai 2018

Sveltes poème, deuxième fascicule






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Jacques Gruber

SVELTES
POÈMES

deuxième fascicule


Ψ  poétique, spirituel, intellectuel  Ψ



à l'heure d'internet




LISTE des textes

premier fascicule :
Pourquoi ce titre ?,  p. 3
Où allons-nous ?, p. 4
Quand on naît, p. 6
« Bon voyage, Monsieur Dumollet », p. 8
Poésie à vivre, p. 9
Migrants, p. 11
Asia Bibi, p. 12
Asia Bibi, bis, p. 14
Distribution des prix, p. 15
Diadèmes et couronnes, p. 16
J’ai eu une vision, p. 17
Le passé présent, p. 19
Nativité 2011, p. 21
Europe, p. 23
O when the saints…, p. 25
Allégorie assisienne, p. 27
A la manière de Raymond Devos, p. 29
Compter les étoiles, p. 31
Les forêts de bouleaux, p. 33
La mémoire des déportés, p. 36
deuxième fascicule :
Notre Destin, p. 37
Fascination, p. 39
Bien compté, p. 41
Le rêveur impénitent, p. 43
Jeux de mots, p. ­45
Pochade, p. 47
Réponse (posthume) à Jacques Prévert, p. 48
Désenchantements, p. 49
Que signifie, p. 51
Hommage, p. 52
 « Le soupir de la création », p. 53
Que fait là, l’arbre ?, p. 55
À visage découvert, p. 57
Les six âges de la vie, p. 59
Le silence des sphères, p. 61
L’Accueil, p. 65
Nous ne nous résignerons pas, p. 66
La Nef des fous, p. 68
Aveux, p. 71
Le mur de papier peint, p. 77
Le jet d’eau, p. 79
La partie de football, p. 81
N’écoute pas ce que dit le pasteur, p. 83
La ballade des photos, p. 85
Rien que des impressions, p. 87
Glaciations, p. 88
La Pivoine, p. 90
Jeux sur rimes et assonances, p. 91
La lumière qui naît de la nuit, p. 92
troisième fascicule :
Le Puisatier, p. 93
Mythologie personnelle (le temps et le vent), p. 96
Noces d’or,  p. 100
La chasse est ouverte, p. 102
La nature, nous et l’œuvre d’art (le divorce de l’art et de la beauté), p. 105
Si c’était vrai, p. 107
En toute décence, p 110
Affaire de régime, régimes d’affaires p. 112
Rêver vrai, p. 114
Les yeux bleus, p. 116
Excusez-moi, p. 118
La camp de l’Hospitalet, p. 123
Semaine sainte 2013, p. 125
Convalescence et rétablissement, p. 131
Syrie 2013, p. 134
Sur un quatrain de Khayyâm, p. 135
Mots, que de maux, p. 136












page 37






Notre Destin



Le COLOSSE
informatique,
mercantile,
plein d’attraits,
qui me fait face,
efface
mon portrait
pourtant aléatoire,
qu’il endosse
et ventile,
dans sa boutique
ostentatoire.




Dans son tour de piste,
et face à moi,
sa liberté réaliste
doit tout à un calcul 
indifférent.
Efface-moi
de tes Listes
sans prendre le temps
d’un recul.



Hier et demain,
et face à toi
ma volonté
ne peut rien.
Efface-toi
de mon chemin
que tu as dépeuplé.



page 38

Voué à un être
de passage
et face à nous
tu peux paraître
ivre
ou sage
quand il faut.
Efface-nous
du Livre
des présages
scellé de ton sceau.



Ton œil électronique
scrutant le hasard,
et face à moi,
cache un regard
fatidique.
Efface-moi
de ton générique
avant qu’il soit
trop tard.
Pour TOI !

Jacques Gruber


janvier 2012




page 39
Fascination

Bonheurs,
malheurs ;

miracles,
accidents ;
repos,
crises ;


ils viennent toujours
par dessous,
par derrière,
par surprise.

Nous avons beau regarder
en avant,
en arrière ;
à l’endroit,
à l’envers ;

c’est nous
et ce n’est pas nous.

Corps nus vides d’esprit,
esprits purs privés de corps,
nous les avons voulus
et nous les avons eus ;
nous ne les avons pas voulus
et ils nous ont eus.
Nous n’en avons jamais
rien appris,
c’est dur,
mais c’est un fait.

Profitant des apparences
accidentelles,
on a fait de nous des cobayes
et semé d’exigences
la vie en dentelle
que l'on nous baille.

page 40
Un esprit sournois,
sourd comme une noix,
nous attire
et nous repousse.

Pauvres ilotes,
on nous tire,
nous pousse,
nous ballote.
et, pour finir,
on nous emboîte
boiteux.



Jacques Gruber


février 2012



page 41



Bien compté

L’UN, à l’intérieur,
soupèse un à un 
les rieurs.

Deux paires d’œufs
qui se poilent
iront deux par deux
à la poêle.

Trois à l’étroit
se régalent,
alors que seize 
égale
treize
et trois.

Quatre cicatrices
sur un plant
de rosier,
en fonction
du plan
« 4 x »
établi par le jardinier
sans intention
provocatrice.

Cinq cinglés
blagueurs
autour d’un zinc
aux Quinconces,
le cincle
plongeur
et le scinque déjeté
qui ne se défoncent
pas
au quinquina.


page 42
Six assis en rond
et six ronds sis
par ici.

Sept septembre
pour un tendre
cinq à sept.

Huit conduites
ont des fuites 
à huis-clos
aujourd’hui.

Neuf habits neufs
ne sied pas à un œuf.

Reçu dix sur dix
et dis-y
que les indices
vont par dix
et qu’onze bonzes
ne font pas une partouze
 à douze.



Jacques Gruber

février 2012














page 43

Le rêveur impénitent


J’aimerais écrire de la poésie.


Montrer la colline qui repose,
comme assoupie,
sur le bras replié
de la rivière.


Le peuplier tremble
qui aspire
tout le matin,
explose
 ses branches dans le vent,
les rassemble,
les étire,
agitant
ses multiples
petites mains,
au réveil.


De tremblants visages
de fleurs
printanières,
tournés vers le soleil,
par doubles ou par triples.



Des paysages,
peints sans lasure,
qui apaisent
les violentes douleurs
des cieux
et les nuages
souples
qui essuient l’azur
après qu’il a plu.
page 44

Des étoiles qui se couchent
sans s’éteindre.

Un couple
de virtuoses
du trapèze,
qui ose
s’étreindre
au gré de son envol,
bouche à bouche
les yeux dans les yeux,
pour ne jamais plus
toucher le sol.

Or, je ne trouve
que caricatures,
horreurs,
famines,
abus
de la nature,
détritus,
enfances perdues,
terreurs
 que l’on rumine.

Au lieu d’amour
et de génie,
je ne vois
que l’argent
sourd
ou des sans-avoir
sans voix.

Et pourtant
je voudrais encore pouvoir
écrire de la poésie.


Jacques Gruber

mars 2012

page 45

Jeux de mots
 en « au, aude, aute, autre, auve »
et en « ou, oude, oute, outre, ouve »


À défaut
de poésie,
j’aligne des mots
aux assonances
assourdies.

Qui boude
quand l’arc prismatique
qui ne fait pas de doute,
appuyé sur ses coudes
électriques,
lui ouvre une route ?

Je vois, les joutes de la loutre,
qui rôde
et se vautre,
telle une petite outre.
L’émeraude
des arbres en voûte.
J’écoute le chant de l’alaude,
hôte de l’épeautre.
Les bons apôtres,
sans fraude,
qui disent l’absoute
à laudes.
Entre autre.

Je regarde,
en outre,
la belle Aude,
qui n’a pas fait route
dans la soute
d’un boutre,
quand elle débarque,
accueillie par un peuple qui clabaude.
Ou la déroute
de la reine-claude,
page 46
déchue par des jean-foutre
(pas les nôtres !).

Puis encore :
la frimousse émouvante
du nounours mauve
ou l’épouvante
que l’on éprouve
sous l’œil fauve
de la louve.
Le hibou à l’écoute
sur la haute
poutre.
Sur la terre chaude
que le soleil dore
le tatou qui s’accoutre
d’écailles ;
tout ce qui trotte, frotte,
croque, troque,
flotte,
plane, s’égaille
coûte que coûte.

Et, du coup,
pour résumer :
quelle chiquenaude
venue d’en haut
me sauve,
coupable présumé,
afin que je passe outre
la faute
 (la vôtre sans doute)
dont je souffre
et qui me soude
en ce gouffre
où je me trouve ?   


Jacques Gruber


mars 2012

page 47



Pochade




Des hordes
nous abordent
nous débordent
nous sabordent.



Cent pirates environ,
armés d’avirons,
nous raviront.
Déjà, nous chavirons !



Il n’y a plus d’espoir,
ce soir
on  voilera de noir
nos miroirs.



Camarades,
ce n’est qu’une mascarade !
Mettez du mascara,
face aux caméras !


Jacques Gruber




mars 2012



page 48







Réponse (posthume) à Jacques Prévert


« Un curé noir
sur la neige blanche
c’est triste à voir
même un dimanche ».
Jacques Prévert
Paroles




Un enfant noir

sur la neige blanche

c’est beau à voir

surtout un dimanche.
















page 49

Désenchantements

Sous cet arbre, en forêt,
naguère,
j’étais sous le charme,
mais d’autres, sans arrêt,
 meurent par l’arme
ennemie
de la faim, de l’épidémie,
de la guerre.

Le monde enchanté,
 merveilleux
et magique
a été désenchanté.
Il est devenu pour nos yeux
celui d’une réalité
maléfique.
L’enchantement
n’a pas disparu
comme on l’a cru,
il a changé de camp.

Le maître sentimental
s’imagine
que son chien le garde,
que c’est sa victoire
sur l’animal,
alors que, depuis l’origine,
le roquet ne regarde
qu’à marquer son territoire.

L’homme aux semelles de pneus,
ivre de vitesse,
boit,
sans que rien ne l’arrête,
les champs et les bois,
sans même goûter leur ivresse
lorsqu’il pleut ;
il les bafoue
et détruit la planète
à chaque tour de roue.
page 50

Les eaux aux ressorts
d’acier,
qui grossissent
hors saisons
et sans mesure,
répandent leurs mauvais sorts.
Les glaciers
qui fondent,
empêchent
que les fruitions
forcissent
et la surpêche
que les poissons abondent
au rythme de leur nature.

Les enfants perdus de la tradition
héritée du désert,
de la montagne,
de la transe
de la forêt,
attirés
et repoussés,
à dix heures d’avion,
par le bagne
de nos villes de désespérance,
par l’argent et l’intérêt,
qui nous hantent,
le plaisir, l’alcool, la facilité,
le clinquant, la fiction,
qui nous fascinent,
d’abord, nous enchantent
par leur imaginaire
et puis, faute d’avoir trouvé
des partenaires,
ils nous assassinent
par déception.


Jacques Gruber
mars 2012



page 51

Que signifie


Que signifie : « Mourir
les armes à la main »,

quand il s’agit
des armes du crime ?


Que signifie : « Périr,
sans rien aux poings »,

quand on agit
pour ceux que l’on opprime ?


Entre l’horrible
et la compassion
qui dira
le sens crédible
de nos actions ?



Jacques Gruber


11, 15, 19, 22 mars 2012, le djihad de Mohammed Merah











page 52


Hommage


pour Madeleine L.


À qui sait,
quand le froid de la mort
déjà saisit
ses pieds
et que son corps
se défonce,
encore se sentir réjoui,
au plus profond,
par l’annonce
de la guérison
d’autrui.

Jacques Gruber

15 avril 2012





















page 53


« Le soupir de la création » (Rm 8, 22)

Je vois bien que le marais
voudrait parler, mais
il ne fait
que des bulles.


Que le vent
somnambule
aspire aux mots,
 mais n’agite
que des feuilles.


En dépit
qu’il veuille,
l’écrire avec ses taches,
le léopard
montre ses dents
et crache.


Le chic
pour le rorqual,
issu d’un monde antécédent,
(style art déco)
ce sont ses clics
à l’écho
abyssal.


Qui fera l’exégèse
de l’appel
de l’oiseau chanteur
lequel
pèse
moins que rien 
pour ses ascenseurs
aériens ?

page 54
Le jour en dispute
avec la nuit,
dans l’espace assourdi
du cercle boréal
et, comme c’est
 hélas, le cas,
pour l’Alaska.


Pourquoi
alors,
 nos langues acérées,
choisies sans répudiation,
donnent-elles corps,
entre nous,
à tant de réputations
lacérées ?



J’ai mis
une foi discrète
dans ce chœur 
qui gémit
dans le temps
où s’apprête
notre enfantement.


Jacques Gruber

avril 2012












page 55


Que fait là, l’arbre ?



L’arbre ne marche pas,
mais avec ses racines,
il va loin et en profondeur ;
son front mouvant
dessine,
selon le vent,
la paix ou la douleur.


Son aubier actif
raconte, par paliers,
en cercles successifs,
l’histoire
de chacune des années
qu’il a traversées.


Ses efflorescences
annoncent les semences
que ses fruits porteront.
Avant que son tronc,
équarri,
serve à nombre d’usages,
il donne abri
à toute une vie sauvage.


Ses feuilles entérinent
chaque senteur ;
elles produisent notre oxygène,
rien qu’avec la lumière 
dont se nourrissent sa résine
et ses akènes ;
elles prennent leurs couleurs
de leur atmosphère
actuelle.

page 56


D’ici qu’à l’avenir
l’Arbre de vie,
donne sa récolte mensuelle,
pour servir
à la guérison
des nations.


Jacques Gruber



 avril 2012



























page 57

À visage découvert


Il y a des musiques,
des pensées,
des œuvres picturales,
où l’on se sent chez soi ;
des maladies physiques
civiles et morales
avancées,
qui me mettent hors de moi.


Quelque chose me dit
d’ouvrir mes fenêtres,
de devenir ;
qu’il est mature
de sortir de soi,
de tenter l’aventure
qui prescrit
le mal être
du moi.


Là, j’entends
les larmes des femmes japonaises :
elles parlent, en dehors des mots,
la même langue sans fadaise
que les pleurs
de leurs sœurs
américaines,
les sanglots
des mères africaines
sur leurs enfants.


Attitudes,
postures,
falsifications,
comportements,

ruses, fards,
page 58

camouflages,
écrans,
sciences,
loups et cagoules,
verres noirs
qui dissimulent le regard,
la barbe jusqu’aux yeux
et les yeux dans les cheveux,
nous avons tout inventé
pour tromper
notre entourage
et lui faire violence
sans le laisser voir.

Malgré
le mensonge
que je débusque
jusque
dans mes songes,
 je veux croire en un univers
à visage découvert :
des visages expressifs,
ravinés,
plutôt
que trop
lisses,
ou qu’embrouillés
de malice.

En une société
aux yeux ouverts,
sans feinte,
qu’aucun masque ne ronge,
tenant un discours
de véracité
sans éblouissements,
qui ne recourt
pas à la contrainte,
ne quête pas les applaudissements.

Jacques Gruber
avril 2012
page 59


Les six âges de la vie



En apparence,
le sable est blond,
la mer est bleue.



En transparence,
la plage (é)tire sa langue bleue,
la vague secoue sa crinière blonde.



Dans l’iridescence,
le ciel est d’ambre,
la forêt nacrée.


Dans la luminescence,
c’est un ciel de décembre,
une forêt d’opale, sacrée.



De toute évidence,
le vent souffle ses mots à des nuages plombés,
la pluie marche à petits pas.

En toute obsolescence,
le vent est tombé,
la pluie s’arrête là.







page 60


Pouvez-vous nous préciser ces six âges de la vie ?

Il s’agit de l’enfance, de l’adolescence, de la première maturité, de la pleine maturité, de la vieillesse et de la fin de la vie.

Jacques Gruber

10 mai 2012




page 61

Le silence des sphères

Univers, terre, vie
ne nous disent pas leurs âges
et l’humain non plus.
Il faut le faire-valoir
entreprenant
de notre ingénierie
pour lire leurs paysages
méconnus
et tirer de son long couloir
chaque zombie
porteur des tatouages
laissés par le temps.

Sur leurs orbites vides
les globes planétaires suivent un courant
glacial.  
Depuis la nuit
des temps,
les constellations splendides
se fuient.
Sur leur plan axial,
plongés dans une nuit accessoire,
les amas galactiques
écoulent leurs blancheurs
comme un sable
dans l’improbable
matière noire,
et se taisent.
Les soleils, de la couleur
d’un jaune d’œuf,
qui honnissent
la République,
ne proposent rien de neuf
que leurs clapotis de lave.
Thèse et Antithèse,
Zénith et Nadir,
campés sur les enclaves
de leurs abscisses
s’opposent dans un soupir.
Les trous noirs,
page 62
ogres de l’espace,
en quête de leur ego,
(eux qui ne sont que masse)
engloutissent,
sans souffler mot,
tout ce qui passe
à portée de leurs entonnoirs.
Les astres de nos environs,
 dans leurs conflits intestins,
s’attirent et se repoussent,
fascination douce
où nous prétextons
de lire nos destins.

J’admire les érables,
stoïques alors qu’on les décime,
l’industrie des termites
qui échangent sans un mot ;
le vivant richissime
et misérable,
qu’il bouge ou reste en repos,
à la limite
du geste ou du regard.
J’observe les plantes, médicinales
ou vénéneuses,
 qui ne savent bénir ni maudire,
les traces imprimées par le jaguar,
le loup qui meurt sans mot dire.
La nature en tous ses états,
amicale
ou dangereuse,
ne prophétise pas.
Sauf, si le coq chante
et que le remords nous hante.

Les anges impatients
ne me font plus signe.
Je ne suis pas en ligne
avec les esprits.

Aucun démon mystique
prescrit
ne m’anime en vue de mon rachat.
page 63
Le non-dit
 de mon karma famélique
(ou de mon inconscient)
me joue
des tours
alors qu’assis parmi les crachats,
j’attends le prochain tour
de la roue.
Les sorciers,
les chamanes,
les mages,
chaussés de socques
 en peau de galuchat,
revêtus de châles à ramages,
usent du sort qui sied
à ceux qui évoquent
des mânes.

Sur leurs poteaux,
massifs ou fluets,
les totems ont le regard fixe
de ceux qui nous ont perdu de vue.
S’ils sont muets,
en revanche,
la Sagesse, qui nous exhorte,
en dit trop.
À force d’être prolixe
elle scie la branche
qui la porte.
Les médias et la rue
déversent sur nos têtes,
jusqu’ici pensantes,
leurs tombereaux
 de bruits et de fientes.
Dans nos atmosphères glacées,
les paroles gèlent ;
enfouies sous nos tempêtes
de poussière, pêle-mêle,
elles sont étouffées.

Les oracles
ont dit
ce qu’ils avaient à dire.
page 64
C’est écrit,
par miracle,
sur papier bible.
Le Vrai, le Beau,
le Bien,
le Sensible,
ne nous inspirent
rien de nouveau
qui  soit digne du vélin.

Je prononce, énonce,
déraille,
diagnostique, pronostique,
bénis et maudis,
raille,
tandis que chacun dans sa sphère
et malgré son silence,
s’y lance
et s’affaire.

Univers, terre, vie
et l’humain dans la voie
de son existence,
tout cet éphémère,
se déplie,
se déploie
dans le complet silence
des sphères.
N’y aurait-il pas une parole 
 qui nous dérange ?
Qui change
la donne
sans recourir
à la moindre idole
ni oindre personne ?
Qui, bien que minuscule,
bouscule
par son action,
les menhirs
que nous dressons ?

Jacques Gruber
15 juin 2012
page 65
L’Accueil

pour François L.

Quand j’aurai quitté
ces habits de deuil,
que j’aurai laissé
l’orgueil
de monter plus haut
tel l’écureuil,
alors que rien plus ne me chaut ;
que je serai sur le seuil
du mystère,
sur les aguets du chevreuil
dans la bruyère,
si j’évite l’écueil :
la satisfaction amère
de devenir un aïeul
plutôt qu’avoir été un frère ;
proche du recueil
en terre
avec ou sans cercueil ;
je préfère
écarter les glaïeuls,
les conférences
ramifiées
comme une branche odorante de cerfeuil,
les connivences
du bon ou du mauvais œil,
mais que la place créée par mon absence
devienne le lieu d’un large accueil.


Jacques Gruber

16 juin 2012









page 66
Nous ne nous résignerons pas
(les enlèvements d’enfants)


L’enfance
 nous encense
alors que l’enfant
n’est pas un encens.
Il nous est cher
parce qu’il est notre chair,
on l’aime
plus que soi-même.
Il est l’avenir
qui vient de naître,
mais pourrait n’être
déjà
plus qu’un souvenir :
un môme,
au-delà
des câlins et du blâme :
le membre fantôme
de notre âme.


Quand il est là
nous lui reprochons
de mener une vie de pacha,
une fois disparu,
nous regrettons
qu’il ne sollicite plus
aucun achat.


Il grandit,
 pour nous inchangé,
on ne sait où,
en danger
de mort physique
et morale,
objet des on-dits,
à l’écoute d’une musique
que nous pensons inamicale,
rendu invisible,
page 67
volé, voilé, violé,
par une volonté
anonyme nuisible.


Il tend ses mains vers nous,
il y croit ferme,
nous lui ouvrons les bras,
il dit nos noms,
nous l’appelons,
mais le vide file entre nos doigts,
le silence, où notre raison sombra,
nous enferme
sans que l’on soit,
pour autant, des fous.


L’au-delà du bien et du mal,
individuel et  social,
peut aboutir
au non-sens rationalisé
de la méchanceté,
sans possible repentir.


Jamais, ne nous résignons
à la déraison
des enlèvements
d’enfants,
des persécutions,
de religions,
des arbitraires
totalitaires ;
ne nous rendons
jamais
aux raisons
imparables
de nos semblables
rusés ou abusés.

Jacques Gruber

25 juin 2012

page 68


La Nef des fous


Qui mettrons-nous
dans la Nef des fous ?


Le Sage
entouré de l’hommage
des médias,
vénéré par beaucoup
à l’instar du divin ?
Certainement pas.
Nous y mettrons,
comble d’ironie,
l’insensé
qui, au nom de l’humain
refuse l’hégémonie
de la Raison.


Y mettrons-nous le Juste
sur la stèle de qui
on va placer un buste
au financement
duquel chacun est requis ?
Nullement.
Ce sera le dérangeur
pour qui nulle humaine parole
n’est sainte, juste ni bonne,
qui n’a pas peur
de retirer leur auréole
aux patrons protecteurs
ou leur couronne
aux décideurs.


Sera-ce le Fort
dont chacun redoute, demain,
comme un coup du sort,
page 69
le revers de la main
brutale ?
Sûrement pas.
Ce sera
 plutôt celui qui avoue,
sans y mettre de complaisance,
sa faiblesse
dans la partie qui se joue
à  grande vitesse
sur le théâtre où s’étale
la suffisance
dont la foule s’engoue.


Ce ne peut pas être
le Savant,
le Maître, l’Érudit, l’Esthète,
celui qui fait l’ange,
mais bien l’ignorant,
le Socrate
ironisant
qui nous gratte
où cela nous démange,
l’ingénu,
tenu pour bête,
qui sait dire que le Roi est nu.


Dans la Nef des fous
voguant sur les nues
de notre imagination
hiéronymienne,
confuse et néanmoins claire,
ne se trouvent pas ceux qui jugent
du haut de leur chaire
ou au sortir d’une méridienne.
Elle est devenue
le refuge,
l’Arche qui n’a pas sa jumelle,
où sont reçus en figuration,
(deux à deux,
un mâle et une femelle),
afin de sauver du Déluge,
page 70
chacun de ceux
des non-sages,
lesquels, en se prodiguant,
sont sages ;
des non-justes qui sont justes
parce qu’ils se savent injustes ;
des non-forts, qui, par les efforts
de la non-violence,
mis bout à bout,
sont forts ;
des non-savants
lesquels le sont malgré tout
du seul fait de l’intelligence.


Jacques Gruber

28 juin 2012



page 71

Aveux


Au-delà de l’affirmation et de la négation,
le dépassement de l’homme ordinaire :
l’assesseur Willem de « Ou bien, ou bien ».


Non, je ne regrette pas
les époques où les arbres divins
parlaient,
les lieux où les esprits
inspiraient
leurs croyances
aux devins.
Quand Anubis,
sous son œil de basalte gris,
veillait sur les défunts
et Osiris,
retrouvant sa prestance,
renaissait sans fin.
Je m’inquiète plutôt
de les voir revenir au galop
sous le regard
de commisération
du Bouddha,
digne à tout égard
de la vénération
des lamas,
par dizaines,
du Zen
ou des simples Sherpas.


Je ne regrette pas plus
le temps des oracles et des miracles,
à vie et à trépas,
qui peut, naguère, nous avoir tant plu.
De leurs fêtes, nos agendas,
font leur décor,
alors que leur sens
ne peut jamais prendre le corps
d’un acquis de conscience.
page 72
Je n’ai pas d’attirance
pour le Livre unissant le ciel à la terre
paraphé d’un  cimeterre ;
pour la clémence
mariée avec les rigueurs,
que l’on récite par cœur.


Oui, je ne regrette pas
que Zarathoustra
défiant tout épithète
ait forcé mes retraites
ou mes planques :
tension
du saltimbanque
sur la corde raide
entre deux massifs,
passion
du prophète
voué à l’excessif.
En réponse
au préhumain :
l’ « humain, trop humain »
qui « cligne de l’œil »,
les âmes mesquines
vouées au ressentiment,
êtres de moleskine
qui, dès le seuil,
 brisent les élans
de la vie en puissance,
tant et si bien
que le surhumain
s’annonce
dans la violence.
Dieu mort,
avec ou sans remords,
finis le confort,
le Lieu et le Port,
la raison ou le tort.
Au-delà des pitiés crétines,
le gai négoce
du savoir
déploie,
page 73
sous l’écorce
de la terre des origines,
le pouvoir
d’un éternel retour
de la liesse des noces
où la beauté avec la force
priment l’amour.

Quand même les redouterais-je,
oui,
je ne regrette
pas les dérangements
mentaux et éthiques
où chaque pas en avant
des arts et des sciences,
jaloux de leurs privilèges
jusqu’à l’insolence,
jette
mon esprit
qui n’est pas qu’algébrique.
Et je me console
de ne pas utiliser de console.
Plongé dans le sommeil,
vient le réveil,
puis le conseil
et l’essentiel.
Je ne repousse pas la meute
des inspecteurs
du corps et de la psyché
des textes et des vestiges
du passé ;
herméneutes
et découvreurs,
au départ de toutes les sécessions,
en dépit de ce qu’ils négligent,
au moment de leur divergence,
d’être, d’abord, en pleine harmonie,
en leur for intérieur,
avec leur vie
passagère
et les nôtres,
alors, qu’à la légère,
ils mettent en question,
page 74
pour les autres,
le sens de leur existence.


Hormis les graphes de la rue,
cri de rejet
ou verrue,
qui en appellent
à la bombe et au pistolet
des rebelles,
ce que je regrette,
outre l’espoir des prolétaires,
trahi par eux-mêmes,
pour la société future
sans problèmes,
où les damnés de la terre
seront riches sans usure,
ce sont les arts et les lettres
jetables
qui, ne disent plus rien,
d’humain,
par crainte de donner
dans la fable
ou dans le pompier.


Sans parler des créateurs abusifs
 qui se rient de leur public,
plus snob que naïf,
à l’affût du dernier hic ;
de leur dérision provocatrice
pour régler leurs comptes
ou prouver que personne ne dompte
son caprice.


Nous sommes malades de la ville,
dont les artefacts marchands
ne nous renvoient que notre image,
et malades aussi du reflet obsédant
de nous-mêmes
depuis qu’en Occident
nous avons tapé dans le mille,
page 75
plaçant l’homme, seul artiste du réel,
au centre de nos systèmes
et de nos partages,
pour des dépassements
extraordinaires,
au-delà
de nos gels et de nos dégels,
dont les retombées
se font au détriment
des avancées,
qui ne se résument pas
 à des exploits solitaires ;
puisqu’il existe à nos pieds
un déjà-là
d’horizons
pour nous envelopper
de raisons
différentes.


Personne n’invente
la vérité d’unisson
qu’éveille
un arbre nimbé d’abeilles.
Des poissons
qui subviennent
aux coraux,
ne se ramènent pas à une suite sérielle
de calculs numéraux
ni aux symboles d’une raison
mathématicienne.


Nous connaissons des moments
de nature et de parole,
où nous nous trouvons épris
de tout autre pensées
qui, suivant leur parabole
ouverte à l’infini aux deux bouts,
sont données tout à coup,
par brassées,
à notre esprit.

page 76
Sans besoin que rien ne nous éprouve,
le sens, jusqu’ici
non saisi,
remonte,
et nous découvre, là, qu’il se trouve
un environnement
de simple humanité
répudiant toute honte,
aussi bien que licence,
qui ouvre, sans exclure le risque,
les barrières
de nos existences
pour le dépassement
désiré.


Tandis que tourne le disque
de la vie et des amours ordinaires.

Jacques Gruber

juillet 2012





















page 77


Le mur de papier peint


Le mur vide
de la chambre
est semé
de petits bouquets
couleur d’ambre,
nullement livides.


Au-delà du mur
de la chambre
il n’y a rien,
ni mal ni bien,
ni terre ni azur,
ni âme ni membres.


Sans la limite
de ce mur nu
ex nihilo
que j’habite,
mais n’ai jamais conçu,
aurais-je même une libido ?


Contre le mur opaque,
évident,
semé de petits bouquets
couleur sépia
je n’en reste pas à quia :
il m’offre l’opportunité
de m’éclater en évitant
que rien ne claque.



Page libre, où j’acclimate mes interrogations
sans compter sur aucune apparition,
ni de jour ni dans le noir ;
page 78
mieux qu’un miroir,
tu me permets un rebond
qui me renvoie à mon moi profond.


Table rase qui me branche
par imagination
sur mes banales addictions,
mieux que de partager un kir
sur le tapis immanent
d’un fakir
ou de parcourir les océans
assis sur une baleine franche.


Nu, vide, mais plein et sonore
mon mur m’honore
des résonances que j’en tire
et d’une pelouse
fleurie
quand je me plains du blues
par défaut de rires
et de compagnie.


Sur le mur lisse
je sais
que le temps glisse,
il faudrait une pause
pour faire au  moins quelque chose
de tous ces petits bouquets.


Jacques Gruber

  juillet 2012









page 79


Le jet d’eau



J’ai vu

les Lumières
dans leur jeunesse,
jaillir jusqu’au ciel,

même plus haut
que la montgolfière,

jet d’eau
prismatique
essentiel
fort de la justesse
de sa raison
dynamique

collective
gagnante,

puis, j’ai vu
sa taille élancée,
fléchissant sous le poids
du soupçon,

retomber

en une pluie
dispersée
de grosses gouttes
de poix,

oppressives,
obsédantes,


page 80

de vues étroites,
de doutes,

chargées par la suie
de l’air ambiant,

à gauche ou à droite,

selon le vent.

Jacques Gruber


7 août 2012



page 81

La partie de football



Je tiens le ballon entre mes pieds.


Je cherche des yeux
mes co-équipiers
mais je ne vois plus personne ;
ils ont disparu d’au milieu
me laissant
comme un rebut que l’on abandonne,
comme un absent.


Je suis entouré de nos adversaires :
ils sont assis
sur leur arrière-train,
ils rôdent en fouettant l’air,
le regard bas, les yeux rétrécis,
ils empêchent que je me sauve,
ils n’en veulent pas
au ballon que je tiens,
je suis leur repas ;
ce sont des fauves.


Je comprends que le jeu a tourné.


Le jeu,
c’est le risque réfléchi,
la chance, la malchance,
mais pas à ce point de danger !
Et pourtant si.


Ce n’est pas un cauchemar
de punition
sans aveu.

page 82
Étant donné la devinette
que nous sommes à tous égards,

la réalité veut
que nous ne puissions,
de manière nette,

en même temps
jouer
avec ceux qui partagent
notre amitié,

ou nous trouver
parmi des gens malintentionnés
qui nous dévisagent
de la pire façon,

dans les limites d’une épure
où le renversement
des situations
et du rôle des figures
se produit inopinément.



Les devinettes sont basées sur le principe d’incertitude. On nous présente l’image d’une forêt et lorsque nous avons découvert le gibier qui se cache dans les rameaux des arbres, nous ne voyons plus la forêt ; quand, ensuite, nous découvrons le chasseur ou la chasseresse, nous ne voyons plus ni le gibier ni la forêt. Notre attention glisse de l’un à l’autre et au troisième sans jamais pouvoir les voir ensemble. Et pourtant ils y sont bien ensemble. La condition de notre existence humaine est comparable. Nous ne pouvons pas voir (ou jouer) en même temps (avec) nos amis et le monde, nos amis et nos ennemis, nos ennemis et le monde et pourtant ils sont bien ensemble. Il faut que nous passions, que nous glissions, des uns aux autres. D’où la partialité de nos jugements.

Jacques Gruber


9 août 2012






page 83



N’écoute pas ce que dit le pasteur

après une lecture de la Généalogie de la Morale de Nietzsche


Écoute la voix des puissants
afin de devenir à leur image
raffiné, dominant,
habitué aux hommages.




Écoute la voix des religieux
afin de devenir comme Dieu
connaissant tout,
honoré partout.




Écoute la voix de la liberté
qui s’écrit sur tous les murs,
afin d’être à jamais vengé
de la condition des obscurs.




N’écoute pas la voix des petits
ils feront de toi un objet de mépris,
que l’on met à mort
sans même avoir tort.





Écouteras-tu la voix du prophète
qui te promet la fête
page 84
au prix
d’une passion
 dévastatrice,
ou la voix
sans ambition
qui dit
la croix
réconciliatrice ?





N’écoute pas la voix du pasteur,
ni celle des seigneurs,
des prêtres,
des missionnaires
de la révolution,
des pauvres, des fuyards,
mesurés au kilomètre ;

écoute le Texte dérisoire

qui fait obstacle aux pamphlétaires,
rois de l’élocution,
aux geignards,
aux acolytes du saint ciboire,
aux Noms prépondérants ;

qui résiste au temps

et change l’histoire.


Jacques Gruber


15 août 2012





page 85

La ballade des photos


Les plus anciennes photos
sont attendrissantes,
on y voit les premières autos,
à côté des charrettes,
nous y redécouvrons nos aïeux.

Mais que font ceux et celles qui n’en ont aucun ?



Les vieilles photos
ont conservé leurs couleurs,
elles datent de nos premiers vélos
et des premières cigarettes,
du temps des amours et des clins d’yeux.

Mais que font celles et ceux qui n’en ont pas eu ?



Nos récentes photos
accusent notre âge
bien que nous y sacrifiions encore aux motos
en vidant des canettes
à la santé des conquêtes de nos derniers jeux.

Mais que font ceux et celles qui n’en ont aucune ?



Nos dernières photos
devenues numériques
nous sont ravies par nos ados,
ils sont désormais aux manettes,
alors que nous sommes à la veille de leur dire adieu.

Mais que font celles et ceux qui n’en ont aucun ?


page 86

Envoi


Princesses
qui êtes nos photos,
vous avez oublié vos graphies,
autos
qui n’avez plus de mobiles,
vélos
privés de cipèdes
et motos
sans cyclettes,
adolescence
adonnée à l’alcool et l’essence,
que nous réserve l’avenir qui est déjà là ?

Mais que feront ceux et celles qui n’en ont pas ?

Jacques Gruber


15 août 2012





















page 87

Rien que des impressions


Le matin est rose
avec un arbre noir.


Le ciel dispose
son arbre en sautoir.


Dans  ce réveil dont la couleur tendre m’arrose,
un être vivant qui semble passé au laminoir,

c’est quelque chose
qui fait mal à voir.


L’aube dépose
sa lueur d’espoir,

quant aux causes,
elles sont de l’ordre du savoir.


Or, déjà, tout se recompose,
au risque de me décevoir,

l’arbre se métamorphose,
le jour prend ses pleins pouvoirs,

l’émotion marque une pause
et je retourne à mon devoir.


Je n’écrirai pas de prose
avant ce soir.

Jacques Gruber

17 août  2012
page 88

Glaciations

Ne t’imagine pas,
petit, petit,
que notre terre
en a fini
avec les ères glaciaires.
parce que cela
serait ton avis,
de petit Voltaire.

Après avoir été recouverte
par les ères noire, blanche, rouge et brune
notre Europe connaîtra-t-elle une ère verte,
couleur safran ou prune ?
Tous nous ont prédit l’ère bleue
couleur du ciel :
le dégel
et la suite des embellies,
or nous avons eu la queue
devant les boulangeries.

L’Occident
rincé de toute religion,
et encore,
devenu gris
à force de s’imaginer multicolore,
aura-t-il la conviction
sans parti-pris
qui résiste aux coups ?
C’est avec les armements
techniques et la démocratie
inventés par nous,
depuis Voltaire
que nous serons pris à partie
par nos adversaires.

Nous pensons encore réagir
contre Voltaire
avec des légions du Christ,
ou sous son patronage
par des ligues nationales ;
page 89
jusqu’à la rage
des pogromes prémonitoires ;
à travers la puissance des amicales
libertaires ;
en dépit de tous les handicaps.

L’histoire,
comme aussi notre avenir,
ont toujours su se dépasser
sans perdre leur cap, 
sans aller outre ni faiblir :
terres d’accueil pour les corps et les esprits,
générosité sans repentir
qui reçoit de ceux qu’elle reçoit
et les enrichit
sans, soi-même, jamais, s’effacer.

Une nouvelle ère glaciaire,
dans son étreinte,
petits Voltaire,
ferait
de nous des glaçons
soudés ensemble 
par la crainte ;
si, de toute façon,
je ne savais
qu’il existe quelque part,
unique,
et malgré tout,
une eau
qui tremble,
transparente,
au dessus des cailloux,
entre les herbes moutonnantes
sous des rameaux
murmurants
au souffle peu bavard
qui leur communique
un geste pacifiant.

Jacques Gruber

28 août 2012
page 90
La Pivoine

Pivoine, soleil levant,
 dois-tu rougir de ce que tu es, 
quand alentour et devant
tout se veut laid ?

Le rouge ne te monte pas
au visage
par honte d’être exclue
des parages
du lys d’or royal 
ou des légumes
mis à l’honneur :
mieux :
tu es le régal
des yeux,
lors du grand repas
où sont reçues
tes sœurs,
dont chaque pétale
possède l’esprit de la plume,
libre de pesanteur.

Du point du jour
jusqu’au soir
qui enlaidit,
tu n’as pas à rougir
si l’on dit
que tu as fait choix
d’être toi-même
et de vouloir
le devenir.

C’est pourquoi,
pivoine à l’extrême,
que ton rouge excelle
ou qu’il saigne,
je veux faire de toi
mon enseigne
la plus belle.

Jacques Gruber                                                  9 septembre 2012page 81

La partie de football



Je tiens le ballon entre mes pieds.


Je cherche des yeux
mes co-équipiers
mais je ne vois plus personne ;
ils ont disparu d’au milieu
me laissant
comme un rebut que l'on abandonne,
comme un absent.


Je suis entouré de nos adversaires :
ils sont assis
sur leur arrière-train,
ils rôdent en fouettant l’air,
le regard bas, les yeux rétrécis,
ils empêchent que je me sauve,
ils n’en veulent pas
au ballon que je tiens,
je suis leur repas ;
ce sont des fauves.


Je comprends que le jeu a tourné.


Le jeu,
c’est le risque réfléchi,
la chance, la malchance,
mais pas à ce point de danger !
Et pourtant si.


Ce n’est pas un cauchemar
de punition
sans aveu.

page 82
Étant donné la devinette
que nous sommes à tous égards,

la réalité veut
que nous ne puissions,
de manière nette,

en même temps
jouer
avec ceux qui partagent
notre amitié,

ou nous trouver
parmi des gens malintentionnés
qui nous dévisagent
de la pire façon,

dans les limites d’une épure
où le renversement
des situations
et du rôle des figures
se produit inopinément.



Les devinettes sont basées sur le principe d’incertitude. On nous présente l’image d’une forêt et lorsque nous avons découvert le gibier qui se cache dans les rameaux des arbres, nous ne voyons plus la forêt ; quand, ensuite, nous découvrons le chasseur ou la chasseresse, nous ne voyons plus ni le gibier ni la forêt. Notre attention glisse de l’un à l’autre et au troisième sans jamais pouvoir les voir ensemble. Et pourtant ils y sont bien ensemble. La condition de notre existence humaine est comparable. Nous ne pouvons pas voir (ou jouer) en même temps (avec) nos amis et le monde, nos amis et nos ennemis, nos ennemis et le monde et pourtant ils sont bien ensemble. Il faut que nous passions, que nous glissions, des uns aux autres. D’où la partialité de nos jugements.

Jacques Gruber


9 août 2012






page 83



N’écoute pas ce que dit le pasteur

après une lecture de la Généalogie de la Morale de Nietzsche


Écoute la voix des puissants
afin de devenir à leur image
raffiné, dominant,
habitué aux hommages.




Écoute la voix des religieux
afin de devenir comme Dieu
connaissant tout,
honoré partout.




Écoute la voix de la liberté
qui s’écrit sur tous les murs,
afin d’être à jamais vengé
de la condition des obscurs.




N’écoute pas la voix des petits
ils feront de toi un objet de mépris,
que l’on met à mort
sans même avoir tort.





Écouteras-tu la voix du prophète
qui te promet la fête
page 84
au prix
d’une passion
 dévastatrice,
ou la voix
sans ambition
qui dit
la croix
réconciliatrice ?





N’écoute pas la voix du pasteur,
ni celle des seigneurs,
des prêtres,
des missionnaires
de la révolution,
des pauvres, des fuyards,
mesurés au kilomètre ;

écoute le Texte dérisoire

qui fait obstacle aux pamphlétaires,
rois de l’élocution,
aux geignards,
aux acolytes du saint ciboire,
aux Noms prépondérants ;

qui résiste au temps

et change l’histoire.


Jacques Gruber


15 août 2012





page 85

La ballade des photos


Les plus anciennes photos
sont attendrissantes,
on y voit les premières autos,
à côté des charrettes,
nous y redécouvrons nos aïeux.

Mais que font ceux et celles qui n’en ont aucun ?



Les vieilles photos
ont conservé leurs couleurs,
elles datent de nos premiers vélos
et des premières cigarettes,
du temps des amours et des clins d’yeux.

Mais que font celles et ceux qui n’en ont pas eu ?



Nos récentes photos
accusent notre âge
bien que nous y sacrifiions encore aux motos
en vidant des canettes
à la santé des conquêtes de nos derniers jeux.

Mais que font ceux et celles qui n’en ont aucune ?



Nos dernières photos
devenues numériques
nous sont ravies par nos ados,
ils sont désormais aux manettes,
alors que nous sommes à la veille de leur dire adieu.

Mais que font celles et ceux qui n’en ont aucun ?


page 86

Envoi


Princesses
qui êtes nos photos,
vous avez oublié vos graphies,
autos
qui n’avez plus de mobiles,
vélos
privés de cipèdes
et motos
sans cyclettes,
adolescence
adonnée à l’alcool et l’essence,
que nous réserve l’avenir qui est déjà là ?

Mais que feront ceux et celles qui n’en ont pas ?

Jacques Gruber


15 août 2012





















page 87

Rien que des impressions


Le matin est rose
avec un arbre noir.


Le ciel dispose
son arbre en sautoir.


Dans  ce réveil dont la couleur tendre m’arrose,
un être vivant qui semble passé au laminoir,

c’est quelque chose
qui fait mal à voir.


L’aube dépose
sa lueur d’espoir,

quant aux causes,
elles sont de l’ordre du savoir.


Or, déjà, tout se recompose,
au risque de me décevoir,

l’arbre se métamorphose,
le jour prend ses pleins pouvoirs,

l’émotion marque une pause
et je retourne à mon devoir.


Je n’écrirai pas de prose
avant ce soir.

Jacques Gruber

17 août  2012
page 88

Glaciations

Ne t’imagine pas,
petit, petit,
que notre terre
en a fini
avec les ères glaciaires.
parce que cela
serait ton avis,
de petit Voltaire.

Après avoir été recouverte
par les ères noire, blanche, rouge et brune
notre Europe connaîtra-t-elle une ère verte,
couleur safran ou prune ?
Tous nous ont prédit l’ère bleue
couleur du ciel :
le dégel
et la suite des embellies,
or nous avons eu la queue
devant les boulangeries.

L’Occident
rincé de toute religion,
et encore,
devenu gris
à force de s’imaginer multicolore,
aura-t-il la conviction
sans parti-pris
qui résiste aux coups ?
C’est avec les armements
techniques et la démocratie
inventés par nous,
depuis Voltaire
que nous serons pris à partie
par nos adversaires.

Nous pensons encore réagir
contre Voltaire
avec des légions du Christ,
ou sous son patronage
par des ligues nationales ;
page 89
jusqu’à la rage
des pogromes prémonitoires ;
à travers la puissance des amicales
libertaires ;
en dépit de tous les handicaps.

L’histoire,
comme aussi notre avenir,
ont toujours su se dépasser
sans perdre leur cap, 
sans aller outre ni faiblir :
terres d’accueil pour les corps et les esprits,
générosité sans repentir
qui reçoit de ceux qu’elle reçoit
et les enrichit
sans, soi-même, jamais, s’effacer.

Une nouvelle ère glaciaire,
dans son étreinte,
petits Voltaire,
ferait
de nous des glaçons
soudés ensemble 
par la crainte ;
si, de toute façon,
je ne savais
qu’il existe quelque part,
unique,
et malgré tout,
une eau
qui tremble,
transparente,
au dessus des cailloux,
entre les herbes moutonnantes
sous des rameaux
murmurants
au souffle peu bavard
qui leur communique
un geste pacifiant.

Jacques Gruber

28 août 2012
page 90
La Pivoine

Pivoine, soleil levant,
 dois-tu rougir de ce que tu es, 
quand alentour et devant
tout se veut laid ?

Le rouge ne te monte pas
au visage
par honte d’être exclue
des parages
du lys d’or royal 
ou des légumes
mis à l’honneur :
mieux :
tu es le régal
des yeux,
lors du grand repas
où sont reçues
tes sœurs,
dont chaque pétale
possède l’esprit de la plume,
libre de pesanteur.

Du point du jour
jusqu’au soir
qui enlaidit,
tu n’as pas à rougir
si l’on dit
que tu as fait choix
d’être toi-même
et de vouloir
le devenir.

C’est pourquoi,
pivoine à l’extrême,
que ton rouge excelle
ou qu’il saigne,
je veux faire de toi
mon enseigne
la plus belle.

Jacques Gruber                                                  9 septembre 2012page 81

La partie de football



Je tiens le ballon entre mes pieds.


Je cherche des yeux
mes co-équipiers
mais je ne vois plus personne ;
ils ont disparu d’au milieu
me laissant
comme un rebut que l’on abandonne,
comme un absent.


Je suis entouré de nos adversaires :
ils sont assis
sur leur arrière-train,
ils rôdent en fouettant l’air,
le regard bas, les yeux rétrécis,
ils empêchent que je me sauve,
ils n’en veulent pas
au ballon que je tiens,
je suis leur repas ;
ce sont des fauves.


Je comprends que le jeu a tourné.


Le jeu,
c’est le risque réfléchi,
la chance, la malchance,
mais pas à ce point de danger !
Et pourtant si.


Ce n’est pas un cauchemar
de punition
sans aveu.

page 82
Étant donné la devinette
que nous sommes à tous égards,

la réalité veut
que nous ne puissions,
de manière nette,

en même temps
jouer
avec ceux qui partagent
notre amitié,

ou nous trouver
parmi des gens malintentionnés
qui nous dévisagent
de la pire façon,

dans les limites d’une épure
où le renversement
des situations
et du rôle des figures
se produit inopinément.



Les devinettes sont basées sur le principe d’incertitude. On nous présente l’image d’une forêt et lorsque nous avons découvert le gibier qui se cache dans les rameaux des arbres, nous ne voyons plus la forêt ; quand, ensuite, nous découvrons le chasseur ou la chasseresse, nous ne voyons plus ni le gibier ni la forêt. Notre attention glisse de l’un à l’autre et au troisième sans jamais pouvoir les voir ensemble. Et pourtant ils y sont bien ensemble. La condition de notre existence humaine est comparable. Nous ne pouvons pas voir (ou jouer) en même temps (avec) nos amis et le monde, nos amis et nos ennemis, nos ennemis et le monde et pourtant ils sont bien ensemble. Il faut que nous passions, que nous glissions, des uns aux autres. D’où la partialité de nos jugements.

Jacques Gruber


9 août 2012






page 83



N’écoute pas ce que dit le pasteur

après une lecture de la Généalogie de la Morale de Nietzsche


Écoute la voix des puissants
afin de devenir à leur image
raffiné, dominant,
habitué aux hommages.




Écoute la voix des religieux
afin de devenir comme Dieu
connaissant tout,
honoré partout.




Écoute la voix de la liberté
qui s’écrit sur tous les murs,
afin d’être à jamais vengé
de la condition des obscurs.




N’écoute pas la voix des petits
ils feront de toi un objet de mépris,
que l’on met à mort
sans même avoir tort.





Écouteras-tu la voix du prophète
qui te promet la fête
page 84
au prix
d’une passion
 dévastatrice,
ou la voix
sans ambition
qui dit
la croix
réconciliatrice ?





N’écoute pas la voix du pasteur,
ni celle des seigneurs,
des prêtres,
des missionnaires
de la révolution,
des pauvres, des fuyards,
mesurés au kilomètre ;

écoute le Texte dérisoire

qui fait obstacle aux pamphlétaires,
rois de l’élocution,
aux geignards,
aux acolytes du saint ciboire,
aux Noms prépondérants ;

qui résiste au temps

et change l’histoire.


Jacques Gruber


15 août 2012





page 85

La ballade des photos


Les plus anciennes photos
sont attendrissantes,
on y voit les premières autos,
à côté des charrettes,
nous y redécouvrons nos aïeux.

Mais que font ceux et celles qui n’en ont aucun ?



Les vieilles photos
ont conservé leurs couleurs,
elles datent de nos premiers vélos
et des premières cigarettes,
du temps des amours et des clins d’yeux.

Mais que font celles et ceux qui n’en ont pas eu ?



Nos récentes photos
accusent notre âge
bien que nous y sacrifiions encore aux motos
en vidant des canettes
à la santé des conquêtes de nos derniers jeux.

Mais que font ceux et celles qui n’en ont aucune ?



Nos dernières photos
devenues numériques
nous sont ravies par nos ados,
ils sont désormais aux manettes,
alors que nous sommes à la veille de leur dire adieu.

Mais que font celles et ceux qui n’en ont aucun ?


page 86

Envoi


Princesses
qui êtes nos photos,
vous avez oublié vos graphies,
autos
qui n’avez plus de mobiles,
vélos
privés de cipèdes
et motos
sans cyclettes,
adolescence
adonnée à l’alcool et l’essence,
que nous réserve l’avenir qui est déjà là ?

Mais que feront ceux et celles qui n’en ont pas ?

Jacques Gruber


15 août 2012





















page 87

Rien que des impressions


Le matin est rose
avec un arbre noir.


Le ciel dispose
son arbre en sautoir.


Dans  ce réveil dont la couleur tendre m’arrose,
un être vivant qui semble passé au laminoir,

c’est quelque chose
qui fait mal à voir.


L’aube dépose
sa lueur d’espoir,

quant aux causes,
elles sont de l’ordre du savoir.


Or, déjà, tout se recompose,
au risque de me décevoir,

l’arbre se métamorphose,
le jour prend ses pleins pouvoirs,

l’émotion marque une pause
et je retourne à mon devoir.


Je n’écrirai pas de prose
avant ce soir.

Jacques Gruber

17 août  2012
page 88

Glaciations

Ne t’imagine pas,
petit, petit,
que notre terre
en a fini
avec les ères glaciaires.
parce que cela
serait ton avis,
de petit Voltaire.

Après avoir été recouverte
par les ères noire, blanche, rouge et brune
notre Europe connaîtra-t-elle une ère verte,
couleur safran ou prune ?
Tous nous ont prédit l’ère bleue
couleur du ciel :
le dégel
et la suite des embellies,
or nous avons eu la queue
devant les boulangeries.

L’Occident
rincé de toute religion,
et encore,
devenu gris
à force de s’imaginer multicolore,
aura-t-il la conviction
sans parti-pris
qui résiste aux coups ?
C’est avec les armements
techniques et la démocratie
inventés par nous,
depuis Voltaire
que nous serons pris à partie
par nos adversaires.

Nous pensons encore réagir
contre Voltaire
avec des légions du Christ,
ou sous son patronage
par des ligues nationales ;
page 89
jusqu’à la rage
des pogromes prémonitoires ;
à travers la puissance des amicales
libertaires ;
en dépit de tous les handicaps.

L’histoire,
comme aussi notre avenir,
ont toujours su se dépasser
sans perdre leur cap, 
sans aller outre ni faiblir :
terres d’accueil pour les corps et les esprits,
générosité sans repentir
qui reçoit de ceux qu’elle reçoit
et les enrichit
sans, soi-même, jamais, s’effacer.

Une nouvelle ère glaciaire,
dans son étreinte,
petits Voltaire,
ferait
de nous des glaçons
soudés ensemble 
par la crainte ;
si, de toute façon,
je ne savais
qu’il existe quelque part,
unique,
et malgré tout,
une eau
qui tremble,
transparente,
au dessus des cailloux,
entre les herbes moutonnantes
sous des rameaux
murmurants
au souffle peu bavard
qui leur communique
un geste pacifiant.

Jacques Gruber

28 août 2012
page 90
La Pivoine

Pivoine, soleil levant,
 dois-tu rougir de ce que tu es, 
quand alentour et devant
tout se veut laid ?

Le rouge ne te monte pas
au visage
par honte d’être exclue
des parages
du lys d’or royal 
ou des légumes
mis à l’honneur :
mieux :
tu es le régal
des yeux,
lors du grand repas
où sont reçues
tes sœurs,
dont chaque pétale
possède l’esprit de la plume,
libre de pesanteur.

Du point du jour
jusqu’au soir
qui enlaidit,
tu n’as pas à rougir
si l’on dit
que tu as fait choix
d’être toi-même
et de vouloir
le devenir.

C’est pourquoi,
pivoine à l’extrême,
que ton rouge excelle
ou qu’il saigne,
je veux faire de toi
mon enseigne
la plus belle.

Jacques Gruber                                                  9 septembre 2012



page 91


Jeux sur rimes et assonances


On a tant dit
qu’une pivoine,
décor idoine
pour la Saint Antoine,
ou number one
pour la fête
d’un autre saint moine
ou chanoine,
(ne parlons pas d’ antimoine !)
n’est pas bête
à manger de l’avoine.


Tandis
qu’une tortue caouane,
tissée sur une lice kairouane,
dans le décor apparent
de la cataracte assouane,
passe facilement
la douane.


Autant dit
que plus on s’encoigne
ou s’éloigne
moins on empoigne
ni ne soigne,
comme en témoignent
à l’heure de chanteclerc
tous ceux qui rejoignent
le clerc
requis pour qu’il oigne.

Jacques Gruber



10 septembre 2012
page 92

Quand la lumière naît de la nuit

Quand on meurt
on est toujours seul.

On se replie sur soi
si intensément.

Les parents,
les amis, les voisins
qui vous tiennent la main
n’y ont rien changé
(nos morts, nos pauvres morts
ont l’air chagrin).
C’est pour eux
que nous avons, si peu,
le sentiment
(quand ce n’est le remords)
de les avoir
(si mal) accompagnés
jusqu’à ce soir.

Pourtant,
est-on jamais seul
avec soi-même ?
Et jamais tant soi-même
que quand on est seul !

Bien enviable,
la personne qui vit
ces instants difficiles
à son domicile ;
quand se repliant au fond de son lit
contre le mur,
dans une ultime surprise,
elle constate en un éclair
que le règne de l’esprit,
sur lequel elle n’a jamais eu prise,
est le fond le plus viable
et le plus sûr
de sa vie dans la chair.
Jacques Gruber                                                                    11 septembre 2012

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